Malgré le confinement, des tortionnaires argentins viennent d'être condamnés.

Pour la première fois et sans la présence de proches, survivants et accusés, le tribunal féderal de Mar del Plata a émis 28 condamnations à perpétuité, sept peines comprises entre 7 et 20 ans et cinq acquittements.

Mar del Plata, la plus grande ville balnéaire de l’Argentine, est située à 400 km de la capitale. Après deux ans d'audiences et plus de 300 témoignages, un procès atypique s’est déroulé pour crimes contre l'humanité commis dans cette ville. La Cour fédérale a lu son verdict devant quelques défenseurs, procureurs et une poignée de plaignants ; la grande majorité des accusés ont pris connaissance de leur peine dans leur domicile.

Le confinement décrété le 20 mars a empêché les survivants, les proches des victimes et les organisations de défense des droits de l'homme célébrer le verdict. Les accolades habituelles et les chants exprimant la joie comme le célèbre "30 mille camarades disparus présents, maintenant et toujours", ou le "il va vous arriver la même chose qu’aux nazis ", furent cette fois-ci, virtuels car d'habitude, les procès sont suivis par des proches et des survivants à l'intérieur du tribunal et les militants à l'extérieur. Cette fois il n’y avait personne dans la rue pour célébrer, dû au stricte confinement.

Le procès concernait 272 cas d'enlèvements et de torture dont 133 personnes sont toujours portées disparues. 28 autres personnes ont été assassinées, le meurtre a été vérifié depuis que leurs dépouilles ont été retrouvées. Seulement 111 personnes ont survécu aux violations des droits humains auxquelles elles ont été soumises. En plus des trois forces armées, étaient impliquées la Préfecture et la police de Buenos Aires. Pour les procès ont été repérés en tant que centres clandestins de tortures et d’assassinats: le quartier général de la Préfecture, l'école des sous-officiers du Corps des marines (ESIM) et le poste de police de Miramar, ville proche, inclus pour la première fois dans un procès.

L'avocate Gloria León fait partie de l'équipe juridique du Secrétariat national aux Droits Humains depuis l’année 2000. Elle se bat pour que justice soit faite pour ses trois camarades disparues depuis plus de 40 ans. Liliana Iorio, Patricia Lazzeri et Liliana Retegui, étaient trois des 272 cas d'enlèvements, de tortures, de disparitions et de meurtres qui ont fait l'objet de ce méga procès qui a culminé le 27 avril, à distance, au milieu d'une pandémie. "Nous vivions avec deux autres survivantes dans un appartement" à Mar del Plata, dit-elle au journal Página 12. « J’ai déménagé un jour avant qu'une bande de paramilitaires ne débarque. Si je suis vivante, c'est parce que mes camarades non pas parlé. J'ai toujours su que c'était mon obligation de témoigner. Je leur dois bien ça».

Tribunal fédéral de Mar del Plata © Marcelo Nuñez/Página 12 Tribunal fédéral de Mar del Plata © Marcelo Nuñez/Página 12

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.