Quand la Justice ne se rend jamais.

D’appels en contre-appels.

Référé repoussé au jugement dernier.

 

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Un drame personnel, une famille qui se déchire, deux conceptions opposées de la dignité humaine qu’il convient de respecter et au milieu le balancier de la justice qui ne sait plus à quel saint se vouer. Au-delà de ce qui s’apparente désormais à une pathétique bataille de chiffonniers autour d’un corps en état de mort cérébrale se joue la parodie de la justice et de ses innombrables appels, contre-appels et retournements de situation.

Tout cela serait dérisoire si d’une part ne se jouait pas là une tragédie intime pour laquelle je me garderai bien de prendre partie tout autant que la pantomime d’un système judiciaire qui a été soigneusement constitué pour finalement ne jamais trancher quand des puissances, des intérêts ou des personnalités sont en cause. D’appels en contre-appels, de juridictions locales, nationales, européennes, spécialisées, internationales nous pouvons suivre ad-vitam-æternam aux tergiversations, pirouettes, renvois, contre-ordres, contradictions d’un balancier qui est adepte de la danse de saint Guy.

Curieusement, quand il s’agit de punir dans l’instant un gilet jaune ou un contrevenant anonyme, le bras du fléau est capable de réaliser des prodiges de célérité. Les braves gens ont droit à la comparution immédiate et se retrouvent sous les écrous avant que d’avoir pu constituer leur défense tandis que les véritables scélérats, pourvu qu’ils disposent d’avocats de renoms et de beaucoup d’argent, attentent patiemment la mort sans craindre la sentence finale.

Si le temps est nécessaire à la justice comme l’affirment ceux qui profitent honteusement de cette durée excessive pour noyer le poisson et continuer de jouir pleinement de leurs avantages, comment alors expliquer l’idée même de comparution immédiate ? Pourquoi les premiers seraient jugés au mieux dix ans plus tard tandis que les autres le sont dans la minute ?

Pire même, avec des canailles comme nos grands responsables politiques, le temps de la justice tutoie l’éternité, histoire de ne pas salir ces personnages durant leur vivant. Je devine aisément qu’on va me dire que je dévie du dossier initial même si en la circonstance le dessein de certains protagonistes est bien de repousser jusqu’au terme final de la vie de ce malheureux, la décision d’une justice incapable de trancher.

Qu’en conclure ? Qu’il est bien illusoire d’évoquer une justice à deux vitesses puisque manifestement, dans la seconde catégorie la notion même de vitesse est totalement abolie. Il y a des décisions prises dans l’instant et d’autres qui ne le seront jamais ou peu s’en faut. Les manifestants incarcérés doivent apprécier que les grands délinquants en col blanc coulent des heures, des jours, des mois, des années paisibles en attendant que tous les innombrables recours, pensés et mis en place par eux-mêmes et leurs pareils, soient épuisés à l'instar des juges qui en perdent la mémoire du dossier…

Peut-on alors encore parler de Justice ? Nous entrons dans des arcanes d’arguties, de subtilités, de détails scabreux, de procédures conçues avec perfidie pour ne jamais être suivies à la lettre afin que nos grands maîtres de la filouterie puissent sortir indemnes après des années d'opprobre qui curieusement n’empêchent jamais leurs électeurs de voter pour eux ou les médias de tendre des micros à des délinquants notoires mais jamais sanctionnés. La Justice se balance, va d’un pied sur l’autre pour ne jamais prendre la moindre décision d’importance.

La preuve en est administrée dans cette terrible affaire. Elle constitue l’éclatante démonstration de la complexité d’un système sciemment mis en place par ceux qui nous gouvernent pour toujours échapper à la juste punition de leurs turpitudes multiples. Une partie de la famille de ce pauvre garçon en profite tandis que l’autre moitié connaîtra ainsi, des années durant des déceptions et des désillusions. La Justice n’est pas de cette société ni de ce monde, il convient de le savoir pour ne jamais se faire d’illusion. Longue vie aux avocats vertueux à moins qu’ils ne méritent un autre qualificatif ...

Justiciablement leur.

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