En temps et en heure : les revendications spatiales des Gilets Jaunes

Le mouvement des gilets jaunes en France a fait l’objet d'analyses centrées sur les modes d’action, les perspectives politiques et les revendications sociales. La dimension spatiale semble moins approfondie. Pourtant les Gilets Jaunes posent véritablement une aspiration spatiale.

Le mouvement des gilets jaunes en France a fait l’objet de différentes analyses. Centrées sur les modes d’action, les perspectives politiques et les revendications sociales, les études sociologiques mettent en lumière différentes revendications particulières. L’une de ses dimensions nous semble moins approfondie que les autres, notamment au regard des dynamiques qui affectent la catégorie urbaine : l’habitat, la mobilité résidentielle, plus largement le rapport à l’espace.

Dans son ouvrage La révolution urbaine (1970), Henri Lefebvre expliquait comment le processus urbain est essentiel à la survie du capitalisme, en renouvelant les opportunités de valorisation, et comment ce processus efface les distinctions entre ville et campagne en produisant des espaces intégrés (via l’agro-industrie, les résidences secondaires et le tourisme rural). Partant en effet du constat que la ville est toujours une tentative de refaire le milieu de vie humain (Park, 1967), le droit à la ville (Lefebvre, 1968) n’est pas uniquement un droit de consommer. Comme le qualifie l’économiste et géographe David Harvey : « le droit à la ville ne se réduit donc pas à un droit d’accès individuel aux ressources incarnées par la ville : c’est un droit à nous changer nous-mêmes en changeant la ville de façon à la rendre plus conforme à notre désir le plus cher » (2010, p. 160).

Il est probable que ce droit n’est pas accessible à tous ou, qu’en tout cas, parmi celles et ceux qui souhaiteraient en user, une partie non négligeable rencontre de telles difficultés qu’elles et ils en viennent à le faire savoir publiquement et durablement. Tel peut se développer à notre sens un examen de la période de manifestation qui a démarré en France le 17 novembre 2018 dans plus de 600 villes. Le mouvement s’est étendu hors de France : en Allemagne, Belgique, Bulgarie, Catalogne, Grèce et Pays-Bas (Farbiaz 2019, p. 151-156).

Ce mouvement est souvent analysé sans prendre complètement en compte ses dimensions spatiales. L’espace est multiple, il peut toutefois s’analyser, comme l’a proposé Lefebvre (2000), suivant une articulation entre espace perçu (l’emploi du temps, les parcours, les réseaux de mobilité), espace conçu ou représentations de l’espace par les savants, planificateurs, urbanistes, technocrates, certains artistes produisant un système de signes verbaux, et espace vécu par les habitants, les usagers, certains artistes, écrivains et philosophes.

L’espace est indissociable de la représentation de l’espace. Le mouvement des Gilets Jaunes est l’un des témoins d’un espace vécu difficilement. Il porte sans aucun doute, comme nous souhaitons le montrer, une autre perception de l’espace et formule une autre conception de l’espace au travers de ses doléances et propositions.

L’émergence du mouvement et sa composition sociale sont très cohérentes avec les revendications formulées. Nous pouvons identifier une affirmation spatiale précise qui se développe et s’incarne en une action spatiale particulièrement bien ajustée : le blocage des flux. Ainsi l’analyse peut montrer que le droit de vivre dignement se traduit aussi à user de son droit à l’espace dans des périphéries malmenées.

Emergence des gilets jaunes

La fin d’année 2018 voit émerger un mouvement d’ampleur contestant une hausse annoncée du prix des carburants. Fortement relayée par certains médias audiovisuels, cette annonce a été accueillie de différentes manières : revendications fiscales légitimes pour une frange néo-poujadiste des commentateurs, et aspirations réactionnaires pour d’autres. Il a fallu quelques jours seulement pour que les premiers commentaires et prises de position changent. Les premiers commentateurs plutôt bienveillants s’en sont allés en comprenant qu’il s’agissait de bien autre chose qu’une seule revendication fiscale. Et il a fallu une certaine finesse pour que des analyses respectant toute la complexité du mouvement reconnaissent son caractère inédit et inattendu. Car ce mouvement rassemble des opinions politiques très différentes. Il ne dispose pas d’une organisation très affirmée, ni politiquement, ni syndicalement. Il utilise des réseaux sociaux où se mêlent les propos les plus primaires aux analyses sociales les plus fines. Il ne pratique pas la manifestation convenue sur un parcours fixé à l’avance avec les autorités et en semaine. Tout au contraire, les manifestations se déroulent le samedi, elles sont qualifiées d’ « actes », laissant sans doute entendre la détermination à « changer quelque chose », et elles associent défilés urbains (avec des parcours originaux, par exemple en empruntant les arrondissements parisiens les plus denses en établissements représentant le pouvoir économique et le fameux triangle d’or des boutiques de luxe) et occupations longues de rond-point avec constructions de lieux de vie et d’échange.

Ces actes sont préparés par des discussions au sein de groupes locaux, régionaux et une coordination nationale. Au début du mouvement les groupes étaient médiatisés essentiellement par Facebook, Telegram, et par différentes listes de diffusion de courriel. Au fil de la construction du mouvement, l’action d’information et de documentation a pris un tour très élaboré. En atteste le site très fourni du portail collaboratif des gilets jaunes qui présente ainsi ses actions : « Né le 17 novembre 2018 d’une initiative citoyenne, le mouvement Gilets Jaunes, contestant tout d’abord la hausse des taxes sur le carburant, a rapidement évolué pour demander une justice fiscale immédiate et une réforme démocratique profonde. Pour faciliter la mise en place et l’émergence de cet élan citoyen, le Portail Collaboratif Gilets Jaunes propose de construire ensemble nos propres actualités, notre propre base documentaire, notre propre annuaire, afin de faciliter la cohésion et la collaboration au sein du mouvement, dans le respect de la liberté de chacun ».

Au 25 avril 2020, on comptait 690 groupes locaux en France. Ces groupes ont été les principaux organisateurs de l’occupation spatiale du mouvement. L’occupation des ronds-points a été intense jusqu’à leur dislocation par les forces de l’ordre. Ces lieux de rassemblement ont été symboliques à plusieurs niveaux.

Ils ont tout d’abord été des lieux de rassemblement et de sociabilité. De grands ronds-points étaient investis par une présence durable de participants au mouvement, des abris étaient construits avec souvent des moyens de cuisson et l’organisation de repas (Farbiaz, 2019). Ces lieux étaient à la fois destinés à une sociabilité de base et aux discussions politiques : de quelle manière poursuivre le mouvement ? Quels mots d’ordre produire et par quels canaux les diffuser ? Certains participants peu politisés ont déclaré retrouver une socialisation perdue ou parfois inédite pour eux.

Ainsi organisés, les ronds-points peuvent refaire des apparitions également symboliques en termes économiques. Le rond-point est un indicateur topologique, il marque l’espace physique des transports : ceux des personnes puis des marchandises. Prendre place sur ces ronds-points c’est affirmer une intention de régulation tout aussi bien des personnes résidentes que des biens marchands qui font l’économie. Cette affirmation politique sur les flux semble forte dans l’expression de ce mouvement social. Avant de l’approfondir, il est nécessaire de définir les qualifications sociales des protagonistes.

Composition sociale et spatiale des Gilets jaunes

Plusieurs enquêtes ont été produites au moment de l’émergence du mouvement, elles ont été complétées par de nombreuses autres par la suite de manière plus systématique. Trois enquêtes marquent le début des investigations empiriques : l’enquête dite de « Lille », celle dite de « Bordeaux » et celle d’Hervé Le Bras (Farbiaz, 2019).

L’enquête de « Lille » est composée de 523 questionnaires recueillis fin novembre 2018. Elle fait apparaître une forte participation des classes populaires (63,9% des manifestants), 17,3% des participants sont privés d’emploi.

L’enquête de « Bordeaux » est réalisée par des chercheurs au moyen de 166 questionnaires administrés dans cinq grandes villes (Bordeaux, Caen, Grenoble, Marseille, Montpellier et Rennes). Son analyse montre que les employés représentent 33% des participants, les ouvriers 14%, les artisans, commerçants et chefs d’entreprise 10,5%, les professions intermédiaires 10%, et les cadres 5%. Parmi l’ensemble des manifestants, 47% se déclarent primo-manifestants, 81% privilégie la manifestation comme mode d’action, et 58% se déclarent prêts à occuper un bâtiment administratif. En termes d’échelle de suffrage électoral, 33% se déclarent ni de droite ni de gauche. Parmi ceux qui livrent une position, 15% se situent à l’extrême gauche, 5,4% à l’extrême droite, 42,6% à gauche, 12,7% à droite et 6% au centre.

L’enquête du démographe Hervé Le Bras est orientée vers des considérations davantage spatiales et territoriales. Elle s’appuie sur les données préfectorales recueillies le 17 novembre 2018 et cherche à établir la part de gilets jaunes par rapport à la population par département. Il surgit alors une autre manière de qualifier les personnes qui est centrée sur l’espace. La fameuse « production de l’espace » de Lefebvre resurgit de l’oubli des sciences sociales. L’analyse de Le Bras montre des intensités de participation assez différentes. La Nièvre arrive en tête : plus de 6% des habitants ont participé à la journée du 17 novembre 2018. Les départements qui se portent mieux comptent beaucoup moins de participants (Gers, Jura, Mayenne et Vendée). Les actions sont les plus fortes au sein des territoires ruraux délaissés, ainsi que dans l’espace péri-urbain, essentiellement les anciens départements ruraux à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Dans ces territoires ruraux, les habitants font l’expérience quotidienne de la mobilité difficile et coûteuse entre leur domicile et leur lieu de travail, ou bien entre leur habitation et la capitale ou sa proche banlieue.

Nous disposons ainsi de deux qualifications complémentaires du mouvement : la précarité économique et la souffrance spatiale. Effectivement, la carte des gilets jaunes ne recoupe pas la carte nationale de la pauvreté : « les gilets jaunes craignent la pauvreté parce qu’ils sont éloignés de tout ou parce qu’ils sont dans des situations instables, fragilisées et dépendent de leur voiture » (Farbiaz, 2019, p. 24).

De ce fait, l’analyse en termes de rapport de classes nécessite quelques précisions afin d’être opérante. En reprenant les termes de Hayat (2019), nous définissons le mouvement des Gilets Jaunes comme une manifestation de lutte des classes en termes de division fondamentale entre peuple et puissants au sens de Machiavel. C’est-à-dire de la division qui prend sa source dans la contradiction majeure suivante : les puissants ont le désir fondamental de dominer, et le peuple celui d’être libre. Ce peuple n’est pas forcément tout le peuple, il s’agit certainement du peuple des dominés. Et ces dominés ne s’expriment pas, dans ce mouvement, dans le cadre de l’expérience de travail (au bureau ou à l’atelier). Nous n’avons pas directement affaire à des rapports sociaux de production tels qu’ils se développent dans la relation de travail. Le terrain de lutte n’est pas le lieu de travail mais l’espace politique : celui où l’on décide comment on désire vivre avec les autres.

Il s’agit d’une lutte de classe dans ce sens particulier : « on fait classe à partir de toute une série de relations de sociabilité populaire enchevêtrées … On se reconnaît dans l’expérience de l’autre lorsqu’il l’énonce, même si cette expérience n’est pas une expérience du travail. Il n’y a pas que des personnes en grande difficulté chez les Gilets jaunes. Il y a des personnes qui, socialement, sont plutôt insérées, il y a des cadres, il y a des intellectuels aussi. Mais le témoignage de son expérience sociale est le biais par lequel les uns et les autres se reconnaissent. Et c’est une manière de faire classe qu’on n’arrive plus à reconnaître comme telle, parce qu’elle est très différente de la manière dont on a fait classe au XXe siècle » (Hayat, 2019, p. 21).

Les Revendications des Gilets Jaunes

Farbiaz (2019) a rassemblé une très grande partie des textes revendicatifs des Gilets Jaunes. Leur lecture contraste avec le récit qui en est fait par un grand nombre de médias pour la plupart audiovisuels. Les revendications font l’objet de plusieurs documents qui s’articulent autour de deux sources majeures : la pétition fondatrice de mai 2018 et les cahiers de doléances intitulés « cahiers jaunes ». La lecture de la pétition fondatrice est éloquente puisqu’elle associe dès le début question fiscale et enjeu climatique.

La pétition fondatrice de mai 2018 en résumé

  • Supprimer progressivement la vente de véhicules diesel.
  • Faciliter l’acquisition de véhicules électriques en réduisant leur prix de vente.
  • Limiter la circulation des travailleurs en favorisant le télétravail.
  • Permettre une alternative aux mutations en favorisant le travail à domicile.
  • Favoriser l’installation des entreprises en banlieue et en province afin de désengorger les grandes villes et limiter les déplacements.
  • Favoriser le développement des éco/bio-carburants.

Cette première ligne de revendications est d’emblée un faisceau de propositions d’administration économique, d’organisation du travail, de l’espace et des temps. Réduire les frais de transport n’est pas une simple question de taxes. Elle suppose une volonté de politique économique (moins de véhicules diesel et plus d’électrique et de bio-carburants) et surtout une autre organisation du travail (favoriser le télétravail et le travail à domicile) ainsi qu’un autre aménagement de l’espace industriel (installation des entreprises en banlieue et en province).

Un autre texte important – les cahiers jaunes – vient confirmer cette aspiration à un autre espace économique et social. Ces cahiers de doléances sont développés sous la forme de 42 propositions intitulées « directives du peuple ». Elles sont élaborées autour de chaque barrage ou rond-point, 30.000 personnes s’y sont impliquées. Les doléances s’organisent en plusieurs chapitres : fiscalité, revenu, service public et exercice démocratique (Farbiaz, 2019).

Si on s’intéresse à la question de l’aménagement des lieux et des espaces de vie sociale, on peut identifier plusieurs propositions particulièrement élaborées dans une perspective de changement dans la production de l’espace. Une partie des propositions relève d’analyses macroéconomiques et géostratégiques ainsi que de la politique industrielle. Et la majeure partie cible des questions d’habitat, d’aménagement du territoire et de schéma de transport. Une partie de ces propositions a été reprise. En particulier, la question du logement a été relayée par des propositions émanant de résidants de quartiers populaires de grandes métropoles, de syndicats d’employés et d’associations. Toutes trouvent une expression précise dans la tribune publiée par l’association « Droit au Logement » (DAL) en décembre 2018 (Médiapart, 10/12/2018). Le logement est un poste de dépense important en France. En 1973, les locataires consacraient en moyenne nationale 10% de leurs revenus au loyer net, une fois déduites les APL, il n’en coûtait que 6,3% dix ans plus tôt (Durif & Marchand, 1975). En 2013, le loyer ponctionne en moyenne environ 26 % des revenus : 24,1 pour les locataires HLM, 28,4% pour les locataires du privé et 26,6% pour les accédants à la propriété (Laferrère, Pouliquen, et Rougeire, 2017).

Une synthèse des Cahiers jaunes

  • Favoriser les petits commerces des villages et centres-villes.
  • Cesser la construction des grosses zones commerciales autour des grandes villes qui tuent le petit commerce et davantage de parkings gratuits dans les centres-villes.
  • Protéger l’industrie française : interdire les délocalisations. Protéger notre industrie, c’est protéger notre savoir-faire et nos emplois.
  • Limitation des loyers. Davantage de logements à loyers modérés (notamment pour les étudiants et les travailleurs précaires).
  • L’intégralité de l’argent gagné par les péages des autoroutes devra servir à l’entretien des autoroutes et routes de France ainsi qu’à la sécurité routière.
  • Fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités.
  • Favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée.
  • Grand plan d’isolation des logements pour faire de l’écologie en faisant faire des économies aux ménages.
  • Fin du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Utilisation de cet argent pour le lancement d’une industrie française de la voiture à hydrogène.
  • Que les causes des migrations forcées soient traitées.
  • Que les demandeurs d’asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l’alimentation ainsi que l’éducation pour les mineurs.
  • Interdiction de vendre des biens appartenant à la France (barrage, aéroport).
  • Interdiction de faire payer aux commerçants une taxe lorsque leurs clients utilisent la carte bleue.
  • Taxe sur le fuel maritime et le kérosène.

L’affirmation de la spatialité

Une bonne part des propositions et revendications porte donc sur la question spatiale : comment des citoyens peuvent-ils vivre décemment en étant éloignés des lieux de travail et des lieux de consommation ? Sachant qu’ils ne peuvent pas assumer des loyers en ville ou bien qu’ils ont choisi de vivre décongestionnés « à la campagne ».

Une des composantes du mouvement - les classes moyennes – portait ce désir de vivre dans des espaces éloignés des métropoles en utilisant le véhicule individuel pour les déplacements. Désir réalisable à condition que le prix du foncier demeure à des niveaux inférieurs à ceux de la ville et que le tarif du gasoil reste attractif. Ce scénario a duré un temps, mais il a connu un aménagement délicat avec une certaine désertification des espaces ruraux et villageois, avec des déficits de couverture numérique des territoires puis par le déclin lent mais brutal des services publics. La hausse du prix du gasoil a fonctionné comme l’allumage de la mèche d’un réservoir de mécontentements cumulés. Cette frange des classes moyennes se retrouve dans le mouvement aux côtés de ceux qui subissent tous les désinvestissements des pouvoirs publics en milieu rural ou en grande périphérie des grands centres urbains. Avec Farbiaz (2019) on peut constater que le mouvement des gilets jaunes se développe à l’endroit où il n’y a plus de récit d’émancipation. De ce fait, sa forme est inattendue, elle se situe ailleurs que dans l’analyse politique qui a cours : « les Gilets jaunes sont interclassistes par essence. Ils regroupent des commerçants, des petits patrons comme des ouvriers, des caissières de supermarché, des retraités, des chômeurs. Ils ne pensent pas comme un groupe social cherchant des passerelles avec les syndicats … Par contre, l’alliance qui apparaît possible en creux, c’est celle entre les quartiers de relégation des métropoles, où les services publics ont disparu, où les commerces de proximité ont disparu des centres-villes » (p. 39).

Cette spatialité qui s’exprime peut s’analyser à partir des dépenses engagées pour le logement et les déplacements. Globalement, pour la population vivant en France, les espaces éloignés des pôles urbains (grand, moyen ou petit) sont davantage paupérisés que ces centres urbains, et l’existence en pôles moyens ou petits expose davantage à la précarité que la vie dans les grands pôles (tableau 1).

Tableau 1

 Proportion de ménages en situation de vulnérabilité énergétique en %

Champ : France métropolitaine.

Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête sur les revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS ; Anah.

 

Il est ainsi question de dépense contrainte ou de dépenses pré-engagées (loyers ou remboursements de prêts, abonnements, eau, gaz, cantine, assurances). La part de ces dépenses contraintes a augmenté plus vite que la hausse du pouvoir d’achat, passant de 12 à 29% des revenus en moyenne depuis 1950 (Le Monde, 14/11/2018). Les territoires périurbains sont précisément ceux qui cumulent ces dépenses contraintes. Selon la direction de la Recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), les 10 % les plus modestes doivent se contenter en moyenne de 180 euros par mois pour financer transport, équipement, loisir ou habillement, alors que les 10 % les plus riches disposent en moyenne de 1.890 euros. Mais dans ces espaces périurbains, c’est une partie et non l’entité qui est concernée : essentiellement la fraction précarisée de cette population qui connaît les plus grandes difficultés budgétaires au sein des petites et moyennes villes ouvrières affectées durablement. Ces villes ouvrières sont affectées par la désindustrialisation avec leur couronne périurbaine. Ces espaces concentrent une forte crainte pour l’emploi, des revenus médians plus modestes que la moyenne, et la réduction des services publics (Depraz, 2019). On peut y ranger : le Nord-Est, la basse Seine et l’Est parisien, Fos-sur-Mer et La Ciotat, les pôles anciens de l’industrie et du textile (Roanne ou Montluçon) ainsi que Bourges (ville en déclin industriel et démographique), Commercy (départ de l’armée), et Saint-Nazaire (chantiers navals régulièrement menacés).

Ce constat est prolongé par l’analyse en termes de bien-être qui repose sur des enquêtes questionnant le sentiment de « bonheur hier », le sentiment de « déprime hier », le sentiment que sa vie a du sens et la satisfaction dans la vie (selon l’Observatoire du bien-être utilisant l’enquête de conjoncture auprès des ménages de l’Insee). Selon l’une des études (Péron et Perona, 2018), plus la ville a d’habitants, moins ceux-ci sont heureux. Alors qu’habiter à la campagne ou dans une petite ville permet de vivre mieux heureux. L’étude montre d’une part, qu’habiter une commune rurale permet de trouver davantage de sens à sa vie et un niveau de satisfaction élevé vis-à-vis de sa vie actuelle. Elle montre d’autre part, que les villes moyennes concentrent tous les inconvénients. Ces villes moyennes comprennent :

  • Soit des aires périurbaines autour de grandes métropoles, mais sans continuité de bâti avec celles-ci, on les nomme communes de deuxième ou troisième couronne ;
  • Soit des villes d’importance locale (Beaune, Narbonne, Saint- Malo) ou de groupes polycentriques (Cluses).

Ces villes moyennes ont connu une époque mieux dotée. Leur essor a été favorisé par l’État, elles sont devenues délaissées. La dynamique des villes moyennes est prise dans l’articulation de trois processus (Estèbe, 2018) :

  • la décentralisation : plus de pouvoir est octroyé aux pôles régionaux et départementaux plutôt qu’aux sous-préfectures, de fait les services de l’État échappent à leur contrôle ;
  • la mobilité de la population : domicile et travail sont souvent localisés de manière distante afin de conserver une habitation chèrement acquise ou de préserver la continuité de la vie familiale ;
  • le très faible dynamisme économique : l’emploi industriel qui est très souvent un emploi concentré a diminué de 20% en trente ans. Ainsi beaucoup d’industries locales ont cédé la place à des pôles économiques et financiers concentrés dans les grandes villes, ce qui a favorisé les mobilités quotidiennes pour les résidents hors de ces villes.

Le territoire bordelais est très illustratif de ce point de vue, il concentre la plupart de ces phénomènes. La ville de Bordeaux est une grande métropole attractive qui parvient surtout à localiser les richesses et à rejeter en périphérie les personnes les plus fragiles (Petaux, Journal du Dimanche, 13/01/2019). Mais dans ce jeu avec la périphérie, ce ne sont pas uniquement les plus faibles revenus ou les patrimoines les moins garnis qui sont exilés. Le maire du village de Saint-Yzans-de-Médoc à 70 kilomètres au nord constate ainsi : « des couches de plus en plus aisées sont chassées en périphérie éloignée. Or elles ont de légitimes revendications de services publics qui ne sont pas les mêmes que les ruraux. Et nous, des services publics, on n'en a plus. Avec les Gilets jaunes, ces populations se sont réunies. Les gens défilent à Bordeaux pour montrer qu'ils vivent dans des conditions indignes près de la richesse » (Journal du Dimanche, 13/01/2019). A Lesparre-Médoc (à 65 kms de Bordeaux), un routier constate : « les bus sont rares, le tribunal a fermé, les commerces vont mal. Heureusement qu'on peut pêcher, chasser ou faire son potager, sinon on s'en sortirait pas ». Le journaliste analyse : « Dans ce Médoc paupérisé, outre l'industrie viticole, la perspective, c'est l'usine Epsilon Composite. Ceux qui n'en veulent pas sont priés de travailler à Bordeaux. Et d'avaler quelques heures de voiture quotidiennes pour traverser cette France où alternent zones commerciales et pavillons de bord de route, ­désormais limitées à 80 km/h » (Journal de Dimanche, 13/01/2019).

L’exemple de Bordeaux montre le cumul de plusieurs effets : un effet pouvoir d’achat et un effet spatial. « Les ­mobilisés représentent aussi la classe moyenne exilée de Bordeaux qui a un sentiment d'abandon. Ils viennent exprimer leur ressentiment dans la mini-­capitale qui les a exclus ». Au cours des trente dernières années, près de 400.000 personnes ont rejoint la Gironde. Bordeaux intra-muros n'en a accueilli qu'environ 10%, le reste est allé s'établir en périphérie. Un mouvement accentué par la ligne à grande vitesse inaugurée en 2017 qui place la capitale à deux heures (Journal du Dimanche, 13/01/2019).

Vivre hors des grands centres urbains expose ainsi à de multiples risques dont celui de l’éloignement. Malgré certaines conditions de vie assez différentes, malgré de multiples différenciations sociales, le point commun des gilets jaunes est sans doute cette affirmation de la spatialité. Affirmation qui déroge en effet au principe d’homogénéité de la composition des mouvements sociaux des dernières décennies. « Les Gilets jaunes c’est donc un mouvement libertaire : non pas par son ancrage dans une tradition anarchiste, mais au sens où l’exercice du pouvoir à l’intérieur du mouvement est quelque chose qui est extrêmement contrôlé et très mal accepté. Ça repose vraiment sur l’autonomie des individus et des groupes qui sont capables de s’organiser de manière formellement égalitaire. C’est la première chose que dit le mouvement. Les spécialistes du populisme se sont trompés : on n’est pas obligés d’emprunter aux termes du gouvernement autoritaire pour créer un mouvement populaire. C’est un espoir énorme du point de vue des personnes intéressées à l’émancipation que de voir qu’effectivement on peut faire peuple de manière libertaire, et que ça fonctionne » (Hayat, 2019).

Dès lors les revendications ne sont pas forcément paradoxales : demander plus de présence de l’Etat pour un retour des services publics, en même temps qu’une baisse des taxes (notamment pour le carburant) converge en une lutte pour l’espace. On a vu ainsi œuvrer différentes catégories sociales de manière inhabituelle au sein de barrages. C’est une autre expression des revendications et propositions relatives à l’espace. A la demande adressée à l’Etat vient s’articuler une action vis-à-vis des organismes qui détiennent un fort pouvoir d’aménagement de l’espace au travers de la planification des flux de transport.

De l’affirmation spatiale à l’action spatiale

Un acte remarquable a émergé de ce mouvement : le blocage des flux. Les différentes catégories socioprofessionnelles confrontées avec ces questions de mobilité quotidienne se sont rassemblées, au-delà de l’affirmation spatiale, dans une action stratégique : le blocage des flux de marchandises. Les travailleurs indépendants, les travailleurs précaires, les retraités et les sans-emploi « ont pointé le point faible de l’économie, le transport de marchandises » (Farbiaz, 2019, p. 28). Les moyens utilisés pour bloquer les flux sont le barrage filtrant ou bloquant sur un axe de circulation (rond-point, échangeur, péage, route, rocade) ; l’opération escargot, le blocage de dépôt pétrolier, le blocage de poids lourds et dans une moindre mesure la manifestation à pied.

Exemple de blocage des flux

Pour les salaires et en solidarité avec les Gilets jaunes le 30 novembre 2018, la CGT-Renault- Cléon appelait à faire grève. Ce vendredi 30 novembre, la CGT-Renault- Cléon avait appelé à deux heures de grève mini­mum sur la question des salaires pour tenter une action commune avec des Gilets jaunes en bloquant les ronds-points d’accès à l’usine dès 4 heures du matin et pour tenter de retenir les salariés avant leur entrée dans l’usine afin de les embarquer dans les piquets (1 800 intérimaires dans l’usine). Dès 4 heures ce matin, trois ronds-points ont été bloqués, plus d’autres petites entrées avec feux de palettes pour empêcher camions et voitures d’entrer dans l’usine. À 4 heures, au rond-point principal par lequel proviennent les véhicules venant de Rouen (25 km de Cléon) et par lequel les camions accèdent ordinairement à l’usine, une cinquan­taine de personnes ; vers 6 heures, une centaine. À ce rond-point : des salariés Renault, des délégations de boîtes : TCAR, Carsat, Chapelle Darblay, Pétroplus, Smedar, Grand port mari­time, BASF, Europac, les unions locales CGT de Sotteville-lès-Rouen, Saint-Étienne-du-Rouvray et d’Elbeuf… Pour préparer cette initiative, deux ren­contres avaient eu lieu entre les UL-CGT des agglomérations rouennaise et elbeuvienne et des Gilets jaunes de Rouen. L’usine a été complètement bloquée jusqu’à 15 h 30, du fait de l’impossibilité pour les camions d’entrer ou de sortir de l’usine, malgré le nombre de portes aménagées sur les faces nord, est, sud et ouest de l’usine. Usines de Sandouville et Douai mises à l’ar­rêt du fait du fonctionnement en flux tendu avec Cléon. Vers 11 heures, la préfecture a demandé à ce que deux camions puissent sortir : refus des occu­pants des ronds-points. Puis en début d’après-midi, menace de faire intervenir les CRS si les accès n’étaient pas libérés à 16 h 30. Finalement, équipes CGT et Gilets jaunes ont décidé de lever les barrages à 15 h 30 ». Source : Texte produit par des syndicalistes CGT, Syllepse, 2020.

Il ne s’agit plus de proposer ou de protester auprès de l’Etat, il est question de s’opposer radicalement à un modèle économique : celui des flux qui structurent la mondialisation. Une grande partie de ces flux est piloté par les firmes industrielles et commerciales qui projettent leurs stratégies globales à l’échelle planétaire. Leurs débouchés ainsi que leurs différentes activités productives et financières sont définis globalement. Selon des termes bien identifiés, il s’agit, d’une part, d’effacer la dichotomie entre le domestique et l'étranger pour les produits et les procès de production en imposant l'unicité des normes du marché mondial, d’autre part, de privilégier la vitesse dans la gestion des opérations (Michalet, 1999). Cette globalisation économique génère une mondialisation sociale. Les rythmes de vie sont durablement affectés. Les états, les institutions régionales et les villes recherchent les moyens d’attirer et de localiser durablement les ressources de cette globalisation industrielle et financière. Mais, les états ayant perdu une partie de leur pouvoir de régulation économique, les villes se retrouvent finalement en compétition face aux enjeux de localisation et de choix d’attraction des flux. Les grandes villes se comparent et tentent d’édifier des modèles de développement qui se démarquent des autres sur leur territoire (Bourdin & Idt, 2016).(Bréville, 2020) La comparaison aboutit le plus souvent à imiter une grande partie des pratiques des autres métropoles.

La ville d’Aix-en-Provence se présente ainsi dans une de ses brochures publicitaires : « La ville du célèbre peintre Paul Cézanne a su s’adapter pour être aujourd’hui labellisée French Tech et offrir un écosystème attractif aux porteurs de projets et aux créateurs d’entreprises. … Ville intelligente, connectée, résolument tournée vers l’innovation numérique et l’international, Aix-en-Provence est une ville moderne, cosmopolite, culturelle, dynamique, ouverte sur le monde ». Le réseau Eurocities (regroupant 140 grandes villes européennes) tente d’influencer les politiques européennes pour que l’avis des grandes villes soit pris en compte dans les politiques (Bréville, 2020).

Ces mouvements sont massifs. La proportion de la population mondiale vivant dans les villes a doublé en trente ans. Cinquante villes au monde comptent plus de 10 millions d’habitants, parmi elles seize en comptent plus de 20 millions. Autrement dit, bloquer les flux de la mondialisation revient à contrarier les pratiques métropolitaines, et au travers elles le mouvement même de mondialisation. Telle qu’analysée par Olivier Mongin (2013), cette mondialisation urbaine est orchestrée au travers des grands centres urbains selon trois modalités très structurantes :

  • les flux qui tendent à prévaloir sur les lieux, notamment avec Internet et le développement des transports rapides ;
  • la mixité urbaine qui est en recul, avec des volontés de démarcation dont les gated communities ne sont qu’une des facettes.
  • la privatisation de la vie et de l’espace publics qui est croissante.

Prise dans ce mouvement de compétition, les grandes villes et métropoles cherchent à s’établir dans le grand réseau des villes-mondes et pour cela de se parer des atouts mis en avant par les promoteurs des villes créatives ou smart cities (Florida, 2005). Les classes créatives qui sont présentées au centre de cette dynamique de ville-monde sont très distantes des protagonistes du mouvement initié dans les territoires français fin 2018. Ces classes créatives seraient : les scientifiques, ingénieurs, professeurs d’université, romanciers, artistes, gens du show-business, acteurs, designers, architectes, grands penseurs de la société contemporaine. Sur ce sujet, Jacques Godron, directeur du Club des entreprises du Grand Paris, déclarait en 2014 : « la métropole n’est pas une ville d’habitants, c’est un “pôle” où s’empilent les emplois métropolitains supérieurs, la fameuse “classe créative”, (…) La ville s’habite ? La métropole s’active. On planifie la ville en 2D ? On spatialise la métropole en 3D. La ville centrifuge s’étale ? La métropole centripète s’élève (…). La ville se dilate ? La métropole se compacte. L’habitant rêve d’un pavillon isolé ? Le métro-salarié (c’est le même !) adore l’open-space du cinquante-sixième étage. » (La Tribune, 4/04/2014). Ce dernier est fondateur de l’institut des hautes études des métropoles (IHEDM) dont la devise est : « Que ce soit bien clair, on ne se décrète pas Métropole, on le devient ... lorsque les autres Métropoles l'ont décidé ! ». Autrement dit il faut se mettre dans le grand flux mondial pour gouverner les lieux de la métropole.

De cette manière, en suivant Olivier Mongin, la mondialisation c’est effectivement l’urbanisation, ou la dernière étape de l’exode rural. Urbaniser c’est, pour la bourgeoisie, tenter de canaliser la violence. Les cœurs de ville concentrent la pauvreté la plus importante ainsi que le taux de chômage le plus élevé (Depraz, 2019). De fait cette urbanisation fait violence dans la ville et dans sa périphérie, elle produit des rejets. Car l’urbanisation (liée à la mondialisation), ce n’est pas l’urbanité qui exprime soit le comportement poli avec autrui, soit le caractère d’un espace qui facilite les interactions. L'urbanité procède d’un couplage de la densité et de la diversité des objets de société dans l'espace (Coutard et Lévy, 2010 ; Lévy, 1994). L'urbanité est le caractère propre de la ville dont l'espace est organisé pour faciliter au maximum toutes les formes d'interaction. Le degré d'urbanité d'une situation urbaine est lié à la configuration spatiale de celle-ci, d’où l’importante des espaces publics qui contribuent à élever le degré d'urbanité d'une entité urbaine. L'urbanité s'appuie sur de la mixité sociale et fonctionnelle.

User de son droit à l’espace lorsque son espace de vie est malmené c’est sans doute appeler cette urbanité qui est réduite chaque fois que l’urbanisation progresse. Les grandes villes et métropoles qui veulent orchestrer cette urbanisation se parent de vertus telles que l’intelligence et l’écologie, mais elles sont surtout, au regard du mouvement des Gilets Jaunes, les villes des flux qui administrent les territoires alentours.

Conclusion

Ce mouvement social qui a fait l’objet de nombreuses analyses sociologiques et économiques doit également se concevoir comme un mouvement dans l’espace et pour l’espace. Les Gilets Jaunes posent clairement la question de l’articulation des lieux, en lieu-même ce mouvement est une affirmation spatiale et revendique clairement un droit à l’espace et à la ville.

Les analyses sociales ont longtemps préféré la dimension temporelle à la dimension spatiale. Malgré les efforts des géographes et des urbanistes, l’étude des espaces et des lieux passe souvent après la mise en perspective historique. Pourtant ce mouvement a produit de nombreuses actions dans un cadre précis. Tout d’abord les doléances et revendications posent directement la question des localités : celles du travail (favoriser l’installation des entreprises en banlieue, promouvoir le télétravail), celles de l’habitat (prendre soin des habitants en limitant le prix de l’immobilier), celles des déplacements (promouvoir d’autres sources d’énergie). L’articulation de ces différentes localités fait problème. Et pour le démontrer les Gilets Jaunes vont définir les lieux de mise en lumière du problème : les ronds-points et barrages aux flux de la mondialisation.

Le constat est clair et l’action n’est pas seulement une protestation, elle est une spatialisation de ce mouvement qui vient interroger l’aménagement désastreux de l’espace durant la seconde moitié du XXème siècle. Nous sommes bien en présence d’une divergence majeure entre espaces conçus dans les centres de décision et espaces vécus dans leurs périphéries. La divergence sera durable tant que ces différents lieux ne seront pas respectés, interrogés et correctement impliqués dans une nouvelle conception et production de l’espace. De la même manière que ce mouvement n’est pas qu’une fulgurance, il sera forcément durable car « les lieux ne se juxtaposent pas seulement dans l’espace social, en contraste avec ceux de l’espace-nature. Ils s’interposent ; ils se composent, ils se superposent, et parfois se heurtent. Il en résulte que le local ne disparait pas, absorbé par le régional, le national, le mondial lui-même » (Lefebvre, 2000, p. 106).

Ainsi, les citoyens et manifestants qui veulent faire entendre leur droit à l’espace et à la ville viennent-ils interroger les promoteurs des smart cities. Dans quel partage de l’espace ces derniers espèrent-ils évoluer ? En voulant agir en tant que métropoles, ces smart cities dessine un espace fragmentaire, c’est-à-dire qui discrédite entièrement ou, au mieux, asservit les lieux environnants. En cela, cette machine à fragmentation est l'un des derniers avatars de l'individualisme qui asservit les milieux environnants et gentrifie à l'intérieur. Mais lorsque l'espace est entravé, il reste la révolte des lieux.

Références

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COUTARD O, & LÉVY J P. (2010). Ecologies urbaines. Paris, Economica.

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DURIF P, & MARCHAND O. (1975). Les locataires des HLM en 1973. Economie et Statistiques, No. 73, p. 3‑20.

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FLORIDA R. (2005). The Flight of the Creative Class. The New Global Competition for Talent. New-York, HarperBusiness.

HAYAT S. (2019). Les Gilets jaunes une histoire de classe ? Mouvements, Vol. 100, No. 4, p. 12‑23.

LAFERRÈRE A, POULIQUEN E, & ROUGEIRE C. (2017). « Les conditions de logement en France » (No. Insee références). Paris: Insee.

LEFEBVRE H. (1968). Le droit à la ville. Paris, Anthropos.

LEFEBVRE H. (2000). La production de l’espace. Paris, Economica-Anthropos.

LÉVY J. (1994). Urbanité : à inventer. Villes : à décrire. Les Annales de la Recherche Urbaine, No. 64, p. 11‑16.

MICHALET C A. (1999). La Séduction des Nations. Paris, Economica.

MONGIN O. (2013). La ville des flux; L’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine. Paris, Fayard.

PARK R. (1967). On social control and collective behavior. Chicago, Chicago University Press.

PÉRON M, & PERONA M. (2018). « Bonheur rural, malheur urbain ? » Note de l’Observatoire du Bien-être No. 2018‑ 07.

Presse

Le Journal du Dimanche, « Gilets jaunes : à Bordeaux, la révolte des périphéries », 13/01/2019

La Dépêche du Midi, « Gilets jaunes : les petits commerces de périphérie souffrent », 01/12/2018.

Ouest France, « Gilets jaunes. Le périphérique de Nantes au ralenti », 17/11/2018.

L’Express, « Gilets jaunes : qu'entend-on par "France périphérique" ? », 24/11/2018.

Le Bras, H (2018) « La carte des gilets jaunes n’est pas celle que vous croyez », L’Observateur, 21/11/2018.

Sud Ouest, « Gilets jaunes : une mobilisation plus forte dans la "diagonale du vide", selon un démographe », 22/11/2018.

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