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Billet de blog 23 sept. 2014

Lettre ouverte à Stéphane le Foll

Sur France Inter ce mardi matin, Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture et porte-parole du gouvernement, sans doute embarrassé par les prises de position pour le moins contradictoires au sein du dit gouvernement, s'est montré pour le moins confus sur le projet de barrage de Sivens dit Testet, dans le Tarn.

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Sur France Inter ce mardi matin, Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture et porte-parole du gouvernement, sans doute embarrassé par les prises de position pour le moins contradictoires au sein du dit gouvernement, s'est montré pour le moins confus sur le projet de barrage de Sivens dit Testet, dans le Tarn.

© France Inter

Monsieur le ministre,

Je me suis rendue sur la zone à défendre du Testet vendredi 19 septembre pour rencontrer les opposants au barrage de Sivens. Sur place je me suis entretenue avec leur avocate et avec le porte-parole du collectif, j'ai accompagné les lycéens qui manifestaient à Albi, je me suis plongée dans le dossier. Aussi quand je vous ai entendu ce matin sur France Inter, j'ai saisi mon clavier.

Non Monsieur le Foll, on ne peut pas défendre à la fois « l'agroforesterie et les zones humides » comme vous l'avez dit ce matin, et laisser prospérer sous protection policière et financement public le chantier du barrage du Testet : c'est trente hectares de forêt et de zone humide qui viennent d'y être détruits ! Tout comme à Notre-Dame-des-Landes, où le projet d'aéroport étend son emprise sur des zones humides et des terres agricoles.

Monsieur le Foll, vous affirmez qu'au Testet le projet de barrage n'est pas destiné à l'irrigation pour le maïs ? Benoît Biteau, administrateur et membre du bureau de l'Agence de l'eau Adour Garonne m'assure pourtant du contraire. Les crédits de l'Agence de l'eau (50%) et de l'Union européenne (30%) accordés sur ce projet ne le sont que parce qu'il s'agit d'un projet de stockage à vocation agricole. Or la vocation agricole locale, c'est bien la production de maïs. Cet élément est d'ailleurs confirmé par l'enquête publique qui met en avant le besoin de barrage au motif de l'économie que représente localement la maïsiculture.

Monsieur Le Foll, vous ne pouvez pas répéter « agro-écologie, agro-écologie ! » sur tous les tons et continuer à encourager la culture de ces maïs hybrides extrêmement gourmands en eau, en nitrates et en pesticides. Ce sont ces cultures et leurs besoins énormes en irrigation qui sont à l'origine de l'étiage du Tescou, c'est-à-dire la raison même pour laquelle il faudrait aujourd'hui faire ce barrage. Donc au lieu d'agir sur la cause on l'alimente ? Quel type de politique est-ce là ?

Et en pleine période d'austérité forcée, on l'alimenterait sur fonds publics ? Avec l'argent de la politique agricole commune d'abord, qui va en priorité aux maïsiculteurs et non aux éleveurs dont vous prétendez défendre les intérêts avec ce barrage comme vous l'avez dit ce matin. Par le déploiement des forces policières pour sécuriser le chantier ensuite. Par les financements de l'Agence de l'eau et de l'Union européenne enfin, dont le président du conseil général, Monsieur Carcenac, a fini par reconnaître, une fois le déboisement de la zone achevé maheureusement, qu'il n'était même pas sûr de les obtenir.

Monsieur le Foll, en affirmant que le barrage n'est pas destiné au maïs, en soutenant à la fois le barrage du Testet et l'agro-écologie, l'agro-foresterie et lez zones humides, vous vous montrez donc soit terriblement cynique, soit incompétent sur le dossier.

Il est temps de mettre de la cohérence entre les discours et les actes de votre gouvernement en matière agricole. Comment pouvez-vous accepter, en matière d'agro-écologie, que votre premier ministre Monsieur Valls s'engage devant la FNSEA à assouplir la directive nitrates européenne ? Comment pouvez-vous tolérer que Monsieur Ramery installe illégalement, alors que des recours en justice sont encore en suspens, les premiers bovins dans la ferme-usine des Mille Vaches dans la Somme ? Comment pouvez-vous expliquer la répression policière qui s'abat sur les lanceurs d'alertes que sont les syndicalistes de la Confédération Paysanne, les Novissen, collectif Testet et tous les citoyens qui s'opposent pacifiquement à ces projets destructeurs, inutiles et imposés ?

L'agriculture est une des plus grosses sources de pollution et représente 21% des émissions de gaz à effet de serre en France. Alors que se tient aujourd'hui le Sommet Climat des Nations Unies à New York, j'aimerais rappeler aux membres du gouvernement qu'il ne suffit pas de marcher pour le climat. Maintenant il est temps que les actes suivent les discours. Et rapidement.

De plus en plus de résistances se créent autour des questions d'environnement et de démocratie, dans le prolongement de Notre Dame des Landes. Des ZAD fleurissent partout, on m'en annonce encore une prochainement près de Strasbourg contre un projet d'autoroute privée. Et ils reçoivent de plus en plus de soutiens, comme dans le Tarn avec la marche des lycéens à Albi, les acteurs de Groland en festival à Toulouse, et les pique-nique familiaux qui ont lieu sur la zone tous les dimanche pour replanter des arbres.

Une grande journée d'action se prépare au Testet pour le mois prochain. Monsieur le Foll, si vraiment vous voulez défendre l'agro-écologie, s'il vous reste une pincée de sincérité et de convictions, entendez-les. Ce n'est pas qu'un « symbole » comme vous l'avez dit à la radio ce matin. C'est de notre jeunesse, de nos écosystèmes, et de notre avenir dont il s'agit.

Corinne Morel Darleux

Coordinatrice du Manifeste 18 thèses pour l'écosocialisme
Conseillère régionale PG-FdG Rhône Alpes
www.lespetitspoissontrouges.org

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