Le FMI rencontre les candidats à la présidence en Argentine

L'envoyé du Fonds, l'argentin Alejandro Werner à rencontré les candidats Alberto Fernández et Roberto Lavagna. Il a déclaré: "A ce stade, nous sommes venus pour comprendre le programme qu'ils prévoient de mettre en pratique"

Alberto Fernandez avec Alejandro Werner (FMI) © Pagina 12 Alberto Fernandez avec Alejandro Werner (FMI) © Pagina 12
Déclaration de Alberto Fernández à propos de sa rencontre avec le FMI

"Aujourd'hui, j'ai eu une réunion dans mes bureaux avec le directeur du Département de l'hémisphère occidental du Fonds Monétaire International, M. Alejandro Werner. Cette réunion avait été demandée par la représentation de ladite organisation en Argentine, dans le but d’échanger des vues sur la situation économique et de connaître mes idées à ce sujet en tant que candidat à la présidence de la Nation. La réunion s'est tenue dans un cadre de respect absolu.

Je voulais donc entendre M. Werner sur les raisons qui ont amené le FMI à approuver les crédits accordés au gouvernement de Mauricio Macri et à souscrire à sa politique monétaire et à sa politique de taux de change. Je lui ai fait savoir qu'au-delà de mon statut de candidat à la présidence du « Frente de Todos » (Front de Tous), je suis un avocat issu d'une famille dont le père était juge de la Nation, qui a enseigné le droit pendant plus de trente ans et qui a fait un culte du respect des normes.

Dans cet ordre d'idées et de compréhension du fait que l'Argentine fait partie du Fonds monétaire international, j'ai exprimé ma profonde préoccupation devant le fait que, s'agissant des crédits octroyés au gouvernement national, cet organisme a agi et continue de le faire en violation flagrante des dispositions de L'article VI de l'Acte constitutif du FMI, dont le premier paragraphe dispose que '"aucun membre ne peut utiliser les ressources générales du Fonds pour faire face à une sortie de capital considérable ou continue". Le prêt consenti par le FMI s’élève à 57 milliards de dollars. Ce montant représente plus de 65% du portefeuille total de prêts, ce qui constitue un fait sans précédent non seulement dans l’histoire du FMI, mais dans le monde entier.

Dans le temps écoulé entre la signature de l'accord initial (Juin 2018) et le 30 mai 2019, l'Argentine a reçu du FMI 39 000 millions de dollars. Pendant ce temps, ils ont quitté le pays 23 160 millions de dollars pour formation d’actifs étrangers librement disponibles et 6 920 millions de dollars sur des investissements spéculatifs étrangers, qui, au total représente une sortie nette de dollars dépassant les 30 000 millions. Une telle réalité de définancement de l’Argentine ouvre la voie à un jeu pervers qui permet d’établir une valeur artificielle du dollar et qui entre clairement en conflit avec les dispositions du règlement mentionné ci-dessus. Cette pratique avec des traits d'illégalité en ce qui concerne les règles établies - et acceptées - du FMI est alarmante surtout si l'on prend en considération le fait que le gouvernement actuel n'a pas encore reçu le solde du prêt - 11 000 millions de dollars – qui pourront avoir le même sort que les montants reçus jusqu'ici.

Parmi mes préoccupations, j’ai également noté que les objectifs qui avaient été fixés au moment de l’octroi du prêt ont été absolument déformés. En réalité, l'accord de confirmation approuvé pour l'Argentine visait à financer un programme macroéconomique afin de réduire la dette publique et l'inflation, à relancer la croissance et à créer des emplois pour lutter contre la pauvreté. Aucun de ces objectifs, qui sont partagés, n'a été atteint. La dette publique a augmenté, de même que l'inflation, le chômage et la pauvreté, tandis que le PIB avait chuté de 5,8% à la fin du premier trimestre de cette année. J'ai transmis à M. Werner notre grande préoccupation devant la situation créée par les politiques et l'inefficacité du gouvernement de Mauricio Macri et lui ai souligné à quel point je suis frappé par la complaisance du FMI face à de tels résultats négatifs.

J'ai également exprimé mon inquiétude face à la détérioration de la qualité des institutions en Argentine. L'absence de participation parlementaire dans la résolution de la prise de dette d'une telle ampleur, ajoutée à l'arbitraire qui a même conduit à mettre à la tête des responsables de la Banque centrale "à commission" sans l'accord du Sénat de la Nation, ils ne sont qu’un test de l’usure institutionnelle qui a également été exprimée ces jours-ci dans le but d’éviter les élections primaires et dans l’achat virtuel d’un parti politique par le parti au pouvoir pour proscrire leurs candidats. Le programme économique actuel n'est pas notre programme. ­Cela engage notre pays bien au-dessus de ses possibilités. L'Argentine vit depuis quelque temps dans un « default » caché qui n'apparaît pas à cause de "l'assistance" du FMI en faveur de la poursuite des politiques très préjudiciables au développement de l'Argentine.

À notre avis, l'endettement et son remboursement doivent toujours conserver une corrélation logique avec la croissance résultant de la production et de l'emploi. C'est sans aucun doute notre objectif principal. Nous cherchons à stabiliser l'économie afin de nous développer comme condition nécessaire pour payer nos dettes. Les conditions auxquelles la politique économique du gouvernement de Mauricio Macri nous a conduits sont graves. Les prochains gouvernements qui succéderont à Macri devront faire face à des échéances de plus de 150 milliards de dollars dans des conditions financières extrêmement fragiles. L'administration qui commencera le 10 décembre 2019 arrivera avec les réserves disponibles dans un état critique, sans accès au marché du crédit international en raison du surendettement contracté par ce gouvernement, avec 95% des prêts du FMI déjà décaissés et avec une dette fiscale (émission de titres LELIQ) de court terme équivalent à plus de 26 000 millions de dollars à l’un des taux d’intérêt les plus élevés au monde.

Enfin, j’ai exprimé à M. Werner notre volonté de continuer à discuter afin de reformuler les accords en vigueur et de mettre fin à la crise économique que nous traversons et de trouver le moyen approprié d’atteindre les objectifs susmentionnés, ce qui nous permettra de surmonter cette réalité sans exiger de nouveaux efforts aux secteurs les plus faibles de notre société."

 27 juin 2019

 Alberto Fernández

(Traduction par mes soins)

Selon le journal Página 12, Fernández et son équipe ont eu l'impression que les techniciens du Fonds ne comprenaient pas la particularité argentine de la fuite des capitaux et la coutume nationale du bimonétarisme, c'est à dire la précaution d'acheter des dollars et de les retirer du système bancaire. "Ils la rapportent davantage aux capitaux-hirondelles, ce qui est un problème mais différent", a expliqué l'un des participants. Pour leur faire comprendre ce problème structurel qui affecte l’économie argentine, ils ont présenté les chiffres avec le détail de la fuite: 100 milliards de dollars au cours des 12 années des Kirchner et 70 milliards supplémentaires en seulement trois ans et demi de macrisme. La fuite actuelle est financée avec les dollars du Fonds.

Le candidat Roberto Lavagna de "Consenso federal" s'est exprimé dans le même sens: "Le FMI sait déjà que l'Argentine n'a pas la capacité de payer et que nous devrons renégocier".

Selon le récent esondage du cabinet de conseil Federico González & Asociados, réalisée entre le 23 et le 25 juin et basée sur la consultation de 1600 personnes vivant dans la capitale, sa périphérie et à l'intérieur du pays, les résultats seraient les suivants:

"Frente de Todos" (Front de tous), Alberto Fernández - Cristina Fernández de Kirchner): 41,6%.

"Juntos por el Cambio (Ensemble pour le changement), Mauricio Macri - Miguel Ángel Pichetto: 33,5%.

"Consenso federal 2030" (Consensus fédéral 2030), Roberto Lavagna - Juan Manuel Urtubey: 8,8%.

Viennent ensuite le candidat ultra libéral José Espert avec 6,5%, puis le Front de gauche dirigé par Nicolás del Caño avec 4,1% et Gómez Centurión avec 2,1%.

Il faut rappeler que pour gagner au premier tour, une formule doit obtenir au moins 45% des suffrages validés ou 40% plus une différence de 10 points par rapport au second.

Si la situation économique et sociale continue à se détériorer il est fort probable que le ticket Fernández-Fernández remporte les elections. Le 11 août se tiendront les Primaires ouvertes, simultanées et obligatoires (PASO). Elles sont devenues le véritable sondage grandeur nature avant le premier tour du 27 octobre 2019.

 

 

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