Pourquoi devons-nous changer notre manière de nous alimenter, dès aujourd’hui?

Devoir d'avenir et acte citoyen. Par la force du collectif nous avons entre les mains la possibilité de faire dévier une trajectoire vouée à l'échec. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, et ensemble nous pouvons influencer le monde de la consommation alimentaire.

A l’heure où il n’a jamais été aussi facile d’accéder à l’information, où les articles fleurissent en abondance, où le savoir se trouve littéralement à porter de main : nous ne pouvons plus jouer la carte de l’ignorance.

Nous savons. Du moins, ceux qui ne savent pas encore, en ont tout de même entendu brièvement parlé comme un bruit de fond. Un bourdonnement constant, tel le bruit d’un métronome incessant, au son strident, inquiétant, mais pas suffisamment pour perturber son train-train quotidien.

De par notre système déraisonnable, notre douce planète suffoque et agonise depuis plusieurs années. La poétesse qui sommeille en moi serait tentée de vous dire, pour la beauté de la phrase, que la terre se meurt à feu doux. Mais il n’en est rien, le thermostat a déjà explosé, et nous nous embrasons d’ores et déjà à vitesse grand V. Quel avenir nous attend ? Quelle planète allons-nous léguer à nos enfants ? Petit état des lieux :

Nous enregistrons actuellement une hausse moyenne de la température mondiale de 1,2°C par rapport à l’époque préindustrielle. Bien que l’accord de Paris vise à maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C en 2100, gouvernements et multinationales semblent uniquement jouer la carte du greenwashing : feindre un développement durable, tout en restant irrévocablement enracinés dans leur système destructeur, favorable aux classes les plus aisées, au détriment des plus vulnérables, de la biodiversité, de nos écosystèmes, mais également : du futur de l’humanité.

Les prédictions futures sont alarmantes. En moyenne jusqu’à 5°C d’augmentation d’ici 2050. Mais qu’est-ce que ça change après tout, quelques degrés de plus ou de moins ? Le journaliste David Wallace-Wells pourrait vous l’expliquer précisément : « La dernière extinction de masse d’il y a 252 millions d’années a commencé par un réchauffement de 5°C, accélérée par le relâchement de méthane en Arctique et s’est finie par l’extinction de 97% de la vie sur Terre ». Ainsi, 5°C de plus suffirait à provoquer la prochaine extinction de masse, dont l’être humain serait la première victime.

De 2020 à 2050, 30 ans de vie, vous et moi, vos enfants, pour la plupart nous serons encore là. A se voiler la face, nous courrons tous ensemble, main dans la main, vers la catastrophe.

Notre système est profondément défectueux sur de nombreux aspects, mais de par ma spécialité, j’aimerais mettre en lumière l’un des leviers cruciaux à mobiliser pour dévier notre trajectoire fataliste : l’alimentation.

Inégalités et pollution au menu

L’agriculture, dans sa forme industrielle, est l’une des activités les plus dévastatrices pour l’environnement : polluant nos sols et nos eaux par son utilisation abusive des engrais chimiques, épuisant nos ressources naturelles par soucis de productivité, détruisant nos forêts et lapidant notre biodiversité. Plus encore, l’agriculture est à l’origine d’un quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Derrière les produits triomphant en abondance sur les étals de nos supermarchés se cachent alors une grande et longue chaine de production énergivore et polluante.

La logique actuelle est de produire toujours plus, toujours plus vite et toujours moins cher. Mais la population humaine ne cessant de croître à une vitesse folle (à moins que les pandémies meurtrières ne s’accroissent-elles aussi dans les décennies à venir), il est insoutenable dans l’état actuel de pouvoir multiplier notre production sans détériorer encore plus la planète. Sachant que pour chaque degré d’augmentation de la température, les dégâts climatiques seraient si importants que les rendements agricoles baisseraient de 10%.

L’autre constat défectueux et préoccupant du système agricole industriel est qu’il est source de profondes inégalités. Tentons, durant les prochaines minutes, de nous reconnecter à notre bon sens et notre rationalité : comment expliquer qu’avec notre production agroalimentaire actuelle nous sommes en capacité de nourrir deux fois la population mondiale, mais que pour autant le nombre de personnes ne pouvant se nourrir à leur faim est en hausse. En 2018, c’est au total 820 millions de personnes dans le monde qui souffrent de la faim, soit une personne sur neuf. Chaque jour, 25 000 personnes meurent de faim, 140 millions d’enfants souffrent de malnutrition, et oui, en France aussi. Plus besoin de partir en voyage humanitaire à l’autre bout du monde quand il suffit de pousser les portes de la Croix-Rouge et des Restos du Coeur pour venir aider son prochain.

A contrario, nous jetons, gaspillons, consommons en surplus calorique, achetons à outrance tout en nous offrant le luxe de jeter notre nourriture oubliée, périmée.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez nous, êtres humains ? Pourtant pourvus d’altruisme et de compassion. Nous savons faire preuve d’amour et de solidarité.

Consommateurs, reprenons le pouvoir : devenir acteur de ses choix

Les principaux responsables de notre perte sont nos gouvernements, multinationales et autres financiers, entretenant comme un cercle vicieux ce système capitaliste destructeur et inégalitaire. Placés en rôle de tout-puissant, ils auraient entre leurs mains les cartes maitresses pouvant renverser la tendance. Rien qu’en terme d’agriculture, l’Union Européenne pourrait être en capacité de réformer profondément la politique agricole commune (PAC) dans une démarche écologique et durable. Encore une fois, il n’en est rien.

Contrairement à ce que nous pouvons être amenés à penser, nous, simples citoyens, ne sommes pas si impuissants. Nous pouvons agir, apporter notre œuvre à l’édifice, exercer à notre échelle notre part de responsabilité. Car l’union a toujours fait la force. Mais comment ? Il est aujourd’hui de notre devoir de changer notre manière de consommer et de nous alimenter. Rassurez-vous, le changement ne sera pas radical, de nombreuses alternatives existent, mais pour les faire triompher, nous devons les encourager, en suivant la plus simple des lois économiques : la règle d’or de l’offre et de la demande.

Aujourd’hui, faire ses courses dans les grands supermarchés conventionnels les encouragent à réfléchir en terme de productivité et maximisation des richesses, faisant par conséquent perdurer ce système agricole industriel. Ces grandes enseignes dominent le secteur agroalimentaire français, mais nous seuls leur offrons ce pouvoir. Nous sommes en pleine capacité d’entretenir la matrice, comme de la faire flancher.

Chers consommateurs, reprenons nos droits, délaissons la passivité pour devenir acteurs de notre consommation. La règle est simple : plus les consommateurs se détournent d’un produit ou d’un service, moins ces derniers sont commercialisés, à l’inverse, le consommateur possède le pouvoir de propulser de dix bonds en avant d’autres produits aux modes de production éthiques respectueux de l’environnement.

Attention, certains gestes que nous pensons responsables ne suffisent pas, acheter la gamme Bio de Herta, de Auchan ou de Lipton en grande surface ne fait qu’entretenir la logique. Allons chercher les producteurs locaux directement là où ils se trouvent : dans les marchés et au près des AMAP. Délaissons la quantité au profit de la qualité en se tournant vers les commerçants indépendants de votre quartier, les magasins bio, les petits fromagers…

Reconcentrons-nous sur l’essentiel, réapprenons à vivre localement, reconnectons le consommateur à son producteur, à son terroir, régulons de nouveau notre assiette sur le cycle des saisons, car oui, manger des fraises en hiver ce n’est pas normal. Choisissons ensemble d’emprunter le chemin hors des sentiers battus.

Certaines de ces options nécessitent un budget légèrement supérieur à ce que les grandes surfaces conventionnelles nous proposent, ce prix est celui de la concurrence déloyale. L’agriculture biologique nécessitent des coûts de production plus importants, car ils ne bénéficient pas des mêmes aides que l’agriculture industrielle. Or, si tout le monde se tournait vers les alternatives proposées, l’accessibilité de ses produits se démocratiserait pour convenir au plus grand nombre.

De telles démarches fonctionnent. L’achat de produits bio a doublé en 10 ans, même s’ils sont toujours extrêmement concurrencés par les articles conventionnels. Mais cette légère croissance a tout de même permis le développement de l’agriculture biologique en France, et l’émergence de nouvelles réflexions au sein des politiques qui se saisissent de plus en plus de ce sujet. Des aides se débloquent progressivement. Même si cette tendance reste marginale, elle s’améliore et progresse peu à peu.

Elle ne pourra perdurer que grâce à nous.

N’oublions pas, la société civile est à l’origine des plus grandes révolutions, et nous avons un monde meilleur à gagner.

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