Argentine: la ministre veut instaurer les droits humains de la police

La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, marque l’agenda de la campagne électorale par un autre geste de sa politique de soutien sans restriction aux forces de sécurité avec la création de « l'Unité de garantie des droits humains des forces de police et de sécurité ».

Par le biais du ministère de la Sécurité nationale, le gouvernement créera un organisme "chargé de défendre les droits fondamentaux de la police". Il s’agit de l’Unité de garantie des droits de l’homme, qui fonctionnera sous la responsabilité du portefeuille dirigé par Patricia Bullrich.

À cet égard, la présidente des grands-mères de la Plaza de Mayo, Estela de Carlotto, est intervenue en critiquant le gouvernement national: "Ils sont complètement fous, c’est une honte ce qu’ils proposent ; qu’invente t-elle maintenant? Il faut laisser la police créer un syndicat et que le gouvernement nettoie la police de la corruption ; c’est comme cela qu’on défend les droits humains." Dans un dialogue avec l'émission de radio Crónica Anunciada , diffusée par Futurock, Estela Carlotto a affirmé: « Bullrich veut nous tromper: la bonne police sait comment faire son travail et n'a besoin d'aucun bureau des droits humains".

Une telle initiative est la réponse de l’exécutif pour installer la question de l’insécurité au beau milieu d’une campagne électorale alors que la situation économique argentine est catastrophique.

L’annonce du nouvel organisme a été rendue publique par la résolution 234/2019 publiée au Journal officiel, signé par la ministre Bullrich. Celle-ci a déclaré que les droits humains "étaient pour tous les citoyens" et avait averti que "jusqu'à présent, les forces de sécurité étaient exclues". "Ils devraient être les garants de la citoyenneté, mais ils n'ont pas été conçus comme des sujets de ce droit". « Il s’agit d’un concept inclusif, une conception qui intègre à un collectif un droit dont il a été exclu », a déclaré la ministre dans une interview au journal La Nación ."Le harcèlement d'enfants et de membres de la famille des gendarmes impliqués dans l'affaire Maldonado" sont l'une des raisons pour lesquelles le ministère a décidé de créer une unité garantissant "la pleine protection des droits humains des membres de la police fédérale et des forces de sécurité ".

Le gouvernement montre ainsi un autre signal de soutien à la police, après avoir mis en place, entre autres mesures, le protocole permettant de tirer sur des suspects de vol sans sommation et d'acheter des pistolets à décharge électrique Taser. Tout au long de son mandat, Patricia Bullrich a été chargée de défendre activement toutes les actions des forces répressives. Fin 2017, elle a transformé le policier Luis Chocobar en une sorte de "héros". Cet agent avait tué un jeune homme dans le dos qui s'était enfui après un vol. Elle a également plaidé en faveur d'actions illégales menées par des forces fédérales telles que la gendarmerie et la préfecture contre des communautés des peuples autochtones. Deux des événements les plus marquants qui se sont soldés par le meurtre du jeune Rafael Nahuel et par la disparition et la mort de Santiago Maldonado.

Ce n'est pas un hasard que la résolution 234/2019 installe cette nouvelle unité sous l'égide du Secrétariat de la Coopération avec les Pouvoirs Constitutionnels dirigé par Pablo Noceti, ancien avocat de répresseurs de la dictature et dénoncé pour sa participation active auprès de la gendarmerie lors de la disparition et mort de Santiago Maldonado.

Comme chaque année, l’organisme indépendant CORREPI (Coordination contre la Répression Policière et Institutionnelle) a présenté le rapport final sur les cas de gâchettes faciles et de violences institutionnelles enregistrés depuis le retour de la démocratie, soulignant cette fois les morts entre les mains de l’État pendant les trois ans du gouvernement de Mauricio Macri. Le rapport indique que depuis 1983, il y a eu 5462 cas de personnes tuées par les forces de sécurité ou décédées dans des lieux de détention. Sur ce total, 1003 ont eu lieu pendant le gouvernement de Cambiemos, ce qui représente 20% de tous les faits soit un décès toutes les 21 heures..

Triste record pour ce gouvernement auquel s’ajoute le taux d’inflation, de pauvreté, d’endettement, de chômage, de désindustrialisation, de dégradation de la santé et de l’éducation les plus importants des vingt dernières années. Un bilan catastrophique que le macrisme en pleine crise tente d’occulter en arguant « le lourd héritage des Kirchner ».

L'affaire D'Alessio éclaire de manière implacable comment le gouvernement de Macri a réussi à assurer la viabilité de sa gestion : par la menace, l'extorsion et l’espionnage de journalistes, de juges (comme les deux membres de la Cour Suprême), de députés, de syndicalistes, de chefs d’entreprise, et avec la complicité de juges corrompus, parvenant à rassembler un appareil de communication gigantesque en sa faveur.

La défaite des candidats de Macri dans les récentes élections de gouverneurs dans deux provinces argentines constituent une lueur d’espoir pour une population qui n’en peut plus de subir la dégradation de ses conditions de vie. Tout dépendra de l’unité de l’opposition pour contrer le, ou la candidate du parti au pouvoir.

 

 

 

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