Coup de gueule !

Je lis, çà et là, des indignations de tous bords. D’un côté, ON se gargarise de discours « boboïsant » voulant que tout Oriental (et je dois désormais peser mes mots) est forcément une victime de l’Occident… Et ailleurs ON étale une indignation qui oppose la misère du SDF à celle du réfugié, inconscient de reprendre cette saillie désormais célèbre du vieux et malfaisant borgne : « je préfère ma fille à ma cousine, et ma cousine à mon voisin, et mon voisin à l'immigré ». Et quoi ? Quand cela cessera-t-il ?

Je lis, çà et là, des indignations de tous bords. D’un côté, ON se gargarise de discours « boboïsant » voulant que tout Oriental (et je dois désormais peser mes mots) est forcément une victime de l’Occident… Et ailleurs ON étale une indignation qui oppose la misère du SDF à celle du réfugié, inconscient de reprendre cette saillie désormais célèbre du vieux et malfaisant borgne : « je préfère ma fille à ma cousine, et ma cousine à mon voisin, et mon voisin à l'immigré ». Et quoi ? Quand cela cessera-t-il ?

Jamais, sans doute… Comme le dit si bien Pierre Le Coz, dans son livre Le gouvernement des émotions[1] :

« À l’âge du numérique et du tactile, les échanges se réduisent à des formes d’interaction spontanées et rudimentaires qui attisent les susceptibilités. Ils génèrent aussi plus de culpabilité car la quantité d’erreurs augmente avec celle des décisions prises à la va-vite, sous le coup de la première émotion ressentie. Nous ne pensons pas, nous fonctionnons. »

La culpabilité… parce qu’une journaliste a balancé sur les réseaux sociaux la photo d’un enfant mort sur une plage. Voilà que dame Culpabilité réveille les consciences. Et que d’autres consciences à l’approche de l’hiver, se remémorent soudain qu’on meurt de froid l’hiver, ici, en France.

Quelques chiffres ? Il meurt un enfant toutes les 6 secondes dans le monde à cause de la faim, soit près de 3.700.000 depuis le premier janvier. Ces corps d’enfants morts, sur une plage en Turquie, ça s’appellerait un charnier.

Alors, pour moi, évidemment qu’il faut accueillir ces réfugiés. La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part (Rocard). Mais toutes les nations doivent en prendre leur part, y compris celles, Ô combien hypocrites et qui contribuent au drame que vit la Syrie : Russie, Chine, Iran, Arabie, etc… Dans un excellent article (à mon avis) Kamel Daoud dit[2], en parlant de son pays, l’Algérie :

« On préfère donner 10.000 euros pour une agence de pèlerinage vers l’Arabie plutôt que pour un être humain. On préfère se lamenter et parler de colonisation plutôt que d’échec au présent. »

Ces victimes d’une guerre terrible accueillies, aurons-nous le droit de poser des questions, nous citoyens ? Pourrons-nous dire que des réfugiés économiques ou, pire, des djihadistes vont forcément profiter (et le mot profiter est le bon) de l’ouverture des frontières, caracoler sur la vague de notre humanité indignée ? Ou la gôche bienpensante va-t-elle interdire le débat ? Gôche de merde ! Pourrons-nous demander aux plus riches, ceux qui planquent aux Caïmans la dette qu’ils nous font payer, de mettre la main au porte-monnaie sans qu’un Gattaz ou autre Ripoublicain ne vienne brandir les foudres de l’exil fiscal, la menace ultime, le chômage de masse ? Droâte de merde ! Pitoyable non pensée du monde politique et journalistique !

Parce qu’il est là, le problème, à mes yeux. Dans la répartition de la richesse. Cet enfant, Aylan, il est mort parce que, comme l’avait suggéré Ghandi, la Terre est assez grande pour les besoins de chacun, mais bien trop petite pour la cupidité de certains : en 2016, les 1% les plus riches de l’humanité possèderont plus que les 99 % restants[3]. Faudra-t-il ressortir la guillotine pour rappeler à ces prédateurs que leur avidité se nourrit de notre sueur ? Et qu’ils tuent un enfant toutes les 6 secondes ?

Qu’ont-ils à craindre, les 1%, puisque, jouets de nos émotions instrumentalisées, nous nous écharpons, nous autres, les 99%...

« Dans le discours des uns comme dans celui des autres, nous retrouvons l’émotion instrumentalisée en mode d’exercice du pouvoir. Pour le plus grand bonheur des journalistes qui exploitent à l’envi leurs faiblesses narcissiques, nos dirigeants se sont approprié la rhétorique du « coup de com ». De la quête du « scoop » à la « petite phrase » calculée, la règle du jeu politique ne diffère plus fondamentalement de la règle du jeu médiatique. Politicien ou journaliste, l’un et l’autre partagent l’aspiration commune à être de « bon communicants », capables de réagir aux évènements ».[4]

Et nous en faisons autant… La guerre de l’indignation a lieu, sur les réseaux sociaux.

 


[1] LE COZ Pierre, 2014, Le gouvernement des émotions, Paris, Éditions Albin Michel

[2] http://www.impact24.info/de-la-routine-des-pleureuses-anti-occident/

[3] http://www.leparisien.fr/economie/en-2016-les-1-les-plus-riches-possederont-plus-que-le-reste-de-l-humanite-19-01-2015-4460589.php

[4] LE COZ Pierre, 2014, Le gouvernement des émotions, Paris, Éditions Albin Michel


 

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