Le premier disparu de l’ère Macri

Selon plusieurs témoins, Santiago Maldonado fut arrêté le 1er août par la gendarmerie à Cushamen, province de Chubut, au sud du pays lors d’une manifestation contre la détention illégale du dirigeant Mapuche, Facundo Jones Huala. La répression fut dirigée par Pablo Noceti, chef de cabinet de la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich.

Malgré une importante mobilisation des associations de défense de droits de l’homme, le gouvernement nie les faits. Il a décidé de lancer seulement un avis de recherche « de personne manquante ». Selon le CELS, un des principaux organismes de Défense de Droits de l’Homme argentin, la plupart des témoins qui ont échappé à la persécution des gendarmes en traversant une rivière, soutiennent que Santiago était resté de l’autre côté de la rive. Ils ont pu observer comment plusieurs gendarmes l’ont attrapé, frappé et conduit vers une camionnette.

 

Santiago Maldonado. Santiago Maldonado.
Après cinq jours de silence, la Ministre de Sécurité et le Secrétaire aux Droits de l’Homme ont affirmé qu’une  enquête est en cours. Dans un communiqué, la Cour Fédérale de la ville d'Esquel confirme que Santiago  Maldonado n’est  pas détenu par la Gendarmerie Nationale. Le CELS s’est adressé au Comité de disparitions  forcées de l’ONU pour  qu’il réclame au gouvernement argentin de prendre toutes les mesures nécessaires afin de  retrouver Santiago  Maldonado.

 Dans une lettre très émouvante, le frère de Santiago affirme : « mon frère a été capturé par la Gendarmerie, il a été  frappé et probablement torturé. Il est certain qu’ils attendent la disparition de traces des coups et des blessures  pour le libérer…j’accuse la Gendarmerie de la disparition de mon frère ».

 Pablo Noceti, chef de cabinet de la ministre de Sécurité est un avocat, ex défenseur des militaires tortionnaires. En  2003 il s’est déclaré contre les procès de génocidaires en disant qu’il s’agit « de la légalisation d’une vengeance  structurée et conçue par le pouvoir politique ».  Néstor Kirchner venait d’être élu président. Noceti s’est prononcé récemment dans une interview sur la nécessité d’anéantir le RAM (Résistance Ancestrale Mapuche), stimulé par les déclarations de sa patronne Bullrich affirmant « qu’elle ne considérait pas les demandes des peuples originaires à propos des terres ancestrales comme un droit garanti par la Constitution mais comme une infraction aux lois fédérales en attribuant au RAM des faits délictueux tels les occupations de terres, incendies, dommages et menaces ».

Depuis vingt mois plusieurs faits répressifs ont démontré l’acharnement du gouvernement Macri pour mater toute manifestation du peuple Mapuche pour ses revendications. La disparition de Santiago Maldonado, s’inscrit dans une politique répressive, de judiciarisation de la protestation sociale comme la détention arbitraire de Milagro Sala qui depuis 569 jours attend d’être libérée. La CIDH (Commission interaméricaine de Droits de l’Homme de l’ONU) a exigé la libération de Milagro Sala avant le 15 août.

Dimanche 13 prochain se tiendront en Argentine les élections primaires (PASO : primaires ouvertes, simultanées et obligatoires) en vue des législatives du 22 octobre prochain. Elections à mi-mandat, importantes pour le gouvernement car sa politique sera jugée par les citoyens. Le bilan est plutôt désastreux : Macri a désorganisé la vie des Argentins. Les plus touchés sont précisément les personnes les plus vulnérables : les enfants, les retraités, les handicapés, les travailleurs informels, les chômeurs. Les classes moyennes accusent une perte de revenu importante et ont du mal à faire face à l’inflation qui frappe crûment la nourriture, la médecine, l'eau, l'électricité, le gaz, les services de santé. Le chômage, la pauvreté, le travail informel, la dette extérieure et intérieure ne cessent d’augmenter. L'incapacité des dirigeants à gérer la chose publique est directement proportionnelle à la défense de la rentabilité des sociétés dont ils sont issus. 

Aujourd’hui même, le jour de Saint Cayetano, patron des travailleurs, de centaines de milliers de personnes se sont mobilisées à l’appel des organisations sociales et coopératives sous le mot d’ordre : « paix, pain, de la terre et du travail ». Le traditionnel pèlerinage s’est transformé en fronde contre le gouvernement. 

L’apparition en vie de Santiago Maldonado et la libération immédiate de Milagro Sala sont des exigences auxquelles Macri doit répondre sans délai.  

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