La défaite morale et politique de Mauricio Macri

La veille du 43ème anniversaire du coup d’état, le président argentin dégringole dans les sondages. Des alliés politiques s’éloignent et beaucoup de ses électeurs regrettent leur choix. Tous les marqueurs économiques sont dans le rouge.

Un dernier sondage donne l’ex-présidente Cristina Kirchner gagnante au premier tour des élections du mois d’octobre prochain avec 43 % des voix contre 26 % pour l’actuel président. Les primaires ouvertes, simultanées et obligatoires (PASO) vont se dérouler au mois d’août et les candidats doivent s’inscrire avant la fin juin. Cristina Kirchner doit certainement annoncer sa candidature dans les semaines qui viennent.

Le scandale révélé récemment par le juge Alejo Ramos Padilla touche au cœur du système macriste : la collusion médiatico-judiciaire n’arrive plus a cacher les agissements maffieux du faux avocat Marcelo D’Alessio, actuellement en prison. Le procureur Carlos Stornelli, qui est impliqué dans un réseau d’espionnage et d’extorsion a refusé par deux fois de se présenter à la convocation du juge Ramos Padilla.

Le complot s'épaissit: après que le juge Alejo Ramos Padilla eut présenté devant le Congrès le 13 mars une partie des éléments de preuve dont il disposait dans le cadre de l'enquête sur un réseau d’espionnage illégal de personnalités judiciaires, politiques et médiatiques de portée internationale, le président Mauricio Macri a décidé de promouvoir sa destitution devant le Conseil de la Magistrature. Les motifs sont tellement faibles qu’il sera très difficile d’obtenir une majorité pour évincer le juge.

Le réseau d'espionnage illégal est d’une énorme ampleur: les perquisitions au domicile du faux avocat et véritable espion Marcelo D'Alessio ne met pas seulement en échec la cause des « photocopies des cahiers » qui ont servi à attaquer l'ancienne présidente Cristina Kirchner ; il peut également éclabousser des  personnalités de la coalition au pouvoir, telles que la députée Elisa Carrió, et des responsables du gouvernement de Cambiemos, tels que la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich. Bien que le processus soit encore à ses débuts, les révélations futures peuvent faire apparaître des nouvelles ramifications, avec des conséquences imprévisibles. L'ordre de Macri d'avancer contre Ramos Padilla, met en évidence tout ce qui est en jeu pour le président dans cette affaire .

Le discours de Macri

Dans sa quatrième année de mandat, l'alliance gouvernementale montre des signes de désorientation face à la perte de crédibilité corroborée par les citoyens. Le discours du gouvernement s'éloigne de plus en plus de ce qu'un habitant moyen vit dans sa vie quotidienne. Lors de son exposé face au Congrès, Macri a montré qu’il habite au pays de la fantaisie lorsqu'il dévoile les acquis supposés pendant son mandat. Des réalisations qui n'existent que dans son imagination et qui contredisent même les statistiques officielles. Toutes les variables de l’économie se sont dégradées -PIB total, PIB par habitant, endettement, emploi, consommation, pouvoir d’achat, salaires, retraites, inflation - d’une manière si remarquable que même le bouclier médiatique ne peut plus l’ignorer. Les secteurs qui ont financé la campagne de Cambiemos, les grandes entreprises et les spéculateurs nationaux et internationaux, s'impatientent. Même le FMI, le plus grand créancier extérieur de l'Argentine explore différentes variantes d'une éventuelle alternance.

Dans une interview télévisée le 18 mars du journaliste Luis Majul et avec un ton exalté, semblable à celui qu'il avait utilisé dans son récent discours devant le Congrès, le président Mauricio Macri s’est efforcé à formuler des promesses, à critiquer le gouvernement précédent et à décrire un pays presque imaginaire. La surprise venait des critiques que le président a lancées contre son père, Franco Macri, décédé il y a deux semaines.  Le président Mauricio Macri a évoqué les supposées relations de son père, Franco Macri, avec le kirchnerisme, et a lancé une lourde accusation contre le défunt: "Ce que mon père a commis est un délit, il faisait partie d’un système très répandu, dans lequel pour travailler il fallait payer », at-il déclaré lors de l’émission La Cornisa. Mauricio Macri, qui occupait des postes de direction et de décision dans les entreprises de sa famille, semble maintenant vouloir charger son père de toutes les responsabilités, qui ne peut plus se défendre ni payer pour ses délits présumés. Au lendemain de ses déclarations, Luis Conde, l’avocat du père du président a déclaré à Eldestape Radio « que tout était géré par Mauricio Macri avec son PDG appelé Roberto Maffioli" et que "toutes les négociations passaient par Mauricio Macri et en arrière plan par Gianfranco (son frère). »

Mobilisation en appui du juge Ramos Padilla devant le Palais de Justice à Buenos Aires © Leandro Teysseire, Pagina 12 Mobilisation en appui du juge Ramos Padilla devant le Palais de Justice à Buenos Aires © Leandro Teysseire, Pagina 12

 

Mémoire, vérité et justice

Ce dimanche 24 mars marque le 43e anniversaire du dernier coup d'État en Argentine, qui a organisé et exécuté le plus sinistre plan de disparitions et assassinats de l’histoire de ce pays et qui a coûté la vie à 30 000 personnes, suspendu la démocratie pendant plus de sept ans et anéanti l'industrie nationale. Alors que les procès contre les génocidaires sont toujours en cours, que 128 petits-enfants sur 500 appropriés ont été retrouvés par les Grands-mères de la Place de Mai et que 559 militaires sont assignés à résidence, des associations de défense de droits humains, syndicats et partis politiques appellent à des manifestations pour dénoncer l'impunité et demander justice et réparation pour les victimes, de la prison efficace pour les meurtriers et les bourreaux et le procès des dirigeants économiques, civils et religieux complices des militaires.

Depuis l’annulation des lois sur l’impunité en 2003 et jusqu’au 10 décembre 2018, l’État argentin a tenu 213 procès oraux et 1 par écrit. Dans ces 214 procès, 1 416 poursuites ont été engagées. En conséquence, 1 233 condamnations ont été prononcées contre 897 répresseurs et 162 acquittements ont été prononcés.

L'état actuel des procès des génocidaires, qui traînent depuis 6 ans en raison du manque de dynamisme et de consolidation, est ralenti par différents axes d'impunité: l'étirement indéfini des procès en faveur de l'impunité biologique des génocidaires, des avantages extraordinaires accordés aux pires assassins de notre histoire, tels queles assignations à résidence, les libérations et la fin des prisons effectives. Mauricio Macri, le meilleur élève de la dictature civico-militaire, enterre la possibilité d’examiner de manière approfondie le passé récent.

Le peuple argentin a démontré tout au long de ces dernières années un esprit de combat inébranlable : nombreuses  grèves et mobilisations contre l’austérité, contre la répression, contre la fermeture d’usines, pour la liberté des prisonniers politiques comme le cas de Milagro Sala ou pour le jugement des responsables des assassinats de Santiago Maldonado et Rafael Nahuel ont marqué l’histoire récente du pays. La place des femmes a été remarquable avec la naissance du mouvement « Ni una menos » contre les féminicides et la discrimination. Des centaines des milliers de femmes ont rempli les rues de l’Argentine pour l’avortement libre, sûr et gratuit obtenant qu’il soit voté par les députés et malheureusement refusé par les sénateurs. La lutte continue avec la certitude que le combat portera ses fruits.

Dans la rue et dans les urnes le peuple argentin saura déjouer les nombreuses pièges que prépare ce gouvernement néoliberal désireux de se perpétuer au pouvoir.


Appel de l’ACAF

A Paris, l’Assemblée de Citoyens Argentins en France organise un rassemblement ce dimanche 24 mars de 11h à 13h devant l’ambassade argentine, angle Kléber et Cimarosa, 75016 Paris.

A 43 ANS DU COUP D’ETAT CIVICO-MILITAIRE EN ARGENTINE

30 000 PORTES DISPARUS PRÉSENTS !

Nous exigeons :

Prison commune et effective pour tous les génocidaires !

Vérité et justice pour Santiago Maldonado et Rafael Nahuel

Liberté à Milagro Sala et à tous les prisonniers politiques !

Extradition vers l’Argentine du génocidaire Mario Sandoval

Non à la persécution idéologique, non à la criminalisation des luttes sociales

Non à la persécution du juge Ramos Padilla  

Restitution des 400 enfants appropriés par le terrorisme d’état

 

 

 

 

 

 

 

 

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