Les mères des migrants tunisiens remuent ciel et terre pour retrouver leurs fils

Les mères tunisiennes attendent toujours des nouvelles de leurs fils disparus au printemps 2011. Lors du printemps arabe, ils sont des milliers de jeunes migrants à avoir tenté leur chance, poussés par le vent de liberté qui soufflait sur leur pays. Embarqués sur des bateaux de pêche, ils ont traversé la Méditerranée, dans l'espoir d'atteindre le rivage italien.

Les mères tunisiennes attendent toujours des nouvelles de leurs fils disparus au printemps 2011. Lors du printemps arabe, ils sont des milliers de jeunes migrants à avoir tenté leur chance, poussés par le vent de liberté qui soufflait sur leur pays. Embarqués sur des bateaux de pêche, ils ont traversé la Méditerranée, dans l'espoir d'atteindre le rivage italien. Lampedusa, par exemple, l'île européenne la plus proche de leurs côtes.

Certains, depuis, n'ont pas donné signe de vie. Leurs mères ont engagé un combat (lire notre article et voir le portfolio de la photographe Sara Prestianni), long et douloureux, pour les retrouver, refusant de croire à leur mort tant qu'elles n'auraient pas toutes les réponses à leurs questions en suspens. Elles ont remué ciel et terre, mais les autorités des pays concernés ont rechigné à les aider à comprendre ce qui a pu se passer.

Voici la lettre-vidéo, que m'a transmise la philosophe Federica Sossi (lire notre entretien avec elle), qu'elles viennent d'adresser à Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa (lire notre reportage de l'été 2012).

Appello delle madri e delle famiglie dei migranti tunisini dispersi a Giusi Nicolini © storie storiemigranti

 

Bonjour,

Nous sommes les mères et les familles des migrants tunisiens disparus.

Ils sont disparus en cherchant à arriver en Italie et en Europe, mais les politiques de l’Union européenne ne permettent pas à nos enfants de voyager librement.

Nous cherchons la vérité depuis longtemps. Certains de nos enfants sont partis en septembre 2010, beaucoup d’autres tout suite après la révolution en 2011, mais parmi nous il y a aussi les parents du naufrage du 6 septembre 2012 et d’autres partis après.

Nous sommes beaucoup, 250, 300, 400 familles.

Madame Giusi Nicolini, vous êtes le maire de l’île de Lampedusa et nous savons que vous vous êtes adressée à l’Union européenne pour demander d’arrêter la tragédie des naufrages, des disparitions et des morts dans la Méditerranée.

Nous avons aussi écrit un appel pour demander une commission d’enquête du Parlement européen sur la sort de nos enfants: il pourrait nous répondre sur plusieurs questions concernant leur voyage, parce qu'on sait que la Méditerranée est une mer très contrôlée.

Est-ce que vous pourriez nous aider et soutenir notre demande auprès des eurodéputés et des députés italiens?

Depuis deux ans, nous demandons que notre douleur soit prise au sérieux, mais ni le gouvernement tunisien, ni le gouvernement italien, ni l’Union européenne ne pensent que la vie de nos enfants et notre douleur sont une chose importante.

Maintenant, nous nous adressons à vous pour nous aider, mais nous en appelons aussi au Parlement européen. Y a-t-il des députés sensibles pour prendre en compte notre demande d’une enquête?

Merci à vous, aidez-nous s'il vous plait.

 

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