Soldes monstres sur l'énergie

Donc l’Américain General Electric veut se payer le Français Alstom Énergie. Face à ça, n’écoutant que son courage, le ministre Montebourg se pare de « vigilance patriotique » et dégaine une offre de rachat de l’Allemand Siemens... Une dystopie entre Rollerball et Grand marché transatlantique.

Donc l’Américain General Electric veut se payer le Français Alstom Énergie. Face à ça, n’écoutant que son courage, le ministre Montebourg se pare de « vigilance patriotique » et dégaine une offre de rachat de l’Allemand Siemens... Une dystopie entre Rollerball et Grand marché transatlantique.

Ah. Mais puisqu’il se pare lui-même de « vigilance patriotique »… Pardon mais on n’est pas en Allemagne ici, ou bien ? Décidément le gouvernement est fâché avec les mots.

La « vigilance patriotique » en matière d’énergie ne consisterait-elle pas plutôt à constituer enfin ce grand pôle public de l’énergie, placé sous contrôle citoyen, permettant d’engager vraiment la bifurcation écologique ? Avec cette fameuse grande loi de transition énergétique que la ministre Royal vient de réannoncer pour la nième fois pour juillet ? Ce nouveau marronnier de la vie politique sous le règne Hollande, sans cesse repoussée depuis 2012 ?

Bon. Mais alors on va inscrire quoi dans cette loi, du coup ? Qu’on ira demander à la multinationale allemande de bien vouloir nous aider à faire des économies d’énergie ? En réduisant ses profits ? Sérieusement…

La transition énergétique demande des investissements publics dans la recherche sur l’efficacité énergétique, elle impose d’avoir des outils forts de politiques publiques pour faire des économies d’énergie et réorienter la production vers les énergies renouvelables.

Et que fait le gouvernement ? Des coupes budgétaires en guise d’investissements, des offres de rachat allemandes en guise de « vigilance patriotique ». Coincé lui-même par ses propre reniements après s’être empressé de se plier aux injonctions d’austérité de Bruxelles. Occupé à aller chercher 50 milliards d’économies dans les protections sociales plutôt qu’à aller taxer le capital. Acculé à faire passer ses politiques publiques à coup d’offres de rachat privées.

Mais qui gouverne en France aujourd’hui ? Des représentants du peuple et de la République, ou des VRP ?

Au final, une fois la poussière des effets de manche retombée, l’énergie restera donc un bien privé, soumis à la concurrence et à des logiques de court terme et de gros sous, un secteur stratégique où les transnationales allemandes et Etats-uniennes continueront à se partager le marché avec la bénédiction des gouvernements.

Un joli cas d’école, qui sera peut être étudié dans quelques années dans les Business Schools européennes comme une préfiguration du traité transtatlantique de libre échange. Ce projet de « grand marché transatlantique » négocié au niveau européen en toute opacité, que Barack Obama et François Hollande veulent accélérer. Un traité qui permettrait aux lobbies de pouvoir officier en toute liberté sur un grand marché « intérieur » Europe – États-Unis en se moquant bien des législations nationales qui seront jugées par des tribunaux d’arbitrage privés, ne laissant aux peuples que leurs yeux pour pleurer.

C’est un très mauvais remake de Rollerball auquel on est en train d’assister.

Sauf si… Le peuple se réveille, sauf si on envoie au Parlement européen des députés qui refuseront ce GMT, sauf si la fonction publique se rebelle dans les rues le 15 mai, sauf si on fait du scrutin européen du 25 mai un jour de belle colère… Sauf si on est plus nombreux à s’indigner. Sauf si.

A nous de jouer.

 

Corinne Morel Darleux, secrétaire nationale PG à l'écosocialisme, tête de liste pour le FdG aux élections européennes dans la circonscription Centre 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.