Un ancien prisonnier de la dictature dirigera la formation des militaires argentins

Eduardo Jozami vient d’être nommé par Agustin Rossi, Ministre de la Défense, en tant que directeur national des Droits de l'homme et du Droit international humanitaire.

Depuis le 10 décembre 2019 l’Argentine a changé. La marque de naissance du nouveau gouvernement présidé par Alberto Fernández est sans nul doute le retour des droits humains sur la scène politique. Plusieurs enfants de disparus, qui ont récupéré leur identité grâce aux Grand- Mères de la Place de Mai, intègrent le gouvernement. La création de nouveaux ministères et la revalorisation d’autres, délaissés par le gouvernement de Mauricio Macri, ont marqué le premier mois de sa présidence.

Lors de la nomination de Eduardo Jozami le 17 janvier, le ministre de la Défense, Agustin Rossi à déclaré : "Nous sommes très heureux d'annoncer que le nouveau directeur des Droits de l'homme et du Droit International Humanitaire au ministère de la Défense sera Eduardo Jozami, un militant avec une trajectoire reconnue et un engagement fort qui a généreusement accepté ce défi...La direction des Droits de l'homme et du DIH a été créée sous la direction de l’ancienne ministre Nilda Garré et pour nous, elle est très importante car c'est la politique de mémoire, de vérité et de justice qui traverse la totalité de notre gouvernement ».

Eduardo Jozami avec le ministre Agustin Rossi © Ministerio de Defensa de la Nacion Argentina Eduardo Jozami avec le ministre Agustin Rossi © Ministerio de Defensa de la Nacion Argentina

Pour sa part, Jozami a déclaré: «C'est une nouvelle instance, un défi intéressant. Les principes de la mémoire de la vérité et de la justice doivent être à la base de la formation des forces militaires et doivent être les guides de toute gestion politique inspirée par les intérêts du peuple argentin et l'engagement pour la démocratie »...C'est un domaine de la Défense qui a une tradition intéressante que nous devons continuer. Il a été créé par l’ancienne ministre Nilda Garré (2005-2010) et Agustin Rossi (2013-2015) a continué à le développer, remplit des tâches importantes en termes de formation et de modification des programmes d’études basés sur les valeurs démocratiques et de genre", a expliqué Eduardo Jozami lors d’un interview au journal Pagina 12. "En ce sens, nous serons en phase avec les politiques du Ministère de la femme, du genre et de la diversité dirigé par Elizabeth Gómez Alcorta. Plus que de nouveaux projets ou idées, je promets de reprendre la même orientation que cette direction a prise à l'époque des gouvernements de Néstor Kirchner et Cristina Fernández, et qui a été arrêté pendant les quatre ans du gouvernement de Mautricio Macri »

Eduardo Jozami a déclaré que "nous devons continuer d'avancer pour que plus jamais les forces armées prennent part aux coups d'État et à la répression, car depuis le retour de la démocratie, il y a un consensus général pour que les militaires n'interviennent pas dans des questions de sécurité intérieure ou répression interne, mais uniquement dans la défense nationale."

Eduardo Jozami

Ecrivain, homme politique, universitaire, journaliste, militant du mouvement des Droits de l’Homme, Eduardo Jozami a été détenu en Argentine pendant toute la dictature civile et militaire. Il est professeur d’Histoire à l’Université Tres de Febrero. Il a dirigé pendant huit ans le « Centre Culturel de la Mémoire  Haroldo Conti » situé sur les terrains de l'ancienne ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada), haut-lieu de la répression militaire. Il a été directeur du magazine Crisis  et de diverses publications sur la politique et la culture. Parmi ses nombreuses publications: Ya nada será igual. Argentina después del menemismo (2000), Final sin gloria (2004), Rodolfo Walsh, la palabra y la acción (2006), Dilemas del Peronismo (2009), 2922 días. Memorias de un preso de la dictadura (2014), El futuro del kirchnerismo (2015), El conflicto que perdura (2018). En tant que compilateur : Tradiciones en pugna. 200 años de Historia Argentina (2011) y Walter Benjamin en la ex ESMA (2013).

2922 jours fut traduit et publié en français par Editions du Pont 9 ; j’ai eu le plaisir de le présenter en 2017 à la Maison de l’Amérique Latine . Rappel du texte de l’invitation : 

« 2922 jours…soit plus de huit ans dans les prisons de la dictature argentine. Qu’est-ce qui a pu pousser Eduardo Jozami, trente-cinq ans après, à répéter ce qu’il a souvent dit aux juges, à ajouter son témoignage à ceux de ses camarades ? La fidélité. « Depuis mon premier jour de détention, j’ai su que ce texte serait écrit. Je puis dire, sans exagérer, que je vivais tout ce qui m’arrivait comme un élément d’un futur livre que cependant j’avais, au  début, du mal à imaginer. »  Ce livre était un élément majeur de la stratégie du prisonnier pour survivre à sa  détention. La littérature, parfois seulement, nous sauve, et Eduardo Jozami se devait, par fidélité à cette  promesse de livre qui l’a maintenu en vie pendant 8 ans, de lui donner vie à son tour.

Comme souvent les livres de prisonniers, 2922 jours est un voyage intérieur, une description clinique, d’autant plus efficace qu’elle se fait sans pathos ni complaisance, de ce qui se passe dans la tête de ceux qui, hier comme aujourd’hui, vivent dans la menace quotidienne de l’assassinat, et pire encore, de la disparition. »

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