De l’Etat de Droit à la peur de l’Etat

Une chasse inédite contre l’opposition en Argentine. Mauricio Macri ne fait pas dans la dentelle : répression de toute contestation, régression de salaires et retraites, soutien sans faille aux gendarmes tueurs, déportation de participants à la réunion de l’OMC à Buenos Aires, chasse aux sorcières généralisée d’anciens membres du gouvernement, de journalistes et de juges. Tout un programme.

Quelle est la nature du gouvernement actuel ?  Démocratie précarisée ? Etat de droit dégradé ?

D’après Diego Tatian, doyen de la Faculté de Philosophie de la ville de Córdoba, « ...Nous ne sommes pas devant une dictature. Nous sommes devant quelque chose que nous pourrions énoncer comme une continuité de la dictature par d'autres moyens : c’est un gouvernement de civils de la dernière dictature civique - militaire qui ont accédé au pouvoir par le moyen du vote…Cette continuité se manifeste par l’abandon de la souveraineté en endettant dangereusement le pays, par le pillage des biens publics, la discipline sociale, le mépris des droits de l’homme, la menace renouvelée de détruire les droits civils les plus élémentaires par un retour de la répression : emprisonnement pour des raisons politiques, de listes noires pour intimider les intellectuels, les syndicalistes, les leaders sociaux et les étudiants; extorsion judiciaire, dissimulation - au moins - d'une disparition, acceptation des pulsions fascistes logées dans certaines couches sociales qui n'ont jamais cessé d'être présentes - précédemment inhibées par la politique, maintenant promues à son urgence immédiate. Continuité par la soumission culturelle, financière et politique aux puissants du monde au détriment d'une fraternité continentale ; de l'argent public destiné à l’armement, imposition d'un principe de cruauté qui obtient son efficacité dans un sinistre exercice de violence accompagné d'une rhétorique de joie, d'amour et de bonheur. »

Durant 24 mois, le gouvernement a réussi à installer la peur. Peur de perdre son travail, peur de perdre la liberté et même la vie. Malgré cela les manifestations se succèdent et les balles de caoutchouc continuent de blesser, y compris de députés comme ce fut le cas hier de Leonardo Grosso. Pour sa part la députée de Libres del Sur, Victoria Donda, fut blessée à la jambe et le députée Juan Carlos Huss (FPV) a terminé à l’hôpital suite à ses blessures. Les policiers et les gendarmes se déchainent contre tout manifestant, sous les ordres de la Ministre de Sécurité, Patricia Bullrich.  

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Une vague de manifestations se prépare contre la réforme de retraites que le gouvernement veut faire passer en force : un changement du calcul du montant de l’actualisation semestrielle qui passerait de 12% à 5,7%, ce qui signifierait une perte importante du pouvoir d’achat de 17 millions de personnes. Avec cette réforme, Macri souhaite récupérer l’équivalent de 5,6 milliards de dollars afin de réduire le déficit grandissant de l’Argentine provoqué par sa politique :  en décembre 2015, il a ordonné en quelques jours de payer les fonds vautours, dévaluer la monnaie et supprimer les retenues à la source sur les exportations agricoles et minières, en multipliant le déficit budgétaire, générant un cataclysme inflationniste, et un cycle de double endettement interne (Lebacs) et externe, dont la vitesse est sans précédent dans le monde. 

Au moment d’écrire ces lignes, le Parlement est cerclé par 900 policiers qui empêchent les députés de l’opposition de rentrer. Un rassemblement important se déroule actuellement contre la réforme de retraites et une sauvage répression avec de gazes lacrymogènes et de balles en caoutchouc vient de faire plusieurs blessés.

La CGT a décrété une grève de 24 heures demain vendredi 15 décembre. Les enseignants, très touchés également par de projets régressifs, sont appelés à se mobiliser à l’appel de plusieurs syndicats.

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