2- Origine de la pollution en tritium dans l'eau du robinet des franciliens

Partie 2- L'origine de la pollution radioactive en tritium dans l'eau du robinet de Paris et d'Ile de France : un secret et un scandale?

Dans la partie précédente de cet article nous avons vu que l'eau du robinet des franciliens est polluée en tritium, un atome radioactif qui a une faible radiotoxicité. Cette pollution est très supérieure aux niveaux naturels en tritium. Il y a une certitude: la Centrale nucléaire de Nogent est en partie responsable de cette pollution. Et, il y a une hypothèse très fort probable, voire même une certitude: les Commissariats à l'énergie atomique de l'Ile de France et, surtout le CEA militaire de Bruyères-le-Châtel, sont aussi impliqués dans cette pollution. Il a aussi été constaté que ces CEA polluaient en tritium l'air, les nappes phréatiques, de nombreuses eaux douces de leur environnement et que du tritium pouvait se retrouver dans l'eau du robinet de certains de ces CEA.

A ce stade, pour connaître l'impact de ces pollutions sur l'eau du robinet, il faut étudier le réseau hydrogéologique et les points de captages d'eau potable. 

Que nous apprend le réseau hydrogéologique sur le cheminement de la pollution en tritium provenant des nappes phréatiques sous les CEA de Saclay, Fontenay-aux-Roses et Bruyères-le-Châtel? Est-ce que ces nappes phréatiques communiquent avec d'autres nappes phréatiques? Il y a t-il des captages d'eau potable dans ces nappes phréatiques ou le long du cheminement de cette eau polluée en tritium?

Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) écrit : ''Aucun institut ne connaît au mètre près les nappes d’eau souterraines et les communications précises avec d’autres nappes ou les cours d’eau sur toute une région donnée. Il peut n’y avoir aucun contact à un endroit, et des contacts à d’autres, selon la géologie des lieux.'' Et ''le bassin de Paris a la particularité d’être une zone multicouches, avec des roches-réservoirs à différentes profondeurs''. (52) L'ARS Ile de France m'a confirmé la difficulté de répondre aux questions ci-dessus et la nécessité de ''prendre le temps de rechercher les informations qui ne sont pas évidente à trouver''. (53) Pour réfléchir à ces questions, l'ARS Ile de France m'a dit échanger avec la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie d’Île-de-France (DRIEE) car elle n'avait pas toutes les informations en sa possession. Ceci, dans le but, aussi de me faire une réponse commune de l'ARS Ile de France avec la DRIEE. (53) Il semble donc que ce soit la première fois que l'ARS Ile de France et la DRIEE fassent cette recherche et que ça leur demande beaucoup de travail de me répondre. De mon côté, j'ai aussi posé mes questions à deux personnes (85) du service Eau et Milieux aquatiques de la DRIEE. Au final, je n'ai pas reçu la réponse commune promise par l'ARS Ile de France (109) ni la réponse de la DRIEE aux questions ci-dessus. Ceci, bien que je les ai tous informé des niveaux significatifs de tritium dans les nappes phréatiques sous les CEA de Saclay, Bruyères-le-Châtel et Fontenay-aux-Roses. Donc, l'ARS Ile de France et la DRIEE ne disent pas si les nappes polluées en tritium de Bruyères-le-Châtel, Saclay et Fontenay-aux-Roses communiquent et polluent d'autres nappes phréatiques environnantes. L'ARS Ile de France et la DRIEE ne disent pas s'il y a des captages d'eau potable dans les nappes phréatiques se situant sous les CEA de Saclay, Fontenay-aux-Roses et Bruyères-le-Châtel. L'ARS Ile de France et la DRIEE ne disent pas s'il y a des captages d'eau potable le long du cheminement de cette eau jusqu'à la Seine. Est-ce que l'ARS Ile de France et la DRIEE savent ou l'eau potable est puisée? Il est impensable que l'ARS Ile de France et la DRIEE ignorent s'il y a des captages d'alimentation dans les nappes phréatiques ou les cours d'eau. C'est leur travail entre autre de le savoir. Alors, peut être que si l'ARS Ile de France et la DRIEE ne m'ont pas répondu sur ces questions c'est qu'elles n'avaient pas la volonté de clarifier ces points. L'ARS et la DRIEE ont eu plusieurs mois pour répondre.
Il y a eu aussi un certain flou dans l'échange avec l'ARS Ile de France sur ces questions car le service presse a répondu à côté de ma question (54) et N. Le Pen Responsable de la Cellule Eaux de l'ARS Ile de France a fait une réponse pouvant avoir différentes interprétations. (55) Pourquoi l'ARS répond de manière ambiguë?

Ce manque d'information de l'ARS Ile de France et de la DRIEE est dommageable pour cette recherche car les captages d'eau potable soumis ''au plan Vigipirate'' ''ne sont donc pas indiqués sur internet''. (56) Il n'y aucune carte des points d'alimentation en eau potable sur internet. Ceci pour prévenir, par exemple, une attaque terroriste sur ces points sensibles. Néanmoins, sur le site internet du BRGM, une carte identifie tous les types de forages d'eau (en activité ou non) pouvant avoir diverses destinations. Grâce à ce site, on voit autour des CEA qui nous intéressent, qu'il y a de très nombreux forages d'eau, mais impossible de savoir si ce sont des forages d'eau potable. (52)

A défaut d'avoir la réponse promise, longtemps attendue mais non reçu de l'ARS et de la DRIEE, peut-on tout de même répondre à la question: Est-ce que l'eau des nappes phréatiques sous les CEA de Bruyères-le-Châtel et les CEA de Saclay et de Fontenay-aux-Roses sont utilisées pour l'alimentation en eau potable?

Tout porte à croire que oui car la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie d’Île-de-France (DRIEE) écrit dans l'un de ses documents sur internet: ''Toutes les nappes souterraines, jusqu’à la nappe de l’Albien, sont exploitées en Ile-de-France pour produire de l’eau potable.'' Compte tenu de ce qui précède et sachant que les nappes phréatiques superficielles de Saclay, Fontenay-aux-Roses et Bruyères-le-Châtel surplombent la nappe d'Albien alors la logique est de conclure que les nappes sous les CEA sont exploitées pour l'alimentation en eau potable.
p.5 http://www.driee.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/50_plaquette_captage_eaux.pdf C'est une mauvaise nouvelle. Et, c'est peut être bien pour cette raison que l'ARS Ile de France et la DRIEE ne répondaient pas à mes questions précédentes. Ces deux institutions préfèrent peut être cacher ce fait.

Continuons de suivre le trajet du tritium venant des CEA car cette pollution ne s'arrête pas dans les nappes phréatiques. L'hydrogéologie nous apprend que la nappe phréatique sous Saclay et Fontenay-aux-Roses est drainée par deux rivières (au Nord par la Bièvre, et au Sud par l'Yvette). De même, les eaux polluées en tritium issues des étangs de Saclay sont recueillies par les eaux de la Bièvre. (90) Quant à la nappe phréatique de Bruyères-le-Châtel, elle est drainée par la Rémarde. Ce ruisseau de la Rémarde constitue le milieu récepteur des rejets liquides industriels en tritium du CEA de Bruyères-le-Châtel ainsi que de ses eaux pluviales qui ont par le passé éte fortement contaminées en tritium. (93) D'une façon générale, les cours d'eau Bièvre, Yvette et Rémarde (via l'Orge pour ces deux affluents) confluent vers la Seine en amont de Paris. L'apport de leur débit à celui de la Seine est de 81 m3/seconde, de la Rémarde 0,25m3/s, et moins pour la Bièvre. (57). L'Orge se jette dans la Seine en deux bras: l’un à Viry-Châtillon, l’autre à Athis-Mons. (58) C'est important car ces deux embouchures sont en amont de plusieurs usines productrices d'eau potable d'Ile de France et de Paris. Exactement à l'embouchure de l'Orge et de la Seine, il y a l'usine de production d'eau potable de Viry-Châtillon. Cette usine nommée Eau du Sud Parisien (ESP) est, en effet, située 26 rue de Ris à Viry-Châtillon. (59) En assurant le captage d'eau en Seine, cette usine peut, en principe, capter de l'eau contaminée en tritium venant de l'Orge. (60) ESP fournit entre autre Viry-Chatillon mais aussi Saclay. (61) (60) Peu après Viry-Châtillon, le long de la Seine, il y a une autre usine de production d'eau à Vigneux sur Seine. (62) En continuant à suivre le cours de la Seine, on trouve l'usine d’eau potable de Choisy-le-Roi qui alimente environ 1,9 millions d'habitants au Sud et à l'Ouest de Paris avec une eau potable atteignant une ''moyenne'' de 10 Bq/l. (84) (108) Sur ce chemin, pour finir, il y a l'Usine d'Orly qui produit principalement l'eau du robinet utilisée pour l’alimentation de Paris. (61) Cette eau est ensuite stockée dans le réservoir de Hay les Roses, (63) avant de desservir l'UDI Sud-Ouest de Paris et une partie de l'Ile de France comme certaines zones au Sud de Paris. (64)

Conclusion: L'ARS et la DRIEE ne disent pas s'il y a des captages d'eau potable dans les nappes phréatiques situées sous les CEA de Saclay, Fontenay-aux-Roses et Bruyères-le-Châtel. Néanmoins, en se basant sur un document de la DRIEE, la logique est de conclure que les nappes phréatiques sous les CEA sont exploitées pour l'alimentation en eau potable. La pollution en tritium des nappes phréatiques sous ces CEA chemine ensuite dans des cours d’eau puis la Seine. Sachant que sur ce chemin l’eau de la Seine est aussi utilisée pour l’eau du robinet, alors indirectement le tritium produit par ces CEA peut se retrouver dans l’eau du robinet.
Pourquoi lorsque j'ai demandé à l'ASN, les CEA, l'ARS d'où vient le tritium dans l'eau du robinet des franciliens, ils ne m'ont pas expliqué clairement les sérieuses et fort probables hypothèses ainsi que certains faits relatifs à la pollution en tritium par les CEA (surtout Bruyères-le-Châtel) entourant Paris? Ignorent-ils ces excellentes hypothèses et ces faits relatifs aux expériences de dispersion du tritium? C'est difficile à croire. Surtout pour l'ASN, et les CEA qui connaissent parfaitement les mesures des rejets en tritium des CEA dans notre environnement. N'ont-ils pas le droit de parler de ces hypothèses? Ceci irait à l'encontre de la mission d'information au public de l'ASN. Voilà qui affecte la confiance que l'on peut avoir, en premier lieu, dans cette institution censée nous protéger des risques du nucléaire. C'est inquiétant car les risques nucléaires sont nombreux et pèsent tels une épée de Damoclès sur nos têtes. Pourquoi Eau de Paris ignore ces hypothèses? En effet, Eau de Paris écrit ne pas disposer d’éléments ''autres que ceux publiés dans la presse sur l’origine possible de la contamination'' (69).

Dans la troisième partie de cette article, nous nous demanderons : Est-ce que les autorités compétentes de la gestion de l’eau font la transparence sur le tritium dans l’eau du robinet des franciliens? Quelles sont les données accessibles sur les mesures du tritium dans l'eau du robinet de Paris et d'Ile de France? Est-ce que les autorités compétentes sur les mesures de la radioactivité dans les nappes phréatiques et l’air donnent les informations nécessaires à cette enquête?

Liste des abréviations
ACRO = Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest
ARS = Agence régionale de Santé
ASN = Autorité de Sûreté Nucléaire
BRGM = Bureau de Recherches Géologiques et Minières
CEA = Commissariat à l'Énergie Atomique
CRIIRAD = Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
DRIEE = Direction régionale et interdépartementale de l'Environnement et de l'Énergie
IRSN = Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

Notes
52-mail BRGM 1/10/19, exemple de Bruyères-le-Châtel http://sigessn.brgm.fr/?page=ficheMaCommune&codeCommune=91115

53-téléphone R. Povert de l'ARS Ile de France 2/10/19

54-mail E. Puech 30/09/19 ''Enfin, pour répondre à votre interrogation sur les nappes phréatiques, l’eau potable distribuée à Paris capte de l’eau souterraine dans les régions autour de Fontainebleau et Provins, de Sens, de Verneuil-sur-Avre et Dreux.''

55-mail N. Le Pen 27/09/19 ''En réponse à votre question, je vous confirme (après croisement des informations ARS sur les captages et des informations DRIEE sur les nappes) qu’il n’existe pas de captages d’Alimentation en Eau Potable sur ces communes.'' N. Le Pen parlait ici de ''communes'' sans précisez lesquelles. Je lui ai demandé de préciser de quelles communes il parlait mais il ne l'a pas fait.

56-mail BRGM 2/10/19

57- mail P. Verjus 25/09/19, 26/09/19

58- https://www.geocaching.com/geocache/GC1MGKQ_au-fil-de-lorge-lembouchure?guid=6997f8a1-0655-41f0-821c-12e1feac6ef4

59-https://www.societe.com/etablissement/eau-du-sud-parisien-41012302000100.html

60-mail Laurent SAUERBACH Président du Conseil d'administration Régie publique Eau des Lacs de l'Essonne 7/10/19

61-mail Jean-Luc CURAT Adjoint au Maire de Saclay 30/09/19

62-http://www.eaudeslacsdelessonne.fr/images/pdf/robinet.pdf

63-https://fr.wikipedia.org/wiki/Réservoir_de_l%27Haÿ-les-Roses

64-p.78 https://www.orge-yvette.fr/images/sage/PAGD.pdf ''75% de la population est située dans la zone Nord interconnectée, alimentée en eau potable par les usines de la Seine''
69-mail Eau de Paris 27/08/19 et 2/9/19 à M. Xiberras et au service presse d'Eau de Paris
84-http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/ile-de-france-d-ou-vient-le-tritium-qui-pollue-l-eau-du-robinet-18-07-2019-8119734.php
85-L. Tellechea Adjoint à la cheffe de service régional Eau et milieux aquatiques de la DRIEE et P. VERJUS Mission Gestion Quantitative des Ressources en Eau de la DRIEE
90-mail service presse IRSN 23/10/19
93-p.224 https://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/environnement/IRSN-ENV_Bilan-Radiologique-France-2015-2017.pdf ''Les effluents industriels traités et les eaux pluviales se retrouvent dans le ru du Grand Rué puis dans le ruisseau de la Rémarde qui constituent le milieu récepteur des rejets liquides de l’INBS.''
108-https://www.acro.eu.org/tritiumeaupotable/
109-mail N. Le Pen de l'ARS Ile de France du 3/10/19 avec en Cc L. Tellechea et P. Verjus de la DRIEE

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