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Billet de blog 20 avr. 2021

La «lutte des classes» en Argentine

Face à la recrudescence de la pandémie, le président argentin a décrété le vendredi 16 avril la suspension des classes en présentiel dans la zone métropolitaine de Buenos Aires (AMBA) jusqu’au 30 avril. Le maire de la ville de Buenos Aires, Rodriguez Larreta, (macriste), s’est opposé en appelant à un tribunal municipal qui lui donne raison. En toute illégalité constitutionnelle.

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L’arrivée de l’automne en Argentine avec l’apparition des variantes brésilienne et britannique du Covid-19 et l’absence de mesures restrictives a produit une augmentation exponentielle de personnes contaminées. Entre le 23 mars et le 16 avril le pays est passé de 9000 cas journaliers à 28 000 ! Dans la ville de Buenos Aires les cas se sont multipliés par trois pendant la même période.

L’opposition de droite n’a pas arrêté d’attaquer le gouvernement qui depuis plus d'un an, essaye tant bien que mal, de protéger la population. Grâce au vaccin Spoutnik V, 5,5 millions d’argentins ont eu la première dose (12 % de la population) et 800 000 la deuxième. La droite argentine a été, dès le début contre l’application du vaccin russe, en criant « on veut nous empoisonner ! ». Puis ils ont critiqué la lenteur des arrivées de doses. L’ancien président Macri a osé dire publiquement « qu’ils meurent ceux qui doivent mourir » en s’opposant il y a un an au premier confinement. Et c’est bien sous les ordres de l’ex président que le maire H.R. Larreta s’est adressé à un tribunal municipal pour contrer le décret présidentiel.

Le président Alberto Fernandez © Télam

Le président Fernández a rappelé que ses décisions répondent à ce que disent les scientifiques et que l'AMBA (zone métropolitaine de Buenos Aires) est l'épicentre des contagions de cette deuxième vague. Il a également remarqué que si l'éducation est concernée "il faut s'occuper des éducateurs" en précisant que la Ville "n'a vacciné que 14 pour cent du personnel éducatif", ce qui la place comme l’avant-dernière juridiction dans ce domaine. « Que ceux qui agissent différemment soient accablés dans leur conscience », a déclaré le président, qui ne s'est pas privé d'expliquer scientifiquement et en détail pourquoi il a décidé d'ajouter de nouvelles restrictions : "Nous avons appris que la contagion est liée au nombre de personnes qui circulent", a-t-il déclaré.

Le bilan de la droite macriste portègne, qui veut se positionner comme championne de la défense de l’éducation est plutôt catastrophique : elle a réduit le budget de l'éducation, enfreint la loi de financement et a suspendu le « plan Sarmiento », qui garantissait l'accès aux ordinateurs pour les élèves des écoles publiques.

Le maire de la ville de Buenos Aires dans une école © Tiempo Argentino

Au-delà des millions investis dans le marketing, ils ont d'abord tenté de fermer 221 classes dans les écoles élémentaires et secondaires, puis de fermer les jardins d'enfants, les cours du soir. Le budget de l'éducation a systématiquement diminué d'année en année. En 2020 ils ont adopté le budget éducatif le plus bas de l'histoire de la ville: seulement 17,8% alloué au domaine des dépenses totales. Pire encore, cet ajustement a été compensé, entre autres, par une réduction de plus de 70% des infrastructures scolaires. Pendant ce temps, ils ont continué à changer les carreaux et à acheter des pots de fleurs alors qu'aucun travail d'infrastructure n'était en cours dans les écoles. Pas même des petits travaux pour que les toilettes fonctionnent ou que les salles de classe ne soient pas inondées.

Situation de la pandémie

Au-delà du double standard de l'investissement éducatif, le rejet des nouvelles restrictions de circulation de 15 jours est toujours frappant, si l'on tient compte de la situation épidémiologique de la capitale argentine. Le dernier rapport du 16 avril indique que 3 057 infections et 24 décès ont été enregistrés en 24 heures. La capitale est le district avec le plus de nouveaux cas pour 100 000 habitants au cours des 14 derniers jours. Jusqu'à présent, le système public de santé enregistre une occupation des lits de soins intensifs de 61,1%, avec une augmentation de plus de 10% par rapport à ce qui s'est produit en début de semaine. Le total de morts depuis un an est de 59 400 pour une population de 45 millions.

Il y a un débordement dans les cliniques privées, qui ont un taux d'occupation moyen de 95%. Plusieurs des 66 cliniques ont déjà atteint leur maximum et ne peuvent plus recevoir de patients. La Chambre des prestataires de santé du Conurbano (banlieue de Buenos Aires) a mis en garde contre l'augmentation des transferts de patients de la capitale vers la province, en raison de l'occupation de lits de thérapie intensive dans les cliniques privées de Buenos Aires.

Lundi 19 avril les enseignants de la ville de Buenos Aires se sont mis en grève contre la décision du Maire de maintenir les classes en présentiel. Le bloc des législateurs du Frente de Todos a annoncé qu'il demanderait la mise en accusation des trois juges qui ont permis à Horacio Rodríguez Larreta de contester le décret de nécessité et d’urgence (DNU) du président Alberto Fernández qui a ordonné de donner des cours en mode virtuel pendant deux semaines. Les législateurs ont averti que la décision ordonnant la tenue de cours en présentiel ne passe pas un "test de constitutionnalité » et ils ont exigé que les juges «assument les conséquences que leur décision pourrait provoquer sur la santé des citoyens".

Par ailleurs le maire Horacio Rodríguez Larreta, la conseillère générale de la ville Carolina Stanley et la chef du parti PRO, Patricia Bullrich, ont été dénoncés devant la justice fédérale pour les crimes présumés de sédition et d'atteinte à la santé publique.

La lutte de(s) classes en Argentine exprime la virulence des secteurs réactionnaires qui ont perdu les élections en 2019 mais qui conservent le pouvoir financier, médiatique et judiciaire. Le gouvernement du FdT (Front de tous) doit comprendre l’inutilité de faire des compromissions avec des ennemis implacables, resserrer les rangs et livrer la bataille idéologique que beaucoup de leurs votants réclament à cor et à cri.

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