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Billet de blog 18 mai 2021

Le trilemme d'Israël

"Il n'est pas possible d'être à la fois un État juif, avoir un caractère démocratique et garder le contrôle sur tous les territoires et toutes les populations qu'il domine." Texte de Haizam Amirah Fernández.

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Un trilemme se produit lorsque trois éléments ne peuvent exister en même temps. Israël vit dans l'un de ces trilemmes depuis plus d'un demi-siècle. Malgré l'apparente complexité du conflit entre Israéliens et Palestiniens, la question de fond se résume à une explication simple: Israël ne peut pas à la fois être un État juif, avoir un caractère démocratique et garder le contrôle sur tous les territoires et toutes les populations qu'il domine désormais. Ségrégation ethno-religieuse, flambée de violences récurrentes et détérioration de l'image internationale d'Israël sont les résultats directs de l'irrésolution de ce trilemme.

Des trois éléments que les dirigeants israéliens successifs ont voulu réconcilier, seuls deux peuvent être obtenus en même temps. Si Israël veut être un État juif et démocratique, il devra mettre fin à l'occupation. S’il veut être démocratique et contrôler tous les territoires, il devra passer du statut d'État juif à celui de binational et égalitaire. Au cas où il choisirait de rester juif et dominer les territoires de Cisjordanie et de Gaza, alors ce ne sera sans doute pas un état démocratique. Il ne l'est pas pour tous ses citoyens, juifs et arabes, ni pour les populations palestiniennes occupées, ni pour une part croissante de l'opinion publique internationale.  

Chaque nouvelle flambée de violence à grande échelle, comme celle que nous voyons ces jours-ci à Gaza et en Israël, nous rappelle que le conflit israélo-palestinien est encore loin de disparaître. Le conflit n'a pas disparu par la soumission et la défaite des certains aux mains des autres, ni par leur perte de pertinence dans un agenda du Moyen Orient en proie à des conflits et des guerres, pas même avec des accords de normalisation entre quelques pays arabes du Golfe et d’Afrique avec l’État d’Israël (le soi-disant accord d’Abraham, promu par Donald Trump et son gendre Jared Kushner, sous la formule « sécurité et affaires, mais sans céder les territoires en échange de la paix »). 

Le trilemme d'Israël génère de plus en plus de contradictions, de frustrations et de résistances. Violence extrême (à laquelle l'attention est portée de l'extérieur quand il y a une nouvelle guerre) et la violence quotidienne (qui résulte de l'occupation et de l'existence de lois différentes pour différents groupes humains, mais plus difficile à voir de l'extérieur) sont le produit de ce triangle démentiel qui s'étend sur des décennies. Le même qui nourrit les extrêmes et les marchands de haine dans les deux camps. Ce trilemme qui sert également à des dirigeants égoïstes, poursuivis pour corruption et manquant de vision pour leurs peuples pariant sur le court terme pour prolonger leur mandat.

Repression à Jérusalem-Est © Al-Quds Al-Arabi Newspaper

Les événements de ces derniers jours, avec l'éruption de la violence intercommunautaire dans les villes mixtes en Israël, là où vivent les populations juive et arabe israélienne, devraient alarmer les dirigeants de ce pays. Les lynchages, les incendies de maisons et de lieux de culte et les manifestations de colons juifs et d'extrémistes criant « mort à l'arabe » rappellent la fragilité de la coexistence lorsqu'un groupe soumet un autre. Même si les Arabes israéliens jouissent de droits inexistants dans les autocraties arabes voisines, ils sont toujours des citoyens de seconde zone au sein de l'État d'Israël.

Les violents conflits entre Israël et le mouvement Hamas ne sont que trop connus (ils se sont produits en 2009, 2012, 2014 et 2021) suivent le manuel macabre des attaques, contre-attaques et punitions collectives très inégales contre les populations palestiniennes et israéliennes. Cependant, il est beaucoup moins courant que le conflit se propage en Israël. Ce sont les politiques de Benjamin Netanyahou qui ont intensifié les griefs des citoyens arabes israéliens. Afin de garder son poste de Premier ministre, Netanyahou a soutenu de manière opportuniste les mouvements de colons et d’extrême droite, promettant l'annexion des territoires palestiniens, soutenant l'approbation de la loi « Israël, État nation du peuple Juif » en 2018 et lançant des provocations telles que celles vécues à Jérusalem-Est au cours du dernier mois de Ramadan.

Face à l'impossibilité de plus en plus évidente de parvenir à la paix entre Israéliens et Palestiniens par la voie des deux États, nombreux sont ceux qui plaident pour une approche centrée sur les droits et la sécurité humaine. Il s'agit de se débarrasser du processus de paix moribond et de se concentrer sur la protection des droits et de prendre ses responsabilités quand celles-ci sont violées, comme cela devrait être le cas dans tout État digne d'être qualifié de démocratique. Si Israël continue de choisir le maintien d’une suprématie juive entre la Méditerranée et la Jordanie à travers un régime de ségrégation et d'occupation, cette option elle a un nom et c'est « l'apartheid ».

Haizam Amirah Fernández est chercheur principal de « Monde Méditerranéen et Arabe » à l'Institut royal Elcano et professeur de Relations internationales à l'Université IE. (Espagne)

@HaizamAmirah

Publié par le journal espagnol El Pais, 18/05/2021

https://elpais.com/opinion/2021-05-18/el-trilema-de-israel.html

Traduit de l'espagnol: Annie Escoda et Carlos Schmerkin 

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