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Billet de blog 1 juin 2010

“Flottille de la liberté” arraisonnée par la marine israélienne : l’analyse au détriment de l’information ?

Il n’est question que de cela dans la presse du jour. Une “flottille humanitaire” en route pour Gaza arrêtée dans les eaux internationales par des “commandos israéliens”. La couverture médiatique de l’événement relève de l’artillerie lourde : les éditorialistes éditorialisent, les analystes analysent, les experts expertisent et les chroniqueurs chroniquent. L’événement ne manque pas de se retrouver recouvert par le “bruit” qu’il a suscité. Au détriment des faits ?

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Il n’est question que de cela dans la presse du jour. Une “flottille humanitaire” en route pour Gaza arrêtée dans les eaux internationales par des “commandos israéliens”. La couverture médiatique de l’événement relève de l’artillerie lourde : les éditorialistes éditorialisent, les analystes analysent, les experts expertisent et les chroniqueurs chroniquent. L’événement ne manque pas de se retrouver recouvert par le “bruit” qu’il a suscité. Au détriment des faits ?

En lisant la presse du jour, en allumant la radio, en allumant la bécane ou en consultant notre timeline sur Twitter on ne peut plus passer à côté de l’événement. Hier, la marine israélienne a procédé à l’arraisonnement de plusieurs bateaux en route pour Gaza. Premier bilan : des morts, des blessés, un convoi détourné sur un port israélien. Il y a dans le traitement médiatique de cet événement des éléments qui nous permettent de voir fonctionner la petite usine de l’information qui nous alimente au quotidien. En clair, j’ai le sentiment que passées les premières dépêches, les analyses et les opinions s’enchaînent sans que les faits aient été clairement établis. Serait-on en train de passer à côté de l’info ?

Les premières dépêches tombent dans la nuit de dimanche à lundi et dressent un premier bilan provisoire des pertes. Elles sont ensuite reprises sur les sites des principaux médias et agrémentées d’informations en provenance notamment de Channel 10, une chaîne privée de l’état hébreu. Plus de 24 heures après les faits, on pouvait s’attendre à se voir éclairé sur le déroulement des opérations et sur l’identité et les motivations des groupes qui se sont retrouvés opposés, mais non. Les médias francophones consultés au cours de la journée du mardi 1er juin semblent tous sauter le coche, à l’exception notable de Libération. Quelques dépêches et 2 vidéos postées sur le net semblent suffire à l’établissement des faits pour laisser le champ libre aux éditorialistes, aux chroniqueurs et aux analystes.

Notons que la plupart font bien leur boulot. Daniel Schneidermann revient sur le complexe de Massada pendant que Jean-François Kahn s’interroge sur le “bunker mental” des israéliens. Adrien Jaulmes, correspondant au Moyen Orient pour le Figaro, nous explique qu’il s’agit d’un round de plus qui se joue dans la guerre de communication à laquelle se livrent les autorités israéliennes et le Hamas. Plus lyrique et envolée, la chronique d’Alexandre Adler sur France Culture prophétise de grands changements dans les relations turco-israéliennes. Pour le reste, on s’”insurge”, ou on “regrette” selon le côté de l’Atlantique depuis lequel on communique, on manifeste dans les capitales européennes. On lance des concepts compliqués comme “Etat pirate” et “terrorisme d’Etat” ou encore “Exodus inversé” dans les jités ou à la Une des grands quotidiens ce qui du coup, par effet de ricochet, ne manque pas d’attirer l’attention d’analystes et d’experts qui dissertent des termes sur leur blog et sur les plateaux dans lesquels ils tiennent tribune.

Comprenons-nous bien: je n’affirmerai jamais que les analyses mentionnées ci-dessus prises séparément ne sont pas intéressantes ou pertinentes. Bien au contraire. Ce qui m’interloque s’articule en fait sur deux points :

  • Ces analyses interviennent tôt dans l’espace public. Peut-être même un peu trop tôt . Moins d’une journée après les faits, alors que la lumière sur les événements n’est pas encore établie, certains médiacrates glosent déjà sur les conséquences géopolitiques de l’arraisonnement de la flottille. J’ai le vague sentiment qu’il manque quelques lignes à la partition. Comment peut-on analyser la situation sans avoir pu accéder à des informations permettant de comprendre dans les détails ce qui s’est passé ? A ce stade, rendons à César, ce qui appartient à César: le quotidien Libération, avec une interview de Pierre Razoux ainsi qu’un billet de blog de Jean-Dominique Merchet, offre à ses lecteurs des informations qui permettent de mieux saisir le déroulement des faits dans la nuit de dimanche à lundi. Notons que la plupart des chroniqueurs et analystes n’ont cependant pas pu accéder à ce type d’infos dans la mesure où ils ont rendu leur copie au moment où Libé mettait en ligne ces informations.
  • La profusion d’analyses, d’éditos et de chroniques ont tendance à noyer le poisson – un comble pour un arraisonnement dans les eaux internationales…- . Ces productions constituent une sorte de “bruit” qui enveloppe le sujet et qui finit par faire corps avec ce dernier. Mais le “noyau” me semble passer à la trappe. Qu’en est-il des faits ? Qui sont les acteurs du drame ? Quels sont leurs intérêts ? Ces questions restent pour l’heure sans réponses.

La couverture médiatique est incomplète sur ce sujet. Si les informations de Libération permettent de saisir le déroulement final de cette tragique affaire, beaucoup de travail reste à faire en amont. J’aurais bien voulu savoir par exemple par qui est formé ce convoi. Certaines sources mentionnent la présence de membres du Hamas sur les bateaux. D’autres insistent sur le travail d’ONGs venant délivrer de l’aide humanitaire pour la bande de Gaza. En quoi consiste ce matériel ? Quelles associations étaient représentées dans le convoi. Des membres du parlement européen qui devaient faire le voyage ont été priés de rester à quai. Par qui ? Pourquoi ? Nous n’avons pour l’instant aucune information. Bref, les analyses pleuvent alors que les faits demeurent obscurs. A défaut de déployer de grands moyens dans l’enquête sur les faits, on investit dans une forme de journalisme d’opinion qui y va de son petit édito ou de sa petite chronique. Mais qui recherche encore la vérité ? Qui a encore les moyens de porter la plume dans la plaie ?

Guillaume Henchoz

N.B. Cette humeur, portée à chaud suite à la revue de presse quotidienne ne tiendra peut-être pas l’épreuve des faits dans quelques jours. Espérons…

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