Argentine: porté disparu depuis une semaine, Luis Espinoza a été retrouvé mort

Il était porté disparu depuis le 15 mai après une opération policière. Le corps a été localisé dans un précipice de 150 mètres de profondeur dans la province de Catamarca. Il y a 9 policiers arrêtés.

Le corps sans vie de Luis Eduardo Espinoza a été retrouvé. Il avait disparu après une opération policière qui avait dispersé une course de chevaux déclarée illégale. Dans cette affaire, 9 agents et un civil ont déjà été arrêtés et inculpés. Maintenant, la poursuite judiciaire a été qualifiée d'homicide aggravé.

Le corps de Luis a été retrouvé dans un précipice de 150 mètres de profondeur, enveloppé dans des sacs noirs et blancs, du côté de la province de Catamarca, dans le département d'Andalgalá, à 200 mètres de la frontière avec la province de Tucumán. Cela a été confirmé par la procureure Mónica García de Targa, chef du parquet d'instruction I du Centre judiciaire de Monteros.  Des équipes de son unité de recherche et de l'équipe scientifique pour les enquêtes fiscales (ECIF) ont récupéré le corps sur le territoire de Catamarca. Luis Espinoza, 31 ans, était un travailleur rural et vivait avec sa mère, sa femme et ses quatre enfants dans la ville de Melcho, dans le département de Simoca.

Ravin où le cadavre de Luis Espinoza a été trouvé © Telam Ravin où le cadavre de Luis Espinoza a été trouvé © Telam

Selon le site d’information  El Destape, le récit de deux policiers, en rompant le pacte de silence des premiers jours, a permis de retrouver le corps. Mercredi soir, ils ont déclaré à l'accusation que le corps d'Espinoza avait été transféré au poste de police de Monteagudo, ils l'ont enveloppé et chargé dans un autre véhicule qui est parti sur la route 65 vers la ville d'Alpachiri.

Juan Antonio Espinoza, le frère de Luis, est le témoin clé. Il est le dernier à l'avoir vu vivant car il a réussi à identifier les policiers avant de s'évanouir sous les coups des membres des forces de l'ordre.

Luis Eduardo Espinoza © Tiempo Argentino Luis Eduardo Espinoza © Tiempo Argentino
En effet, vendredi 15, Luis et Juan Espinoza étaient allés récupérer leur salaire et allaient voir un parent lorsqu'ils ont rencontré le groupe de policiers venus réprimer les participants dans une course de chevaux, en violation présumée de la quarantaine. Les policiers, considérant les deux frères comme des participants, ils ont commencé à frapper d’abord Luis. Quand Juan a essayé de les arrêter, il a entendu un coup de feu puis il s'est évanoui suite aux frappes des policiersA son réveille, son frère Luis avait disparu

Le gouvernement de Tucumán, le secrétariat aux droits de l'homme, ainsi que les organisations de défense des droits de l'homme, ont exigé l’apparition en vie d'Espinoza. L'avocate de la famille, Cinthia Campos, a expliqué que les preuves scientifiques pointaient vers les policiers et que « les témoignages étaient cruciaux ».

Vendredi 22 au matin, les enquêteurs ont fait une descente dans le commissariat de police de la ville de Monteagudo à Tucumán à la recherche de preuves. Jusqu'au moment de la découverte, la poursuite criminelle avait été qualifiée de disparition forcée d'une personne. Toutes les hypothèses des enquêteurs conduisaient au personnel de police.

Des perquisitions ont également été effectuées à Simoca, Monteagudo, Atahona et La Trinidad. Certains véhicules privés des policiers ont été saisis, dans lesquels des traces de sang et des échantillons ADN ont été trouvés et testés. Des armes à feu réglementaires, des téléphones portables, des ordinateurs et d'autres appareils ont été également saisis.

Les policiers impliqués ont été suspendus et transférés à la prison de Villa Urquiza. Cela a été rapporté par le secrétaire à la sécurité de Tucumán, Luis Ibáñez. « Après avoir confirmé l'homicide, le crime le plus grave, le protocole administratif a commencé, ce qui se terminera sans aucun doute par l'expulsion de la police de Tucumán des responsables de cet événement très grave », a-t-il déclaré.

Le chef de la police de Tucumán, Manuel Bernachi, a décidé de licencier tous les chefs de l'unité régionale sud. Il a également déplacé le chef du poste de police de Monteagudo et transféré tout le personnel de cette unité.

Le vice-gouverneur de Tucumán, Osvaldo Jaldo, a déclaré à la presse locale, avant la découverte du corps d'Espinoza, que « en temps de démocratie, il est impensable d’avoir un disparu. Je veux dire à la famille Espinoza qu'en tant que vice-gouverneur de la province, en tant que membre du gouvernement de Tucumán, nous sommes solidaires avec eux.» Et il a ajouté: « Nous demandons que cette affaire soit clarifiée le plus rapidement possible. Nous demandons que l’enquête aille jusqu’au bout, caiga quien caiga (peu importe la casse) ». Cette déclaration détonne par rapport au silence du gouverneur Juan Manzur...

Organisations sociales, de défense des Droits humains et des partis de gauche ont dénoncé cet assassinat en déclarant : « Ce sont les mêmes policiers qui ont dissimulé le crime de Paulina Lebbos en février 2006 et qui ont torturé dans les commissariats de police pendant toutes ces années. Ils sont protégés par le pouvoir politique en place parce qu'ils servent à réprimer la protestation sociale. Lorsque les faits sont rendus publics, ils déplacent un policier ou un commissaire mais maintiennent leur structure corrompue ». Au milieu de la quarantaine, sous le feu des recherches de Luis, le cas d'Alan Andrada a été découvert, battu à mort au poste de police de Monteagudo en octobre 2018 et où la responsabilité de deux des policiers qui ont participé à la disparition d'Espinoza a été établie.

Nora Cortiñas, co-fondatrice des Mères de la Place de Mai, Ligne fondatrice, a déclaré :  « Comme pour Santiago Maldonado, il s'agit d'une disparition forcée suivie de mort, même si le gouvernement le nie. Le jeune a disparu et il a été tué. Il ne faut pas lâcher, c'est terrible ».

La volonté politique exprimé par le président Alberto Fernández d'éradiquer la corruption au sein des forces de l’ordre est une condition nécessaire. Sera t’elle suffisante pour terminer également avec les méthodes criminelles héritées du terrorisme d’État ?

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