Des Roms par eux-mêmes

Ni victime, ni objet. Pour une fois, l’objectif est inversé. Des Roms photographient leur quotidien en France en région parisienne. Ce sont eux qui cadrent, qui posent, qui éclairent, qui décident de sourire ou pas, qui déclenchent.

Ni victime, ni objet. Pour une fois, l’objectif est inversé. Des Roms photographient leur quotidien en France en région parisienne. Ce sont eux qui cadrent, qui posent, qui éclairent, qui décident de sourire ou pas, qui déclenchent.

Dans leurs caravanes ou sur les trottoirs, ils passent trop fréquemment de l’ombre à la lumière, du silence au fracas médiatique, sans pouvoir maîtriser leur image.

Comme souvent les pauvres parmi les pauvres, ils sont généralement filmés dans leur misère, à leur insu, sous toutes les coutures, photos volées, visages floutés, comme d’étranges étrangers.

Cette fois-ci, leurs yeux apparaissent. Bleus, marron, noirs, gris-vert. Et leur regard aussi. Documentaristes et sujets en un seul geste. La place Ris Orangis, proposé par les éditions illimitées, est un livre de photographies rassemblant des portraits en forme d’état des lieux (cliquer sur ce lien pour se le procurer). Les résidents de l’ex-campement de la N7 de Ris-Orangis en Essonne se présentent tel qu’en eux-mêmes. Ou tel qu’ils veulent se donner à voir. Certains prennent les photos, d’autres posent. Et inversement.

Ils nous guident à travers leur terrain, nous invitent à l’intérieur de leurs cabanons. Ils préparent le dîner, montrent leurs peluches et leurs décorations. Les poêles fument, les postes de télévision sont éteints, les piécettes étalées sur une table, des vêtements suspendus. Ils exposent leur environnement, feuillages, bouquets, détritus. Aucun voyeurisme dans ce tour. Personne ne fait irruption chez eux. Ils ne cherchent ni à plaire, ni à déplaire.

Ils nous montrent mais aussi nous regardent, et ce faisant, loin des clichés, interrogent les représentations que nous avons d’eux.

Les appareils photo ne sont pas tombés du ciel. Ils leur ont été prêtés par Le Bal/La Fabrique du Regard dans le cadre d’un atelier qui s'est déroulé du 19 février au 8 mars 2013 à l'initiative de Aude Tincelin et Jean-François Joly et qui s'inscrit dans le projet au long cours baptisé PEROU pour Pôle d’exploration des ressources urbaines.

L’expulsion des habitants et la destruction de leurs maisons a eu lieu le 3 avril 2013. Je leur avais rendu visite en octobre 2012, alors que la mairie et les services de police les harcelaient quotidiennement (notre enquête sur la politique PS de Ris-Orangis, celle sur les agissements des forces de l'ordre et celle sur l'interdiction d'une fête de Noël).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.