D'une connection possible de Hanouna à Finkielkraut

Où il sera aussi question de la tendresse de Joey Starr, de la pop music, de mon désir d'amitié et de ma conviction qu'il n'y a pas d'événement anodin.

Le geste d'aller provoquer dans sa loge, alors qu'il se prépare, l'artiste à fleur de peau Joey Starr (pas Sinclair, pas Elodie Frégé, bien sûr), sous prétexte d'humour ; celui d'Alain Finkielkraut, inventeur des concepts effrayants d'état ethnique et de nation charnelle, d'aller s'asseoir à l'AG de la nuit debout, sous prétexte de curiosité ; celui des services de police et de gendarmerie de se poster en masse, déguisés en robocops, devant des manifestants pacifiques et autour d'eux (et je ne parle pas des policiers en civils provocateurs, stratégie si éculée que je me demande pourquoi elle ne finit pas par faire rire) sous prétexte de maintien de l'ordre ou de protection ont en commun une même intention.
Il s'agit d'aller perturber, en se donnant des airs de bienveillance, un protocole en train de se mettre en place, être une sorte de grain de sable dans la machine avec l'intention évidente de la faire craquer. Cela porte un nom : c'est du sabotage. Chacun a beau jeu alors de condamner la gifle de l'artiste, les quelques garçons insultant le philosophe misanthrope et les quelques nihilistes allumés qui brisent trois vitrines. Condamnation évidemment hyperbolique : hyperbole du geste, la gifle, les quelques mots, les bouts de verre deviennent toute la bestialité du monde ; hyperbole du nombre, un geste de l'artiste, quelques énervés à Nuit debout, quelques agités dans une manif deviennent l'ensemble de l'œuvre du dispositif ; hyperbole symbolique aussi, quand, à l'instar de La Plaisanterie de Kundera, un geste d'agacement semble soudain engager des vies entières.
Alors non, je ne crois pas que l'épisode de la gifle de Joey Starr soit une anecdote insignifiante, il est le signe d'une pratique de domination par l'humiliation qui est le fond de commerce de trop de gens disposant du pouvoir symbolique et/ou réel (Hanouna, Finkielkraut, Caseneuve et tant d'autres). Je ne connaissais pas Joey Starr, mais je regarde régulièrement la Nouvelle Star, parce que j'aime bien la musique, et notamment la musique pop. Je découvre ce personnage qui me fascine, parce que chacun de ses gestes, de ses propos, de ses expressions et même chacune de ses fautes signalent tellement plus d'épaisseur que ceux de cet animateur débilissime. L'exposition de sa complicité avec le pianiste André Manoukian me séduit aussi. Tous deux, hors de toute position arrêtée, recalculent constamment leurs coordonnées dans le conflit entre leur expression sensible marginale — donc moquée — et leur inscription dans l'institution (comme une émission de télévision à forte audience). J'y lis une tendresse qui m'émeut, et moi qui m'identifie plus volontiers à Manoukian, jusque dans ses ridicules, je rêve encore de rencontrer mon Joey Starr. Bref je suis, à titre personnel et en pure politique, complètement solidaire de Joey Starr, des participants à l'AG de la Nuit Debout, des citoyens manifestants.

Et je l'affiche.

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