Des journalistes argentins dénoncent en Europe la censure de Macri

Alors que 29 eurodéputés préparent des actions en faveur de la liberté d'expression en Argentine, Roberto Navarro, directeur du site d’information « EL Destape » a dénoncé les attaques du gouvernement de Mauricio Macri contre les journalistes et les médias qui s’opposent à sa politique répressive et d’austérité. Il fut reçu à Paris par la direction de Mediapart et a été interviewé par Le Media TV.

Des eurodéputés présenteront ce jeudi 7 juin - fête du journaliste en Argentine* - une déclaration commune à l'ambassade d'Argentine à Bruxelles, demandant au gouvernement de "s'abstenir de persécuter les journalistes de l'opposition".

Un groupe de 29 députés s'est déclaré préoccupé par les atteintes à la liberté d'expression en Argentine dans le cadre du "Forum sur la communication et la culture entre l'Europe et l'Amérique latine" qui s'est tenu en avril au Parlement européen à Bruxelles. Législateurs européens ont élaboré une déclaration commune qui sera présentée à l'ambassade d'Argentine à Bruxelles et qui porte la signature de 29 députés d'Espagne, d'Italie, de Grèce, de France, d'Allemagne, de Finlande et d'Irlande.

Ils expriment leur "préoccupation quant aux attaques menaçant la liberté d'expression en Argentine depuis que le gouvernement de l'Alianza Cambiemos est au pouvoir" et ils demandent au "gouvernement de Mauricio Macri d'inverser cette situation, de renoncer à la persécution des journalistes de l'opposition et garantir la liberté d'expression. "... "Le néolibéralisme vit son moment d'apogée en Amérique latine; il a stimulé de manière exponentielle la concentration des médias dans toute la région, érodant la démocratie. L'Argentine est un triste exemple de cette situation. "

La déclaration insiste: "Depuis 2015, 3000 journalistes ont perdu leur emploi en raison de la fermeture de radios, de journaux, d’agences de presse et de chaînes de télévision. Les médias publics font également partie du plan d'austérité du gouvernement de Mauricio Macri, il y a des licenciements, de la censure et du sous-financement. "... "En Argentine, un secteur de la justice en complicité avec les médias dominants, génère une barrière médiatique et de communication qui rend invisible le démantèlement de l’État providence; la persécution contre les dirigeants politiques, les journalistes, les communicateurs populaires, les décideurs culturels et tous ceux qui font entendre leur voix contre ce modèle d'exclusion ».

La déclaration est signée par: Estefanía Torres Martinez – Podemos / Miguel Urán Crespo – Podemos / Xabien Benito Ziluaga – Podemos / Lola Sánchez Caldentey – Podemos / Tania González Peñas – Podemos / Bárbara Spinelli – Independent Italy / Dimitrios Papadimoulis – Coalition of the Radical / Younous Omarjee – L`union pours les Outremer / Martina Michels – Die Linke / Martina Albiol – Izquierda Unida / Martina Anderson – Sinn Fein / Liadh Riada – Sinn Fein / Lynn Boylan – Sinn Fein / Matt Carthy – Sinn Fein / Javier Couso Permuy – Izquierda Unida / Martin Shcirdewan – Die Linke / Paloma López Bermejo – Izquierda Unida / Patrick Le Hyaric – Front de Gauche / Gabrielle Zimmer – Die Linke / Merja Kyllonen -Vasemmistoliitto. Nikolaos Chountis – Popular Unity / Marie Christine Vergiat – Front de Gauche / Ernes Urtasun – Catalunya en Comú – Greens / Stelios Kouloglou – Coalition of tje Radical Left / Luke Ming Flanagan – Independent Irelan / Eleonora Forenza – Tsipras -L´Altra Europa / Curzio Maltese Lista Tsipras-L´Altra Europa / Ana Miranda – Bloque Nacionalista Galego – Greens / Josep Maria Terricabras -Esquerra Republicana de Cayaluya – Greens.

Selon le site "Orsai", la présence à Bruxelles du journaliste argentin Victor Hugo Morales a été l'un des plus remarquées du Forum itinérant entre l'Europe et l'Amérique latine. "Il y a des prisonniers politiques en Argentine, strictement pour ce qu'ils pensent et non comme conséquence d'un problème juridique (...) et tout ceci est guidé et soutenu par un groupe de presse très puissant : le Groupe Clarín", a déclaré le journaliste. "Ils ont réussi à garder les médias les plus importants depuis la dictature de 1976. Il n'y a pas un seul pays dans lequel deux journaux, tels que Clarín et La Nación, sont aussi les propriétaires de la production de papier avec lequel tous les journaux et les magazines argentins sont imprimés. Cela leur donne un contrôle total sur les autres journaux en les prenant en otage. "

Il ajoute : "Il est bon de savoir que le groupe qui concentre tout le pouvoir médiatique en Argentine possède les transmissions de football du pays. Il possède la communication de 300 chaînes achetées grâce à l'argent frauduleux gagné avec le football. Clarín est associé dans une chaîne câblée avec la société « Torneos y Competencias » que la justice des États-Unis a condamnée pour corruption. Il possède également le câble qui achemine le contenu. Cela signifie qu'il possède la production et la distribution. C’est le seul exemple de concentration dans le monde entier ».

(Victor Hugo Morales était accompagné para la journaliste argentine Cynthia Garcia et la deputée Liliana Mazure, ex presidente de l'INCAA)

A Paris, lors de sa rencontre avec Le Média TV et Mediapart, Roberto Navarro a tenu les mêmes propos que son ami Victor Hugo Morales. Il a été fortement impressionné par le parcours de Mediapart en relevant l’importance que se soient ses propres abonnés qui permettent son indépendance comme celle de son propre média en Argentine, El Destape.

Dimanche 3 mai, lors de son émission de TV sur le web en direct - regardée par 400 000 personnes environ - Navarro a présenté des extraits de ses interviews avec Mediapart et Le Media TV.

 

Vidéo El Destape

Roberto Navarro © Carlos Schmerkin Roberto Navarro © Carlos Schmerkin

https://www.youtube.com/watch?v=h0kCWJj7Wks

 

* La Fête du Journaliste a été créée en 1938 par le Premier Congrès National des Journalistes qui s'est tenu à la ville de Córdoba, en mémoire du premier média independant lors de la rupture avec l'Espagne. Le 7 juin 1810, Mariano Moreno fonde la «Gazeta de Buenos Ayres», premier journal du mouvement indépendantiste argentin. Le nouveau gouvernement de l’époque a annoncé par décret sa fondation "puisqu'il était nécessaire de faire connaitre au public les actes officiels et les informations locales et internationales". Ses premiers éditeurs ont été Mariano Moreno, Manuel Belgrano et Juan José Castelli.

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