Mauricio Macri : le président indigne

Dans une récente interview, le président argentin a déclaré « ne pas avoir la moindre idée du nombre des disparus : 9 000 ou 30 000, si ce nombre est celui qui figure sur un mur ou s’ils sont plus nombreux ». Il a parlé de « guerre sale » et non de terrorisme d’état et a tenu des propos injurieux à l’encontre de Hebe de Bonafini, présidente des Mères de la Place de Mai en la traitant de "dérangée"

Le jeudi 4 Août dernier, le juge Marcelo Martinez de Giorgi a ordonné la perquisition du siège de « Mères de la Place de Mai » avec l'intention d'arrêter sa présidente Hebe de Bonafini, sous prétexte de défaut de comparution afin de témoigner dans l'affaire d’irrégularités dans la construction de logements sociaux "Rêves partagés ». A travers un écrit présenté par son avocat ce même jour, Hebe de Bonafini avait donné les raisons pour lesquelles elle ne voulait pas se présenter. Cet acte de défense n’est pas obligatoire surtout pour une personne malade de 87 ans qui n’a jamais refusé de témoigner et a toujours fourni les documents requis par la justice depuis 2011.

Au lieu d’envoyer 4 policières comme l’avait prétendu le juge Giorgi, 20 policiers armés jusqu’aux dents, deux chars anti émeutes avec des canon à eau et plusieurs voitures de la police fédérale ont encerclé les « Mères de la Place de Mai » qui partaient de leur siège pour se diriger à l’habituelle ronde de tous les jeudis sur la place du même nom.

Les Mères avec Hebe et plusieurs membres de l’association ont réussi à contourner le dispositif policier et se sont rendus sur la place. Des centaines, puis des milliers de personnes ont entouré la Place de Mai et ont ainsi empêché que Hebe de Bonafini soit arrêtée. Vu l’énorme soutien, le juge Giorgi décida de transférer la responsabilité de l’arrestation au Ministère de la Sécurité.

Le lendemain le juge décida de lever l’ordre d’arrestation. Il s’est rendu hier au siège des Mères afin d’entendre sur place sa présidente, chose qu’il aurait pu faire depuis le début et éviter ainsi le scandale. Reçu cordialement par les Mères après un entretien de vingt minutes, Hebe de Bonafini lui a réitéré les motifs pour lesquels elle ne voulait pas être entendue.

Encore une fois, après l’injuste incarcération de Milagro Sala, activiste sociale en prison dans la province de Jujuy et de son mari et plusieurs autres militants, ce gouvernement avec la complicité des juges s’attaque à l'un des principaux symboles de la lutte pour la défense des droits de l'homme en Argentine, en utilisant la justice comme un instrument de persécution politique. C’est cette même justice qui décide l'assignation à résidence de plusieurs militaires génocidaires qui purgeaient leurs peines dans des prisons de droit commun.

En ce moment même, une foule énorme scande sur la place de mai « Deux mille fois, Mémoire, Vérité et Justice » car c’est la ronde numéro deux mille de ces femmes octogénaires qui ont bravé la dictature et ne sont pas prêtes à abandonner leur lutte face au harcèlement de ce gouvernement indigne.

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