Chau Macri !

Le départ du président Mauricio Macri ce mardi 10 décembre, marque la fin du pire gouvernement démocratique de l'histoire moderne de l’Argentine. Il laisse un pays exsangue et endetté. Une nouvelle étape s’ouvre aujourd’hui, qui sera fêté par des millions d’argentins.

Les grilles de la Place de Mai installés par Macri viennent d’être enlevés à la demande du nouveau président Alberto Fernández. Un premier geste plus que symbolique : « je ne veux plus d’une séparation entre le peuple et la Casa Rosada » (palais présidentiel). L’effervescence règne dans la plupart des quartiers, villes et provinces de l’Argentine. L’espoir d’améliorer leurs conditions de vie, de pouvoir manger a leur faim pour des millions de pauvres et de retrouver leur dignité, marque cette journée de liesse historique.

Place de Mai Place de Mai

Mauricio Macri part défait non seulement en tant que président mais aussi en perdant les élections dans son bastion original : la conduction du club de football Boca Juniors où il avait régné depuis 24 ans et qui lui avait permis de gagner d’abord la mairie de la ville de Buenos Aires puis la présidence de la Nation.

Mauricio Macri Mauricio Macri
Lors de son discours d’adieu, incapable de présenter un bilan positif sur la situation économique, Macri a présenté son soit disant principal héritage: avoir amélioré la « qualité institutionnelle » du pays. Avec l'aide précieuse des médias concentrés et des juges complices, il a installé dans un secteur de la société le fait que son gouvernement était "plus républicain" et "moins corrompu" que les précédents. Le rapport lapidaire des Nations Unies sur le manque d'indépendance judiciaire suffit à briser toute prétention d'institutionnalité exemplaire. Entre autres choses, le rapport demande des explications sur l’harcèlement de l'ancienne procureure Alejandra Gils Carbó, sur des nominations arbitraires, sur la manipulation du Conseil de la magistrature et le déplacement des procureurs dans les affaires sensibles au gouvernement. L' abus des prisons préventives comme outil de coercition des "repentis" et pour emprisonner les chefs de l'opposition est sans précédent dans l'histoire de la démocratie récente dans le pays.

Il n'y a pas eu non plus de liberté d'expression . Au contraire, au cours des quatre dernières années, quatre mille cinq cents emplois ont été perdus dans l'industrie journalistique. Ils représentent 30 % des postes de travailleurs selon un rapport Sipreba (Syndicat de la presse de Buenos Aires). Les pressions et les prisons contre les propriétaires de médias critiques cachent des complots d'extorsion qui commencent à peine à voir le jour. Horacio Verbitsky, Roberto Navarro et Víctor Hugo Morales, les voix les plus fortes contre le gouvernement, ont perdu leur emploi. Lors des manifestations sociales, la police s'est concentrée sur les travailleurs de presse: depuis 2016, 28 ont été arrêtés et 55 blessés par des balles en caoutchouc. La persécution ne s'est pas limitée aux journalistes: des citoyens ont été poursuivis pour avoir insulté le président sur les réseaux sociaux et une femme, dont son mari avait perdu son emploi quelques jours auparavant, a été arrêtée pour avoir interpellé le président Macri durant sa campagne électorale. 

Enfin, le gouvernement sortant est impliqué dans une série de dénonciations pour corruption qui atteignent une bonne partie du cabinet macriste, à commencer par le président lui-même. Il y a au moins quatre raisons pour lesquelles les preuves le compliquent: la vente prétendument irrégulière de parcs éoliens, la dette de la Poste Argentine, l'octroi d'avantages indus aux sociétés de péage liées à leur entreprise familiale et la vente de deux centrales électriques. Les autres fonctionnaires qui doivent passer par les tribunaux sont les anciens ministres de l'énergie, Juan José Aranguren et Javier Iguacel ainsi que le ministre de la Défense, Oscar Aguad et le ministre de la Justice Germán Garavano. Si la plainte déposée récemment aboutit - selon laquelle l'accord avec le FMI était illégal -, une bonne partie du cabinet économique devra donner des explications. Cependant, le cas le plus emblématique est celui de la chef du Bureau anti-corruption, Laura Alonso, qui finit par être impliquée dans au moins une demi-douzaine d'enquêtes pour ne pas être intervenu dans les plaintes contre ses collègues du cabinet.

Le 10 décembre est une journée très particulière. C’est le jour anniversaire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l'homme en1948. Le gouvernement qui démarre aujourd’hui en finira avec les politiques répressives de la ex-ministre de Sécurité, Patricia Bullrich (aujourd’hui nommée cheffe du parti macriste) qui ont conduit a la disparition suivi de mort de Santiago Maldonado et à l'assassinat par la gendarmerie du militant d’origine mapuche, Rafael Nahuel. On finira aussi avec des policiers décorés pour avoir tué dans le dos à un supposé voleur…

Le cabinet de Alberto Fernández © Esteban Collazo Le cabinet de Alberto Fernández © Esteban Collazo

Le nouveau président Alberto Fernández a composé son gouvernement avec 21 ministres, 60 % sont diplômés de l’Université de Buenos Aires (UBA), un tiers sont des avocats.Trois jeunes ministres sont fils de disparus de la dictature. Le nouveau Ministère des Femmes, du Genre et de la Diversité sera dirigé par Elisabeth Gómez Alcorta, l'avocate de Milagro Sala, la plus ancienne prisonnière politique du gouvernement macriste. Quel contraste avec le gouvernement des ex - PDG sortant ! Cristina Fernández de Kirchner, élue vice-présidente et harcelée pendant quatre ans par le juge Bonadio, dirigera le Sénat avec une majorité assurée pour le nouveau gouvernement. Sergio Massa sera le président de la Chambre des Députés, très proche d’avoir aussi la majorité (120 sur 129 députes. La nouvelle opposition comporte 116 députés).

Une ère nouvelle démarre aujourd’hui pour le peuple argentin. Si Alberto Fernández tient ses promesses, l'action de ce nouveau gouvernement aura aussi une influence décisive sur le combat des peuples latino-américains contre le néoliberalisme mortifère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.