Sarkozy «obsédé» par les frontières

Cet homme est «obsédé» par les frontières. Il en veut partout. Il les aime sous toutes leurs formes. Il en voit partout: aux limites du monde, des continents, de l’Europe, des États, des pays, des sociétés, de la démocratie, de la solidarité, des collectivités, des jardins, des individus… et même des enfants.

Cet homme est «obsédé» par les frontières. Il en veut partout. Il les aime sous toutes leurs formes. Il en voit partout: aux limites du monde, des continents, de l’Europe, des États, des pays, des sociétés, de la démocratie, de la solidarité, des collectivités, des jardins, des individus… et même des enfants.

Voilà ce que Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, écrit dans sa Lettre au «peuple français» rendue publique le 5 avril 2012: «Aucun individu, aucune collectivité ne peut vivre sans frontières. Chacun est libre d’ouvrir sa porte aussi souvent qu’il le souhaite, mais personne ne peut vivre dans une maison sans porte ouverte à tous les vents. Les frontières du cadastre sont ce qui permet à deux voisins de respecter le territoire de chacun et de se serrer la main de part et d’autre. Les frontières des États fixent le cadre nécessaire d’exercice de la démocratie et de la solidarité nationale. Un enfant sans frontières est un enfant sans éducation. Une société sans frontières est une société sans respect. Un pays sans frontières est un pays sans identité. Un continent sans frontières est un continent qui finit par élever des murs pour se protéger.»

Mis à part une coquille ou un lapsus: «Personne ne peut vivre dans une maison sans porte ouverte à tous les vents»: soit il dit l’inverse de ce qu’il pense, soit il est lui-même enfermé dans une pensée dont il cherche à se libérer sans que personne ne s’en aperçoive.

Mis de côté le règlement de compte au Réseau éducation sans frontières (RESF), qui œuvre jour après jour pour alerter l’opinion publique et notamment les parents d’élèves sur les effets de la politique du chef de l’État et de ses plus proches «fidèles» sur les familles expulsables et expulsées.

Mis à part cela, et mis de côté ceci, cette lettre ressemble à un panégyrique des barrières et autres clôtures. Si elle n’était signée d’un président de la République, cela pourrait être un prospectus pour une entreprise privée vendant du matériel de sécurité, comme des «barbelés à lame de rasoir» ou des «solutions anti-intrusion», vantés sur tels ou tels sites trouvés au hasard de recherches Internet.

Au-delà du paragraphe cité, le champ lexical du texte entier compose une politique de la séparation et de la fermeture. Quelques exemples aléatoires également: Frontières, 23 fois; Mur, 2 fois; Notre territoire, 6 fois; Protéger/Protection, 39 fois; Menace, 2 fois, etc.

À sa décharge, Nicolas Sarkozy n’est pas le seul homme d’État à être atteint de la maladie du mur (voire notre article).

Cet homme qui circule partout, d’un bout à l’autre du monde, sans entrave, qui déclare même se dire «attaché», le mot est-il anodin?, à la «liberté de circulation», s’adresse dans sa Lettre «aux Français», pas aux autres, pas aux étrangers, pas à ceux qui ne votent pas, même s'ils vivent là et contribuent à la vie collective.

Au final, ce texte ne doit pas être lu entre les lignes. Il est là pour justifier la politique menée depuis cinq ans et même dix, puisqu’avant d’être président, Nicolas Sarkozy a été à deux reprises ministre de l’intérieur, en charge de la protection des frontières.

Une décennie au cours de laquelle il s’est évertué à diviser, séparer les uns des autres, les Français, des Français d’origine susceptibles de tuer des policiers; les «bons» étrangers qui se «conforment», s’«intègrent», s’«assimilent», des mauvais qui profitent des allocations, qui portent trop le voile ou qui mangent trop halal; les Européens, des Roms; les salariés des «assistés», etc.

Mediapart et son «obsession (...) sur ma personne», tente-t-il lors de la conférence de presse le même jour? Ce texte en hommage aux frontières n'est rien d'autre qu'un bilan de sa politique publique. Dans un monde «ouvert à tous les vents», il a tout l'air d'un testament.

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