La mairie de Paris évacue un bâtiment occupé par des Tunisiens de Lampedusa

Ça n'a pas traîné. Après avoir dénoncé les arrestations massives de ressortissants tunisiens au nom du «devoir d'accueil» de la France, la Ville de Paris a ordonné, mercredi 4 mai, l'évacuation d'un immeuble occupé par ces mêmes personnes arrivées en France récemment via Lampedusa.

Ça n'a pas traîné. Après avoir dénoncé les arrestations massives de ressortissants tunisiens au nom du «devoir d'accueil» de la France, la Ville de Paris a ordonné, mercredi 4 mai, l'évacuation d'un immeuble occupé par ces mêmes personnes arrivées en France récemment via Lampedusa. Environ 200 exilés s'y étaient rassemblés depuis dimanche soir, avec le soutien, entre autres de la Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France.

Le lieu, situé au 51 avenue Simon Bolivar dans le XIXème arrondissement, a été soumis à la pression policière à plusieurs reprises. Selon divers témoignages, les forces de l'ordre ont commencé à quadriller la zone peu avant 14 heures. La porte d'entrée a été forcée, puis les occupants ont été sortis un à un. Des Tunisiens ont été interpellés et emmenés dans des commissariats, des militants les soutenant aussi.

La mairie justifie son initiative en indiquant que le bâtiment, affecté à des services techniques municipaux, «est reconnu comme dangereux et n'est nullement conçu pour servir d'hébergement». Dans un communiqué, elle met également en avant ses propositions: «112 places d'hôtels» mises à disposition par France terre d'asile, «100 places» par une autre association Aurore et enfin «une quarantaine de places supplémentaires» susceptibles d'être ouvertes «ponctuellement».
La mairie n'a pas tardé à désigner un bouc-émissaire aux contours flous: «Les contacts sur place ont été rendus très difficiles par la présence de collectifs anarchistes ou radicaux qui ont préféré dénigrer l'action et l'engagement de la Ville et des associations plutôt que d'accompagner et d'aider réellement les ressortissants tunisiens.» Et va jusqu'à les rendre responsable de la situation: «Ils ont pris une lourde responsabilité en entraînant ces derniers à rester sur place et en les encourageant explicitement à affronter les forces de l'ordre.»

Pourtant, les personnes présentes à l'intérieur du bâtiment avaient commencé à s'auto-organiser. Un Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris avait rédigé, après son arrivée sur place, un texte s'adressant au maire de Paris qui venait d'exprimer publiquement son soutien. «Nous vivons dehors, passons de 24 à 36 heures sans fermer l'œil, nous avons peur, nous avons froid, nous avons faim et manquons de tous les besoins fondamentaux de la vie quotidienne. Malgré ces conditions difficiles nous restons dignes», écrivaient-ils avant de demander «un lieu pour vivre ensemble et nous organiser» et «des papiers pour circuler et vivre librement».

La banderole accrochée sur la façade résume l'état d'esprit: «Ni police ni charité, un lieu pour s'organiser – Les Tunisiens de Lampedusa à Paris».

Condamnée par Sud-PTT et la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), l'expulsion a été approuvée par le conseiller UMP de Paris Jean-François Lamour.

Bardée du soutien de la majorité gouvernementale, la mairie de Paris, qui rappelle que l'État est responsable de l'accueil des réfugiés, préconise aussi le développement de l'aide au retour, jugeant ce dispositif «adapté à ces circonstances exceptionnelles».

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Pour voir des photos de l'évacuation, dont celle présentée plus haut, cliquer ici.

Et le déroulé de l’occupation, sur le site de la CIP, là.

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