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Billet de blog 4 févr. 2012

VALLINI à OUTREAU : « Faites ce que je dis, dites pas ce que je fais ! »

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J'ai appris récemment qu'André Vallini était pré-senti pour devenir notre prochain ministre de la justice si Hollande devenait le Président de notre République.

J'ai poussé un cri d'effroi en entendant cette nouvelle. Je me suis auto-excusée : il y a des réflexes que l'effet de surprise n'aide pas à contrôler.

Vallini ministre de la justice ? Bigre!

Le programme sur lequel il a planché (aucune allusion aux travaux maçonniques - quoi que) est des plus intéressants : Monsieur le Sénateur de l'Isère voudrait qu'il y ait une véritable séparation entre le pouvoir et la justice : la politique serait selon ce qu'il semble proposer, virée de la planète justice.

Plus d'influence, plus de protection, plus de complaisance, plus de corruption ou autres arrangements entre le pouvoir gouvernemental et le pouvoir judiciaire. Ça fait rêver !

Mais j'ai en travers de la gorge une boulette monumentale que Vallini a faite , complètement à l'opposé des proposition actuelles !

André Vallini avait été désigné Président de la Commission d’enquête de l'Affaire d'Outreau.

Il avait insisté pour que les acquittés et leurs avocats participent à cette commission, mais n'ont pas été invitées les seules personnes vraiment capables du contradictoire : les victimes de cette affaire !  La justice en avait pourtant reconnues 12 officiellement ! 12 enfants violés, prostitués et torturés ! 

Pour se faire bien voir par des médias en quête d'un bouc émissaire dans l'affaire d'Outreau, Vallini n'avait pas hésité à montrer du doigt le Juge Burgaud, sans avoir sondé ou ouvert sérieusement le dossier.  

Cette commission dépeinte par bon nombre de magistrats comme un tribunal révolutionnaire avait reçu la désapprobation de l'ensemble de la corporation.

Il est heureux pour le juge Burgaud que la guillotine n'était plus en vigueur sur la place publique, car il est évident que sa tête aurait roulé sur le billot après avoir été livré au peuple assoiffé de sang par des médias mal informés (ou complètement déformés) par les avocats de la défense, encouragé par un Vallini ambitieux d'originalité pour sa carrière politique, au son de la Marseillaise entonnée par les acquittés en manque d'argument.

Les années ont passé, et Vallini n'a pas d'avantage scruté cette affaire. Lors de la sortie de la première du film de Marécaux « Présumé etc » on voit Vallini sur-excité d’enthousiasme pour cet événement. Comment est-il passé à coté de la déclaration de l'huissier, son protégé : « JE SUIS COUPABLE mais à cette époque je ne savais plus où j'en étais » ? http://www.lasemainedansleboulonnais.fr/mediastore/NordLittoral/A2009/M01/Jean-Claude_Monier.pdf

Sa position en faveur des acquittés a aujourd'hui les répercussions dramatiques que l'on connait :

Il avait soutenu les LAVIER peu après leur acquittement dans l'affaire d'Outreau pour qu'ils récupèrent leurs enfants et avait fait pression sur la Juge des enfants contre son avis...

Pourtant Aurore et Amanda avaient été reconnues officiellement victimes par la justice, à ce jour, Amanda refuse toujours de retourner chez sa mère et un rapport accablant de l'IGAS vient encore confirmer l'ambiance familiale chez ces acquittés. http://www.lepoint.fr/archives/article.php/179461

De toute évidence, Vallini avait cherché à récupérer l'affaire d'Outreau pour des fins carriéristes politiques, au détriment des enfants victimes et à l'indifférence de leur calvaire sans avoir pris connaissance de la teneur de l'ensemble de toutes les pièces.

Sans remettre en question le verdict et après la lecture du contradictoire, on peut comprendre que les mots « acquitté » et « innocent » ne signifient pas la même chose.

Par son intervention, Vallini a contribué à la mise en danger de Lu*** et Cass*** qui ont été l'objet de véritables tortures de la part des Lavier.

Des photos insupportables ont été montrées lors du procès des Lavier présumés parents maltraitants ce jeudi 26 janvier au TGI de Boulogne-Sur-Mer, (« Mais non » a déclaré Me Lescène, « pas maltraitant ! Seulement dépassés! ») : le bout des doigts noirs de Cass*** , deux grosses bosses rouges et jaunes suintantes sur chaque genou de Cass*** et Lu**** confirmant les déclarations des enfants, corroborées par des examens médicaux. Les enfants passaient plusieurs heures par jour à genoux sur un manche à balai ou sur une barre de fer, ils recevaient des coups de pieds, des coups de poings, ne pouvaient bénéficier d'un minimum d'hygiène (Cas*** a essayé de se laver les cheveux dans les toilettes de l'école)

Photos de leurs chambres : lit démonté, armoire défoncée, matelas trempé d’urine, aucun jouet, des caméras de surveillance...  

Le procureur de la République, Jean-Philippe Joubert a aussi dénoncé des « violences répétées et cruelles d'ordre physique, mais aussi psychologiques à l'encontre des enfants ».

Selon ses propres paroles : « Les chambres de ces deux enfants qui se sont enfuis étaient vraiment des mouroirs : il n'y avait même pas de lumière, il n'y avait pas de poignée pour sortir, et il y avait des caméras partout pour filmer des enfants qui arrivent presque à l'âge de la puberté. On peut se poser des questions sur des parents qui mettent des caméras partout... »

Si Vallini n'était pas intervenu de cette façon dans l'affaire d'Outreau, sans prendre soin des enfants victimes, j'aurais presque pu croire à ses beaux discours, mais aujourd'hui, son pharisianisme m'interpelle : comment peut-il mettre en place la séparation entre la politique et la justice alors qu'il en a abusé sans motif de conscience ?

On peut donc déjà imaginer l'équité et l'impartialité de la Justice vue par Vallini:  AU SECOURS !

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Petit rappel concernant Lavier dans l'affaire d'Outreau:

Verdict de l'arrêt N° 31/ 2004 de la cour d'assises du Pas-de-Calais, 2 juillet 2004 : à la majorité absolue, l'intéressé est condamné à six ans de prison pour actes de pénétration sexuelle et atteintes sexuelles commis par « violence, contrainte, menace ou surprise » sur mineurs, ainsi que pour corruption de mineurs « en organisant, étant majeur, des réunions comportant des exhibitions ou des relations sexuelles auxquelles les mineurs assistaient ou participaient »

Intéressant de constater que bien qu'il ait été acquitté en appel à Paris, on retrouve Lavier devant le TGI de Boulogne-Sur-Mer pour des faits similaires.

http://blogs.mediapart.fr/blog/caprouille/220112/franck-sandrine-lavier-acquittes-doutreau-pas-assez-dit-ou-trop

Chérif Delay a déclaré : « Je sais qu'il y a des pédophiles qui dorment tranquillement chez eux parce qu'ils n'ont pas été punis » … j'dis ça, j'dis rien...

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