Pour Macron, avec Edwy?

Si chacun a noté le gouffre entre la sidération de 2002 et l'atmosphère actuelle de l'entre-deux tours, les parti-pris d'Edwy Plenel " dire non au désastre" et de François Bonnet "voter, et voter pour" en offrent certainement une des clés.

Abonné de Mediapart depuis 2012, il m'est souvent arrivé d'être en désaccord avec le journal. Rien que de naturel, et , par ailleurs, de fort sain. Aujourd'hui, cependant, se joue à travers l'article du directeur de la publication, Dire non au désastre, et celui, précédent, du  directeur éditorial Voter, et voter pour bien autre chose: le sentiment d'avoir été une dupe.

D'emblée je dois cette vérité que je suis décidé, au moins jusqu'à aujourd'hui, à voter blanc, nul ou à m'abstenir. Et cette décision je l'ai prise le soir du 6 mai 2012. Elle n'a pas variée depuis, mais n'est pas le sujet de ce billet, juste l'occasion de préciser mes votes utiles,  d'abord celui en faveur de Jospin le 21 avril 2012, car nous avions été alertés par Le Monde,puis Chirac, enfin ceux des deux tours des deux présidentielles suivantes.  Je précise aussi que, si je me sens proche de l'espoir que porte la FI, je n'en suis pas membre.

Je comprends les appels à voter Macron, même si je pense, par ailleurs, que les appels à ne pas voter Le Pen comme tentative de la politique du pire devraient être ,eux aussi, nombreux . A cet égard, on ne saurait trop relire le fameux billet de Michael Moore. Et, si je pense dorénavant que le vote dit utile est vain, je ne le méprise pas. Le vote de barrage non plus. Pour avoir voter Chirac, et plus souvent qu'à mon tour PS, comment le pourrais-je?

Il n'est pas indifférent, cependant, de considérer comment on nous y invite.

Longtemps, j'ai attribué le malaise de Mediapart face à la FI et à JL Mélenchon, comme essentiellement dû à une querelle de personnalité, voire d'égo, dans laquelle JL Mélenchon, quelle que soit l'adhésion assez forte que je ressentait pour son projet, avait assurément sa part. Après tout Frédéric Lordon est tricart sur Mediapart, et il est clair que ses billets contre Laurent Mauduit, pour méchament drôles qu'ils pouvaient paraître, justifient tout à fait son abscence de ces colonnes.

Cependant, je lis aujourd'hui, sous la plume d'Edwy Plenel, "Le ramage social dont se pare la candidate d’extrême droite, en s’engouffrant dans l’espace libéré par les divisions, les silences et les calculs de la gauche radicale n'est qu'une imposture". Qui peut douter que les éléments de langages fournis par Philipot ne sont que des promesses trompeuses? Mais ici est insidieusement acté que la gauche "non radicale" de la rédaction - le PS, on suppose - ne contribue nullement à ce hold-up sémantique! On apprendra par ailleurs plus bas que la gauche radicale se résume à M. Mélenchon, car on cherchera en vain le patronyme Poutou ou le sigle NPA.

Cet appel au vote utile, qui réserve ses pires phillipiques à M. Mélenchon  - avec pour but avoué, et sans rire, de reconstruire la gauche -  vient au second tour. Au premier tour, et alors que la situation de ce que Mediapart appelle la gauche était claire: PS éliminé et FI seule chance de présence pour la gauche, avec en prime la possibilité d'éliminer tant le FN que M. Fillon, le directeur éditorial écrivaitdans le dernier billet de la campagne: "Le Front national n’est jamais aussi fort que quand la participation électorale est faible. Il prospère sur l’abstention, fort d’un électorat mobilisé et déterminé. Voter est d’abord le moyen de le dissoudre. Et voter dès le premier tour, en aidant ainsi à sa possible non-qualification pour le second tour, est le meilleur moyen de ne pas avoir ensuite à se ranger derrière un « front républicain » de plus en plus incertain (même si ce « front républicain » si décrié a pu provoquer sa défaite en PACA et dans les Hauts-de-France lors des régionales de 2015)."

Or, à l'heure où M. Bonnet écrivait cet article, et compte tenu de l'écart prévu par les sondages, ni les marges d'erreur, ni même les redressements ne laissaient de doute quant à l'état du report des votes de gauche entre le PS et la FI: la probabilité étaient très forte d'un second tour Macron -Le Pen, avec , comme seul trouble fête possible à gauche, Mélenchon.

On peut tout à fait respecter les choix de ceux qui ont porté leur vote vers le candidat du PS, mais à moins de les croire stupides, il faut considérer qu'ils s'étaient préparés à un vote Macron.

Le directeur de la publication et celui de la rédaction jouent et nous ont joué les orgues du demi-coup de tonnerre. Mais une proximité éditoriale si troublante avec la stratégie du candidat d'en marche et d'une partie des membres du PS s'accorde assez mal avec la proclamation d'indépendance  de Mediapart.

J'ajoute qu'avoir vu , surplombant l'excellent article de Madame Orange sur les inégalité, le titre "Le social enfin au coeur de la campagne" m'a semblé de la part de la rédaction, d'un cynisme à peine croyable, puisque le 27 avril, les deux seuls candidats en lice étaient déjà Le Pen et Macron.

Appelez à voter Macron, appelez, aussi, à ne pas voter Le Pen car c'est, contrairement à ce que vous semblez croire, important.  Mais surtout faites le avec modestie.

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