Une perspective en 3D
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Quand approchent les fêtes, vous vous dites qu'il va falloir entrer dans une période délicate. La perspective semble toute tracée, elle offre un long tunnel de ripailles et d'excès que chacun envisage d'affronter avec une extrême prudence et pourquoi ne pas le dire, avec une sage modération. Ce sont du moins, toujours les intentions de départ.
Puis l'agenda vous impose quelques entorses en plaçant des suppléments au programme, des dates qui s'accumulent pour satisfaire les uns et les autres, retrouver la parentèle, recevoir des amis. Tous ne peuvent entrer dans les deux cènes calendaires : grandes célébrations de cette fin d'année.
Plus vous avancez sur ce long chemin de foie, plus la perspective devient floue, les lignes bougent au point de se faire courbe et soudain, votre corps se met au diapason, prenant inévitablement du relief. Prenant conscience du péril, vous pensez qu'il serait temps de vous serrer la ceinture ; hélas l'exercice s'avère périlleux, voire impossible.
Votre entourage s'inquiète. De moins goinfres tentent l'aventure de vous remonter les bretelles, de vous mettre en garde du péril qui menace ce parcours qui transforme l’œsophage en voie autoroutière qui peine à remplir sa mission digestive. Les encombrements se multiplient, plus les bouchons sautent, plus la voie d'arrêt d'urgence se manifeste tandis que vous vous refusez sottement à faire une pause sur une aire de repos.
Le voyage se poursuit, ce n'est plus la vitesse qui est incontrôlée mais le poids total en charge qui franchit allègrement les limites autorisées. Quant à l’alcootest, il s'inscrit durablement dans des hauteurs qui ont de quoi faire perdre la tête. C'est justement ce qu'il advient quand, pour satisfaire un proche, au lieu de lui accorder un repas de plus, dans un programme qui déborde déjà, vous acceptez un simple apéro qui tournera à la goinfrerie supplémentaire.
Vous vous promettez alors, pour calmer le jeu, pour faire meilleure figure, de passer le mois de janvier en abstinence et en jeûnes. Il y a même une campagne qui incite à ce temps de pause hydrique tandis que la tradition et les coutumes vous mettent en travers du chemin la terrible galette des rois et les non moins inquiétantes et répétitives cérémonies des vœux.
Faire vœu de parcimonie attendra février ou plus sûrement le Carême qui loin de s'inscrire dans une démarche rituelle, s'imposera comme une cure salutaire, un retour à la raison et dans le pantalon. Bien-sûr, la crise de la foi dans ce pays, ne vous permet pas de mener tranquillement un Carême compris de tous tandis que ces quarante jours de maigre accorderaient aimablement une perspective qui relève de la plus linéaire platitude.
Surgira au terme de ce moment de restriction, de nouvelles tentations. Pâques, ses cloches, ses œufs et son agneau feront une nouvelle fois saliver les plus fragiles. Les courbes tout juste aplanies, voilà qu'elles reprennent de la vigueur et de l'ampleur alors qu'approchent les beaux jours et leurs innombrables sollicitations festives et surtout apéritives.
De guerre lasse, il vous faut accepter de sacrifier votre santé à la ronde infernale des manifestations, invitations, célébrations qui arrondissent sans cesse les formes et mettent en péril la forme. La faim ne justifie pas les moyens, elle aurait même tendance à favoriser les enveloppés, les gros, les confortables de l'abdomen et du bidon.
La soif ne fait pas mieux et au terme de cette nouvelle année que vous aviez si bien célébrée, se profilent à nouveau les vins chauds, les marrons grillés et une nouvelle perspective d'agapes à répétition. La coupe est pleine jusqu'à, de trop de débordements, ce soit votre santé qui parte véritablement en capilotade. Il est alors trop tard pour redresser la barre que vous avez sur l'estomac.
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