En octobre: un vent d'espoir se lève en Amérique du Sud

Le Chili, la Bolivie et l’Argentine montrent qu’il est possible de vaincre les forces réactionnaires dans cette partie du continent américain.

Au Chili le peuple a voté ce dimanche pour le rejet de la constitution héritée de la dictature de Augusto Pinochet (1973-1990). Durant un an de mobilisations historiques, la jeunesse chilienne a exprimé son ras le bol face au régime néolibéral de Sebastian Piñera, en manifestant tous les week-end sans faille contre les privatisations, la répression, les inégalités insupportables et contre la persécution du peuple Mapuche. Des dizaines de morts et des milliers de prisonniers sont le lourd tribut payé pour l'avènement d'une vrai démocratie. Le vote pour le rejet de la constitution de Pinochet avec 78% des voix est le scrutin le plus important depuis le referendum de 1988 où 54,7% de votants se sont prononcés contre le retour de Pinochet au pouvoir. Le résultat du referendum du 25 octobre 2020 ouvre la voie à de profondes réformes grâce à la tenue d'une Convention Constituante, composée de 155 personnes - élues par suffrage populaire direct, sans la participation des representants du Congrès actuel -exclusivement pour rediger la nouvelle constitution. Initialement prévu le 26 avril, le référendum a été décalé au 25 octobre, à cause de la pandémie; exactement un an après le rassemblement historique de la Plaza de Italia, re baptisée "Place de la dignité ", en plein centre de Santiago, lorsque plus d'un million de personnes malgré le couvre feu, a exprimé sa colère contre le gouvernement de droite. Une nouvelle ère de souveraineté populaire s'ouvre au Chili.

La victoire écrasante du MAS (Movimiento al Socialismo), le parti de Evo Morales et Alvaro Garcia Linera, ex président et ex vice-président de la Bolivie, évincés du pouvoir par un coup d’état orchestré par les USA et la OEA, montre à quel point le peuple n’est pas dupe. Luis Arce, ancien ministre de l’économie du gouvernement de Evo Morales deviendra le 8 noviembre le nouveau président de la Bolivie, élu avec plus de 55% des voix. Malgré les massacres perpétrés par Jeanine Añez, présidente auto proclamée il y a un an, malgré les persécutions et humiliations subies par le peuple, notamment par les femmes "collas", et par les membres du MAS, celui-ci s’est maintenu uni et a réussi à revenir au pouvoir. Tous les candidats qui on participé ou cautionné le coup d’état ont accepté le verdict du scrutin, mais rien n’indique que les plus récalcitrants comme le candidat d'extrême droite, Luis Fernando Camacho (14% des voix), vont se contenter du résultat. Des manifestations violentes organisées par ses partisans ont éclatés dans trois villes du pays. Les forces obscures sont toujours à l’affût. Rien n’est gagné définitivement, mais la puissance des mouvements sociaux et partis de gauche laisse penser que la droite raciste et réactionnaire en Bolivie est pour l'instant vaincue.

En Argentine, un an après l’élection au premier tour du président péroniste de centre gauche, Alberto Fernández, des centaines de milliers d’argentins ont gagné les rues du pays lors de la commémoration du 75ème anniversaire du 17 octobre 1945*. Des camions, des taxis, des véhicules particuliers ont défilé dans les rues des principales villes du pays en respectant les gestes barrières, démontrant que malgré la pandémie, le peuple est présent, envoyant ainsi un signal fort à la droite. Cette droite qui a laissé le pays exsangue après quatre ans des politiques neoliberales imposées par Mauricio Macri. Elle n'accepte pas d'avoir perdu les élections et elle utilise tous les moyens - financiers, médiatiques et judiciaires - pour entraver le gouvernement et semer le chaos dans certaines provinces. Cette droite nie l'existence du virus, joue avec la mort, défie le confinement et les gestes barrière et manifeste sa haine en brulant des masques sur la voie publique en clamant son droit à "mourir en liberté". Le président Alberto Fernández essaye, tant bien que mal, de redresser le pays, de subvenir aux plus démunis et d'avancer avec des lois progressites telles que la fiscalisation de dix milles personnes les plus fortunées pour une contribution unique, paliant aux effets néfastes de la pandémie. Il est aussi question de présenter finalement en novembre, la loi pour l'avortement légal, sûr et gratuit, refusée par le Sénat argentin l'année dernière.  

Le mois d'octobre 2020 restera un mois emblématique pour des millions de latino-américains qui cherchent à se débarrasser des vestiges coloniaux, des politiques néolibérales empêchant le plus grand nombre d'avoir une vie digne. Un vent d'espoir pour reconstruir l'unité latino américaine, les institutions comme l'UNASUR (que six pays sur douze ont quittée) et bâtir la "Patria Grande" rêvée par les "libertadores" Simon Bolivar, José de San Martin et Bernardo O'Higgins. 

 

*Date historique où les masses laborieuses ont rempli la Place de mai réclamant la libération du colonel Juan Domingo Perón, prisonnier du dictateur Farrell. Perón avait été nommé en 1944 au Secrétariat du travail et de la prévoyance et a pu imposer une série de lois favorables aux droits des travailleurs. Face a cette énorme mobilisation, qui n'avaient rien de spontanée car organisée par plusieurs syndicats, le gouvernement libère le colonel Perón qui gagnera les élections l'année suivante et qui sera évincé en 1955 par un coup d'état. Le 17 octobre, appelée le "Jour de la loyauté" marque la naissance du péronisme.

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