C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

5137 Billets

2 Éditions

Billet de blog 30 août 2024

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Ce qu'il faut savoir de la piraterie.

Courir sa chance.

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Forbans et flibustiers

Illustration 1
© Andrey Serebryakov

À l'origine, la mer est un espace qui échappait à la territorialité. C'est par conséquent un espace de non-droit, c'est le lieu de l'illégalité. Le marchand qui met en péril ses bateaux n'a pas meilleure réputation que le pirate puisqu'il est capable lui aussi de tromperie et de naufrage de complaisance.

Par la suite, ce sont les états qui ont déterminé la frontière entre violence légitime et illégitime sur la mer. Ce sont ainsi les cités qui s'arrogent un droit régalien sur le commerce et c'est à travers ce code que vont naître droit et taxes, péages et frontières dans un cadre de privilèges et d'exclusion.

Le privilège commercial s'il trouve sa légitimité et sa garantie sur terre, sombre naturellement dans le plus grand flou en mer. C'est de ce vide sécuritaire dont vont user les pirates qui s'arrogent le droit d'agir à leur guise pour rompre les situations de monopole à leur propre compte.

Les états s'arrogent un droit de Sylé c'est à dire de confiscation de marchandises quand elles arrivent au port pour ceux qui agissent en dehors des accords de libre-échange négociés entre états. Le pirate s'en émancipe et à son tour use de ce droit en pleine mer. C'est une forme de réciprocité des individus contre la puissance régalienne.

Dans cette acception, certains brigands agissent au nom d'une éthique du partage. S'ils sont rares, ils n'en demeurent pas moins des exemples qu'on ne cesse de chanter ou de célébrer à travers légendes et fictions. Ne nous leurrons pas, ils sont exceptions et les pirates agissent pour leur compte même si le sens de l’égalité est largement supérieur chez eux que chez les ancêtres des grands capitalistes.

Les états n'entendent pas être en reste et se donnent un droit de prise sur les navires battant pavillon ennemi. Là aussi ce n'est qu'un vulgaire acte de grivèlerie qui prend un prétexte fallacieux pour s'approprier le bien d'autrui. Les Corsaires seront à ce titre les fonctionnaires maritimes de cette entorse faite aux lois de la libre circulation du commerce.

Comme tout cela tombe sur le sceau de règles aussi douteuses que formalisées, le partage du butin répond à des règles précises qui finissent toujours par se fracasser sur la loi du plus fort. La volonté d'organiser le vol, l’arraisonnent, le Sylé ou toute autre forme d'appropriation par la force relève de l'illusion au même titre que les lois de guerre.

La Razzia est ainsi considérée comme un moyen de mener la guerre. Les Pirates qui agissent pour leur propre compte retiendront ce principe en le faisant leur en arraisonnant des navires sans se soucier de leur pavillon mais aussi en attaquant des ports par des attaques qui relèvent le plus souvent de la rouerie et de la ruse. Des pirates se sont rendus plus célèbres par de telles actions que par leurs victoires plus incertaines en mer.

Rapidement du reste le terme de PIRATERIE qualifie les exactions des uns et des autres qui enfreignent les lois de la guerre bien fragiles pour s'en prendre directement aux civils. L'époque moderne n'ayant rien inventé en la matière, le Pirate d'hier est celui qui commet le crime de guerre aujourd'hui, que ce soit sur terre comme sur mer.

Bien des pirates sont ainsi des mercenaires qui ont à se verser eux-mêmes leur solde par des ponctions sur le terrain de leurs exploits. L'immunité (toute relative) dont ils bénéficient couvrant alors leurs crimes qui viennent suppléer les carences de leurs commanditaires.

Mode opératoire.

Le navire est l'outil de travail du pirate quand il est sur l'eau ou son véhicule d'approche pour ses razzias. Nous allons examiner le versant maritime (et fluvial) pour déterminer les critères de réussite.

Le bateau pirate doit avant tout être plus rapide que sa cible tout en étant fort maniable et prompt à se grimer en navire inoffensif. Se montrer sous son véritable jour bien avant que de se dévoiler provoquerait la fuite à distance de la future proie. Le navire de pirate est donc idéalement un navire allongé, léger et rapide, propulsé à la rame, éventuellement associé à la voile, et non ponté.

Notons au passage que César lui-même en fin stratège qu'il fut, remporta la bataille de la Loire sur les gaulois en usant de naucelles légères et équipées d'engins pour circonvenir les utriculaires de ses adversaires en s'en prenant non pas aux hommes mais aux organes de navigation. L'usage bien plus tard du canon jouant un rôle analogue.

Selon leurs buts, les Pirates se déplacent seuls sur un navire rapide ou bien en flotte conséquente s'ils entendent mener une attaque terrestre ou d'envergure sur un convoi lourdement défendu. Cependant, il convient de prendre en compte la dimension économique : le pirate agit au moindre coût puisqu'il ne dispose pas de la force économique d'une nation. La traîtrise est son allier comme la surprise et la vitesse sont ses atouts.

Si l'arraisonnage ou l'abordage sont ses pratiques connues de tous par les fictions contemporaines, elles sont loin d'être les plus rentables d'autant qu'elles font courir un risque mortel pour ses acteurs. Le rapport de force est une dimension à prendre en compte tout autant que le risque encouru est prudemment examiné. C'est cependant les grandes razzias collectives qui laisseront trace dans les annales et occasionneront les gains les plus spectaculaires.

Lors des razzias, le butin le plus fréquent n'est ni l'or ni les biens matériels mais les personnes qui seront ensuite négociées au terme d'une rançon pour les individus de « qualité » ou bien vendues aux marchés aux esclaves qui ne manquent pas. Souvent la razzia s'accompagne du vol d'un navire plus conséquent pour emporter le butin.

Autre forme de piraterie qui se passe à terre mais concerne des proies qui vont sur l'eau, ce sont les actions des naufrageurs. Nombreux sont les récits de cette pratique qui suppose une côte tourmentée, riche en rochers, hauts fonds et vagues effrayantes. La nuit est le royaume de ces brigands qui allument des feux pour leurrer un navire perdu dans la tempête.

Attiré par les signaux trompeurs, le bateau se déchire tandis que les vautours se précipitent sur ce que la mer leur apporte. Ce procédé aussi barbare que les précédents suppose le plus souvent une complicité territoriale avec le risque fort de se trouver dénoncé ou bien pris par les autorités terrestres. C'est souvent un recours en cas de graves difficultés pour une communauté de pêcheurs ou de paysans.

Le forban © Mikael Yaouank - Topic

Riposte

Les navires marchands se sont adaptés à la menace en haute mer en modifiant leur forme et leur navigabilité tout autant qu'en s'armant pour assurer une défense efficace et surtout dissuasive.

Il vaut mieux prévenir que guérir et épargner des vies par une démonstration spectaculaire de force, la course à l'armement devant aller de paire avec la manœuvrabilité et la vitesse : une équation pas toujours simple à résoudre

La recèle

Hier comme aujourd’hui, si le vol est souvent à la portée du premier malfrat venu, l'écoulement du butin en va tout autrement. Il faut alors bénéficier d'un réseau, de complicités, d'un carnet d'adresse et d'une notoriété qui vous permet de faire pression et d'échapper à votre tour à la mauvaise surprise.

Bien sûr, le butin purement alimentaire ou bien monétaire s'écoule plus facilement ou bien est directement consommé. Les chargements d’alcool s'ils sont prisés entraînent bien souvent des abus qui conduisent aux drames et à la dépravation. Mais pour le reste, la revente des biens de forte valeur suppose une organisation complexe de complicités et d'intermédiaires.

Le Pirate rentre alors dans une organisation de nature mafieuse qui suppose de graisser des pattes et de bénéficier de complicité à l'échelle d'une nation. La légende du trésor qu'il faut cacher exprimant ainsi la nécessité de jouer le mort pendant un long moment ou l'impossibilité de monnayer le butin dans l'immédiat.

Le Pirate n'évolue pas hors sol si je peux m'exprimer ainsi, il lui faut convertir en une monnaie reconnue son larcin pour en bénéficier une fois à terre et surtout en faire profiter les siens. Transformer les prises en argent relève de la même obsession que le blanchiment de l'argent de la drogue aujourd’hui. Nous entrons alors dans un processus qui met en action des puissances économiques qui feront par la suite les grands groupes capitalistiques.

Ne nous leurrons pas, la piraterie en ses heures de gloire a engendré elle aussi le Capitalisme sauvage d'autant que le commerce triangulaire a joué un phénomène d'accélération et de totale déshumanisation de la chose, ce qui continue aujourd'hui sous d'autres formes sous des apparences trompeuses mais tout aussi sournoises

À ce titre, la Piraterie est engendrée par le commerce et elle a enfanté le Libéralisme. Nous sommes loin de l'image plaisante du forban du flibustier et du pirate, gens si exotiques dans les fictions qu'ils en recueillent notre sympathie. Les grandes mafias d'aujourd'hui mais aussi les grands groupes financiers sont souvent nés de ce modèle économique qui se fondent sur un seul principe : « Tous les sales coups sont permis ! » 

Bien sûr plus on s'approche de l'époque contemporaine et plus la piraterie perd en exotisme et en sympathie pour sombrer véritablement dans la plus extrême noirceur. La bourse ou la vie de nos coupe-jarrets d'autrefois a du plomb dans l'aile. C'est désormais la Bourse, les fonds d'investissements et la vie des prolétaires, des gueux, des toxicomanes et des esclaves modernes.

Les gains quant à eux ont suivi une courbe exponentielle tandis que les complicités se sont multipliées à la tête des dictatures comme des démocraties. Les véritables pirates sont ces délinquants en col blanc qui ferment les yeux en tendant la main pour se faire élire grâce aux pots de vin et autres retours sur inaction coupable.

Illustration 3

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.