La découverte d’une fraude électorale éclabousse la gouverneure de Buenos Aires

Grace à l’enquête de Juan Amorín, journaliste du site web El Destape, des dizaines de membres de Cambiemos (alliance gouvernementale) ont commencé à dénoncer publiquement qu'ils étaient impliqués à leur insu dans la fraude de la campagne financière de Mauricio Macri et María Eugenia Vidal.

Quelques semaines seulement après l'enquête menée par El Destape sur les faux contributeurs à la campagne de Cambiemos au cours de l'année écoulée - dont la grande majorité provient de pauvres de la banlieue de Buenos Aires -, des dizaines de cas apparaissent concernant de membres de l'alliance gouvernementale qui dénoncent figurer sur des listes de contributeurs à leur insu.

En fait, à mesure que les semaines passent, de plus en plus de personnes semblent ne pas avoir mis de l'argent de leur poche mais figuraient sur la liste présentée par le PRO à la Justice électorale. Même des dirigeants syndicaux apparentés au gouvernement, comme Ramón Ayala, chef du Syndicat argentin des travailleurs ruraux et des manutentionnaires (UATRE), il a découvert dans une interview à la radio qu’il figurait également sur la liste des contributeurs.

Selon les dernières données, un millier de personnes sont déjà dans cette situation et la plupart d'entr'elles font partie des programmes de création d'emplois publics à travers des coopératives telles que « Argentina Trabaja » et « Ellas Hacen ». Ceux qui perçoivent ce type d'assistance sont les secteurs les plus vulnérables de la population qui, de plus, apparaissent en tant que membres du PRO (le parti de Mauricio Macri).

Selon un relevé effectué par Diagonales, le portail d'information de la ville de La Plata, des listes complètes de candidats à la mairie, de conseillers municipaux et même de conseillers scolaires de Cambiemos ont été trouvées dans au moins 15 municipalités de la province, pour un total dépassant 8 millions de pesos. Ainsi, le nombre de faux contributeurs à la campagne présidentielle de Mauricio Macri et de María Eugenia Vidal, candidate à gouverneure de la province de Buenos Aires en 2015 s'élève déjà à presque mille cas, tous membres ou ex-membres de l'alliance pro-gouvernementale, qui, selon les estimations, apparaissent apportant entre 13 000 pesos et 50 000 pesos (soit entre 1300 € et 5000 € de l’époque).

Selon l’émission du dimanche 15 juillet de El Destape, le journaliste Roberto Navarro affirme que d’après l’enquête, relayée maintenant par d’autres médias, le montant du détournement d’argent s’élève a 40 millions de pesos (plus de 3,5 millions d’euros selon le taux d’échange de 2015).

Les principaux cas signalés étaient dans des municipalités telles que Tandil, La Plata, Tres Arroyos, Carmen de Patagones, Pehuajó, General Arenales, Las Flores, Carmen d'Areco, General Madariaga, General Villegas, Laprida, General Paz, entre autres. Tel est le cas de Jorge Más, l'ancien candidat à la mairie de Pehuajó pour Cambiemos, qui en dialogue avec El Destape dominical a révélé "qu'il n'avait jamais mis un seul centime pour la campagne présidentielle ou provinciale, étant donné que tout ce qu'il avait ce fut pour sa campagne municipale », ou celle de Hugo Constanzo, ancien candidat à la fonction de conseiller scolaire, qui admettait avoir intégré la liste «sur demande d'un ami» et «n'ayant jamais versé treize mille pesos» au parti gouvernemental.

María Eugenia Vidal et son cercle de confiance sont au centre de la controverse: d'une part, Federico Salvai, chef de cabinet de la gouverneure, et de l'autre, María Fernanda Inza, l'une des responsables de l'ingénierie financière de Cambiemos afin de blanchir de l'argent pendant la campagne. Inza a placé sa tante, de 84 ans, comme "responsable du rapport économique-financier" de l'alliance Cambiemos en 2015, pour éviter d'être le signataire du rapport et ainsi éviter de futurs problèmes juridiques. Dans le cas de la campagne 2017, Inza apparaît comme la trésoriere du PRO, où figurent 99% des faux contributeurs, comme l'a confirmé le procureur Jorge Di Lello. En effet, après la première enquête du journaliste Juan Amorín de El Destape, et l'alluvion de clarifications qui a commencé par les gens qui veulent échapper à tout condamnation, les procureurs Jorge Di Lello et Carlos Stornelli et les juges Sebastián Casanello et Ernesto Kreplak travaillent déjà sur le sujet.

D’après le journal Página 12, la sénatrice María Teresa García, porte-parole de « Unidad Ciudadana » (opposition) a demandé une enquête judiciaire sur les crimes présumés de blanchiment et d'usurpation d'identité, parmi d'autres infractions au Code pénal. La même chose a fait La Alameda, qui dirige Gustavo Vera. Après deux semaines de silence, la gouverneure María Eugenia Vidal a disqualifié le scandale avec deux arguments : un, qu'il s'agit "des dénonciations kirchneristes". Un autre, que la loi sur le financement des partis politiques « a des lacunes »…

Toujours selon Página 12, Osvaldo Marasco, ex dirigeant de Cambiemos, explique comment le système PRO a été mis en place dans la province de Buenos Aires pour mettre des noms à des contributions de campagne sans que ces gens le sachent. " Moi-même je figure avec 50 000 pesos de contribution en 2015 et il n'y a aucun document qui montre la transaction, qui ne fait bien sûr pas partie de ma déclaration sous serment correspondante car je n’ai jamais contribué à la campagne", a déclaré Marasco qui peut devenir un témoin clé dans les affaires en cours, car il était candidat à la mairie d'Ituzaingó, bataille qu'il a perdu avec le peroniste Alberto Descalzo.

Selon l’enquête de Juan Amorín, la ministre du Développement social, Carolina Stanley, qui est aussi l'épouse du chef de cabinet de Vidal, Federico Salvai, est également impliquée. La fonctionnaire devra probablement expliquer à la justice si elle a dévoilée les bases de données du ministère au parti au pouvoir", a déclaré le journaliste, et analysé que "il est très suggestif que près de 850 personnes apparaissent comme bénéficiaires de plans sociaux en apportant de faibles quantités d’argent à la campagne. Il existe une analyse très pointue de revenus de chacun à partir des données seulement détenues par l'Anses et le ministère du Développement social".

Amorín a décrit la situation comme "exaspérante". "Certains journaux lui ont consacré quelques pages. Cependant, il a souligné qu'il y a "des collègues des différents journaux et portails qui ont fait écho de son enquête et l'ont diffusée via les réseaux sociaux", mais ils n'ont pas pu la reproduire dans les entreprises journalistiques où ils travaillent "parce qu'il y a une décision éditoriale de proteger la gouverneure Vidal ".

L’embarras de Mauricio Macri es double car María Eugenia Vidal était jusqu’à maintenant la figure du parti la mieux cotée et sa principale alliée. Elle était aussi pressentie comme la figure de rechange pour se présenter aux élections présidentielles de l’année prochaine dans le cas où Macri ne soit pas en conditions de se représenter suite à la débâcle certaine de son programme économique et social.

 

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