Acte évident de discrimination raciale en Argentine

L’illustration discriminatoire émane du Ministère de la Production et du Travail incluse dans une présentation officielle qui a suscité le rejet immédiat dans les réseaux sociaux.

Pour expliquer le fait que "aujourd'hui, 20% de contribuables apportent 99,4% des impôts", le ministère a eu la brillante idée de choisir comme modèle l’image de sept personnes blondes, en costume, soutenant beaucoup de gens principalement de peau et de cheveux noirs, qui seraient ceux qui ne paieraient pas d'impôts.

Une plainte pour discrimination a été déposée le 26 février devant l'INADI (Institut national contre la discrimination, la xénophobie et le racisme) . "Le fait que des blancs et des blonds soutiennent les « morochos » en supportant tout l'effort fiscal, constitue un acte évident de discrimination raciale, qui revêt une plus grande importance puisqu'il provient de l'État lui même", indique la plainte déposée par l'ancien ministre du Travail de Buenos Aires, Oscar Cuartango, avec l'avocat du travail Raúl Ferrara. Le ministère ne s’est pas rétracté et a minimisé son importance. Les sources officielles se sont bornées à préciser que le dessin était tiré d’Internet, qu’il s’agissait d’une présentation interne et que l’important était les données qui accompagnaient les propositions du gouvernement.


Illustration du document du Ministère de la Production © Pagina 12 Illustration du document du Ministère de la Production © Pagina 12

Le document interne du Ministère de la Production intitulé "Lois pour une transformation productive", développe les cinq axes jugés nécessaires par le gouvernement pour dynamiser les entreprises argentines, dont la majorité est plongée dans une crise qui se traduit par des heures creuses, des suspensions, des licenciements, des fermetures, des dépôts de bilan et des faillites. Parmi les points saillants du document, il y a la proposition d'un nouveau cadre fiscal pour les PME et des modifications de la législation du travail.

Le document soulève les étapes d'une éventuelle réforme du travail promue par le gouvernement de Cambiemos après l'échec de ce projet au Congrès. Parmi les postulats, le Ministère de la Production propose l'annulation des dettes pour violation des lois du travail, la réduction des indemnités aux travailleurs et l'élimination des amendes sanctionnant le travail au noir, entre autres. Ces mesures feraient partie de ce qu'ils ont appelé la "stratégie de production 2019", avec laquelle il est prévu de réduire "le coût du travail en Argentine" à partir des "réformes structurelles".

Santiago Fraschina, directeur de la chaire d'économie à l'Université d'Avellaneda, a estimé que "au-delà du problème raciste, l'image est fausse car l'Argentine a un système d'imposition basé sur la perception de la TVA, ce qui signifie que l'État est financé davantage par les classes laborieuses ». La TVA n’était pas incluse dans ce tableau, qui est précisément l’impôt le plus étendu et le plus régressif.

Eva Sacco, économiste à la CEPA (Centre d’Économie Politique), a indiqué que "le dessin est également profondément machiste. Sur les 7 "supporters", deux seulement sont des femmes et les "supportés" sont principalement des femmes et des enfants. En effet, les femmes ont un taux d'activité inférieur à celui des hommes car elles travaillent en moyenne 14 heures de moins par semaine que les hommes. Cependant, cette moindre implication sur le marché du travail est plus que compensée par la répartition inégale du travail à la maison. En moyenne, les femmes consacrent 46 heures par semaine et les hommes seulement 17,5 heures aux tâches de garde, travail que les femmes accomplissent sans aucune rémunération. " (Extraits du journal Pagina12 du 23/02/2019)

 

 

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