Camille&Guillaume
Journaliste et enseignant
Abonné·e de Mediapart

54 Billets

4 Éditions

Billet de blog 3 juin 2009

Pourquoi les journalistes n’ont-ils pas bonne presse ?

Les médias sont constamment l’objet de critiques et c’est tant mieux : la régularité et la qualité de ces remises en question est garante de la santé démocratique de notre société. Seulement voilà, entre la critique et les médias, il y a les journalistes. Dont la vie n’est pas rose tous les jours. 

Camille&Guillaume
Journaliste et enseignant
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les médias sont constamment l’objet de critiques et c’est tant mieux : la régularité et la qualité de ces remises en question est garante de la santé démocratique de notre société. Seulement voilà, entre la critique et les médias, il y a les journalistes. Dont la vie n’est pas rose tous les jours.

Citoyens, universitaires, politiques : la critique et les reproches fusent de toutes parts. Le sociologue voit dans le journaliste un professionnel du réel au nez collé dans le présent, incapable de mise à distance. L’idéologue trouve les médias trop à gauche quand il est à droite et trop à droite quand il est à gauche. De nombreux journalistes posent eux-mêmes un regard inquiet et désabusé sur leur pratique professionnelle. Quant au lecteur lambda – si tant est qu’il existe – il éprouve souvent de la méfiance à la lecture de son canard.

Plus difficile à digérer : cette critique est régulièrement justifiée – lorsqu’elle ne cède pas à la parano. Qui n’a pas lu d’article mal rédigé et sans recul par rapport aux événements relatés ? Qui ne s’est jamais étouffé avec son café devant les gros titres de son journal préféré ? Qui oserait prétendre que les gratuits sont un nouveau tremplin pour le journalisme d’investigation ? La critique est le pain quotidien du journaliste. Elle est constitutive de son métier, parfois même source d’inspiration et d’investigation. La morosité qui règne sur le journalisme s’explique sans doute par le fait que la critique a gagné en densité et changé de nature avec le développement de l’ère numérique. Blogs, sites communautaires alimentés par du journalisme participatif et autres médias alternatifs mènent une concurrence rude aux professionnels de l’information. Les médias traditionnels y sont quotidiennement autopsiés et écorchés.

Mais la critique, si virulente soit elle, n’est pas seule responsable de la mauvaise presse des journalistes. L’état de crise dans lequel se trouve la profession n’arrange pas son image. Les systèmes finançant les médias sont à revoir. Aucun modèle économique ne semble s’imposer de lui-même. Avec la reconfiguration des médias autour des supports électroniques, on est un peu dans l’œil du cyclone. De plus la «révolution numérique» a complètement chamboulé la pratique du journalisme : traitement de l’information, écriture, travail de recoupement des sources : les usages professionnels sont en mutation pour le meilleur comme pour le pire. Les journalistes se rongent les sangs et pour cause : ils ignorent encore à quoi ressemblera leur métier dans dix ans.

Guillaume Henchoz

(Chronique initialement parue dans la revue EDITO, magazine suisse sur les médias)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Un passeur algérien raconte son « business » florissant
En 2021, de nombreuses personnes ont tenté de quitter l’Algérie et rejoindre l’Europe par la mer, débarquant à Almeria, Carthagène ou aux Baléares. Dans le sud de l’Espagne, Mediapart s’est s’entretenu longuement avec un de ces « guides » qui déposent les « harraga » (exilés) en un aller-retour. 
par Nejma Brahim
Journal — Logement
À Lyon, une école occupée pour aider une famille sans logement
Le collectif citoyen « Jamais sans toit » a commencé l’occupation de l’école Michel-Servet, dans le 1er arrondissement, pour témoigner son soutien à deux enfants scolarisés ici sans logement avec leurs parents. À l’heure actuelle, dans la métropole lyonnaise,  110 enfants et leurs familles sont à la rue.
par Faïza Zerouala
Journal — Services publics
« Tout meurt à petit feu ici » : à Saint-Cyprien village, La Poste est fermée depuis un an
Le bureau de poste de cette localité des Pyrénées-Orientales a baissé le rideau en février 2021. Les habitant·es de la commune côtière doivent désormais se rendre au guichet situé à la plage, à plus de 3 km de là. Or, pour les plus âgés, la disparition de ce service au cœur du village est un abandon de plus.
par Khedidja Zerouali
Journal
Au Sénat, la ministre des sports défend les contestées interdictions administratives de stade
Présente dans le cadre de l’examen de la proposition de loi pour démocratiser le sport, Roxana Maracineanu s’est opposée aux amendements encadrant les interdictions administratives de stade, dont les dérives ont été largement documentées. Un positionnement que regrette l’Association nationale de supporters.
par Clément Le Foll

La sélection du Club

Billet de blog
« Violences génocidaires » et « risque sérieux de génocide »
La reconnaissance des violences génocidaires contre les populations ouïghoures a fait l’objet d’une résolution parlementaire historique ce 20 janvier. C'était un très grand moment. Or, il n'y a pas une mais deux résolutions condamnant les crimes perpétrés par l’État chinois. Derrière des objets relativement similaires, se trouve une certaine dissemblance juridique. Explications.
par Cloé Drieu
Billet de blog
Stratégies de désinformation et de diversion de Pékin sur la question ouïghoure
[Rediffusion] Alors que de nombreux universitaires sonnent l’alarme quant au risque génocidaire en cours dans la région ouïghoure, Pékin s’évertue à disqualifier tout discours alternatif et n’hésite pas à mobiliser ses réseaux informels en Europe pour diviser les opinions et couper court à tout débat sur la question ouïghoure. Une stratégie de diversion négationniste bien familière. Par Vanessa Frangville.
par Carta Academica
Billet de blog
La cynique et dangereuse instrumentalisation du mot « génocide »
La répression des Ouïghours existe au Xinjiang. Elle relève très probablement de la qualification juridique de « crimes contre l’Humanité ». Mais ce sont les chercheurs et les juristes qui doivent déterminer et les faits et leurs qualifications juridiques, et ce le plus indépendamment possible, c’est à dire à l’écart des pressions américaines ou chinoises.
par Bringuenarilles
Billet de blog
Agir pour faire reconnaître le génocide ouïghour. Interview d'Alim Omer
[Rediffusion] l’Assemblée Nationale pourrait voter la reconnaissance du caractère génocidaire des violences exercées sur les ouïghour.es par la Chine. Alim Omer, président de l’Association des Ouïghours de France, réfugié en France, revient sur les aspects industriels, sanitaires, culturels et environnementaux de ce génocide.
par Jeanne Guien