Sans l'aide de Johnny.
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Il n'est guère évident de se retrouver dans la peau de l'humain ancien, confronté soudainement à l'obligation d'allumer un feu dans une cheminée, au hasard d'une maison de vacances. Nous ne sommes plus que des citadins, incapables de choisir les bonnes essences et ne maîtrisant plus l'art complexe d'aviver les flammes.
En premier lieu, il faut trouver du bois conforme au besoin immédiat de chaleur. Il n'est pas question de faire feu de tout bois, certains ne produisent que des feux de paille tandis que d'autres se font bien plus fumeux que calorifiques. Il convient de plus de trouver du petit bois avant que de prendre une bûche sans se faire grand mal.
Il faut aussi trouver de quoi mettre non pas le feu aux poudres mais simplement à ce petit monticule que vous avez cru bon assembler de manière convenable. Tout le monde n'a pas eu le bonheur ou l'opportunité d'être scout ou éclaireur de France pour savoir en toutes circonstances faire jaillir une petite flamme.
Qui ignore tout de l'amadou tiré de ce champignon polypore du bouleau, doit se mettre à la tâche pour trouver du papier, des pommes de pin ou de la cagette. L'allume feu est à ce titre une version hérétique bonne à jeter au bûcher. L'artifice de pareils produits vous empestera la pièce et ce serait une victoire sans gloire sur l'épreuve qui se propose à vous.
Le papier journal a bonne réputation. Hélas, la chute considérable de la vente de la presse papier risque fort de vous mettre le bec dans l'eau. Vous trouverez tout au plus des prospectus sur papier glaçant, contraire à l'objectif recherché et fort impropres à l'étincelle désirée. Par miracle, un vieux quotidien de la PQR local attendait son heure de gloire…
Reste alors à savoir le glisser sous le monticule. Le froisser n'importe comment risque de le contrarier et de vous éloigner de votre volonté de pyromane. Certains prétendent que le rouler sur sa longueur pour ensuite le nouer en son milieu assure une combustion de nature à enflammer le tas de bois surtout si vous avez trouvé quelques pommes de pin pour vous donner un coup de main.
Si vous avez rempli certaines des conditions requises, ne reste plus qu'à déclencher l'étincelle initiale, celle qui sera la marque de votre réussite. Il suffit pour ça de trouver des allumettes ou un briquet. Par malheur, dans votre entourage, le fumeur est devenu denrée rare et dans la cuisine le quartz a prohibé les petites buchettes soufrées.
Là encore, il faudra faire preuve d'ingéniosité pour transférer la flamme de la gazinière à la cheminée par le truchement d'une vieille bougie d'anniversaire qui s'était égarée dans un tiroir. Au risque de vous brûler les doigts, vous effectuerez ce chemin de croix en évitant les courants d'air et les coulées de cire.
Le journal s'enflamme, vous pensez être au bout de vos peines. Mais ce n'est qu'un feu de paille fugitif. Le bois reste de marbre devant cet embrasement sans lendemain. Vous allez devoir reprendre la procédure en ignorant les remarques acerbes de vos amis. Vous sentez monter en vous un brin d'énervement…
Un moins moqueur que les autres vous fait remarquer que l'insert bénéficie d'un moteur qui favorisera le processus initial. Il faut cependant partir de nouveau à la quête du papier journal, ce qui prendra un certain temps, de même nature que celui qui est nécessaire que le fût du canon de Fernand Raynaud refroidisse.
C'est au terme d'une folle aventure que vous parviendrez à réchauffer l'atmosphère pour passer une chaleureuse soirée autour du feu en oubliant les moqueries, griefs et autres remarques acerbes dont vous avez fait l'objet. Voilà ce que c'est de vouloir rendre service aux autres !
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