Immigration: Brunel (UMP), porte-parole de Le Pen (FN)

Une députée UMP, Chantal Brunel, ancienne porte-parole du parti majoritaire, a été prise en flagrant délit de vol à la tire des idées du Front national, mardi 8 mars, quelques heures avant le début de l'examen, en deuxième lecture, du projet de loi sur l'immigration, l'intégration et la nationalité à l'Assemblée nationale.

Une députée UMP, Chantal Brunel, ancienne porte-parole du parti majoritaire, a été prise en flagrant délit de vol à la tire des idées du Front national, mardi 8 mars, quelques heures avant le début de l'examen, en deuxième lecture, du projet de loi sur l'immigration, l'intégration et la nationalité à l'Assemblée nationale.

Interrogée dans les couloirs du palais-Bourbon sur l'ascension de Marine Le Pen dans les sondages, elle a proposé de «remettre dans les bateaux» les exilés «qui viendraient de la Méditerranée». «Il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout, remettons-les dans les bateaux!», a-t-elle déclaré.

C'est sur le terrain des réponses que l'UMP peut se différencier de son modèle idéologique, estime Chantal Brunel: «Le temps n'est plus à la parole mais aux actes et aux décisions (...). Marine Le Pen n'a aucune solution à proposer. Nous, on doit montrer qu'on a des solutions.» «On doit assurer la sécurité en France et rassurer les Français», a-t-elle insisté.

La présidente du FN, elle, avait profité de sa visite au Salon de l'agriculture, le 25 février, pour renouer avec le discours anti-immigrés de son père. Alors que les éditorialistes s'interrogeaient sur son «virage républicain», elle a affirmé, à l'occasion des révoltes dans le monde arabe, que «l'Union européenne est totalement impuissante à nous protéger, il faut passer un accord bilatéral avec l'Espagne et l'Italie pour permettre à nos marines de préserver nos eaux territoriales et repousser dans les eaux internationales les migrants qui voudraient entrer en Europe».

Invitée le 1er mars sur RTL, elle a enfoncé le clou en affirmant qu'«on peut parfaitement repousser des bateaux dans les eaux internationales humainement», ajoutant: «Je crois qu'on va dire que je suis la seule à avoir le courage de prendre les décisions nécessaires pour sauvegarder l'intérêt de la France et des Français. Il n'y a rien de plus facile que de faire du compassionnel mais y a toujours quelqu'un qui paye le prix et ce sont les Français qui le payent.»

Rappelons que les personnes traversant la mer Méditerranée ne peuvent, légalement, pas être considérées comme étant «en situation irrégulière». D'une part, le «droit de quitter son pays» figure parmi les libertés reconnues dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, d'autre part, ces personnes sont susceptibles de demander l'asile une fois arrivées à destination.

Rappelons que la France, à la différence de la Libye, est signataire de la convention de Genève pour les réfugiés de 1951 qui empêche les États d'expulser ou de refouler les réfugiés «de quelque manière que ce soit».

Rappelons que ces personnes risquent leur vie (voir l'application sur les morts aux frontières de l'Europe réalisée par Owni) et qu'il existe des règles codifiées à l'échelon international de sauvetage en mer.

Il n'y a pas que Chantal Brunel pour s'approprier les thèmes du FN, les questions migratoires étant propices au brouillage entre la droite et l'extrême droite. De même que Marine Le Pen vient de traduire les soulèvements populaires sur la rive sud de la Méditerranée en «grand danger (...) d'être confronté demain à une gigantesque vague d'immigration clandestine», Nicolas Sarkozy, le chef de l'État, a mis en garde contre des «flux migratoires» qui pourraient être «incontrôlables». Et a posté Claude Guéant, le nouveau ministre de l'intérieur, à Nice pour surveiller la «vague».

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