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Billet de blog 30 nov. 2019

Les nouveaux croisés de la Bolivie

Alors que la plupart des médias nient ou minimisent l’existence d’un coup d’État en Bolivie, le journaliste argentin Nicolás Lantos nous éclaire sur celui qui en a été le principal meneur, Luis Fernando Camacho, ancien dirigeant de "l'Union de la jeunesse de Santa Cruz", une organisation paramilitaire de l'oligarchie bolivienne.

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Paru dans « El cohete a la luna » le 24 novembre 2019. Extrait.

Luis "Macho" Camacho, porte une croix potencée verte dans son tee shirt. C'est le logo de l'Union de la jeunesse de Santa Cruz (UJC), organisation paramilitaire de l'oligarchie bolivienne, raciste, séparatiste et anticommuniste, liée au franquisme et aussi à l’action du bourreau nazi Klaus Barbie, collaborateur de deux dictatures précédentes.

Luis Camacho, principal meneur du coup d'Etat © El cohete a la luna

L'UJC, aujourd’hui proche des groupes néo-nazis qui prolifèrent en Europe de l'Est, a été fondée en 1957 dans le cadre d'une confrontation sanglante entre la ville de Santa Cruz et l'État central pour des redevances provenant de l'exploitation d'hydrocarbures. Ce conflit a traversé son histoire et au XXIe siècle, cette force de choc est devenue le fer de lance des secteurs autonomistes qui ont encouragé et organisé deux coups d'État contre Evo Morales, motorisés, comme alors, par la demande d'une plus grande part dans les bénéfices du pétrole et du gaz.

L'homme à la croix potencée, qui est entré dans le Palais présidentiel avec une Bible à la main, en consommant ainsi le renversement d'Evo Morales, est l'héritier de l'une des familles qui ont tiré profit du commerce du gaz jusqu'à sa nationalisation par Morales lui-même. Au cours des mois qui ont précédé le coup d'État, lors de réunions avec des investisseurs et des diplomates étrangers, M. Camacho a anticipé les priorités du nouveau gouvernement, notamment la ré-privatisation de ces entreprises. Un projet dans ce sens se trouve dans le bureau de la sénatrice Jeanine Áñez. autoproclamée présidente.

L'UJC fut un protagoniste central du soulèvement armé contre Morales. Au moins à compter du mois de mai, Camacho aurait participé à des négociations avec des acteurs politiques locaux et étrangers, des forces de sécurité et des forces armées, en quête de soutien. Dans le même temps, les groupes de l’UJC ont accru la fréquence et l’intensité de leurs attaques contre le MAS local (parti de Evo Morales) et les domiciles des dirigeants et des militants du parti au pouvoir. La machinerie du coup d'État était déjà en marche.

Quelques coïncidences saisissantes rendent compte de la préméditation. Les membres de l’UJC ont ouvert leurs comptes simultanément sur Twitter et Instagram le 17 octobre 2019, trois jours seulement avant les élections qui ont marqué le coup d'envoi du coup d'État. En 2008, à la veille du mouvement séparatiste, les entrées Wikipedia de l'UJC et du Comité Pro Santa Cruz, la branche politique du même mouvement, avaient été créées. Les technologies changent, pas les méthodes.

Dans un documentaire d'un peu plus de vingt minutes présenté dans les réseaux, l'Union est définie comme "l'instrument de la lutte" et le "bras d'acier" du Comité dans sa croisade contre les "forces du mal". Dans les dernières minutes, on peut voir des scènes de la formation paramilitaire de ses membres. Une autre vidéo qu'ils ont téléchargé, montre qu'ils effectuent le salut fasciste avec le bras droit tendu.

© El cohete a la luna

L'histoire de Camacho a quelques points de contact avec celle de Juan Guaidó, le député vénézuélien qui prend la présidence de ce pays. Dans une note du portail Grayzone, les journalistes Max Blumenthal et Ben Norton le soulignent: «Comme Guaidó, plus de 80% des Vénézuéliens ne le connaissaient pas avant d’être montré par le gouvernement américain, comme supposé « président », Camacho était une personnalité inconnue en Bolivie jusqu'au récent coup d'État. »

Le fondateur de l'UJC était Carlos Valverde Barbery, dirigeant du parti Falange Socialista Boliviana (FSB) créé en 1937 à l'image et à la ressemblance des brigades franquistes en Espagne. Déjà au crépuscule de sa vie, Valverde Barbery fut ministre de la Santé du dictateur Hugo Banzer, jusqu'à ce qu'il soit arrêté par Interpol à l'aéroport d'El Alto en possession d'une valise pleine de cocaïne. La branche chilienne de la Falange fut dirigée par le sénateur Jaime Guzmán, qui participa à la rédaction de la Constitution de Pinochet et que le peuple chilien demande aujourd'hui d’abroger.

La Falange bolivienne comptait parmi ses membres célèbres Klaus Barbie, arrivé en Bolivie en 1955 avec une fausse identité et un sauf-conduit de la CIA. L'ancien de la Gestapo resterait à La Paz pendant près de trois décennies et serait le protagoniste du coup d'État de Banzer (en 1971) et de Luis García Meza Tejada (en 1980). De même, avec l'aide du gouvernement des États-Unis, plusieurs membres du groupe oustachi nazi-croate se sont réfugiés dans le pays. Ils ont choisi de s’installer dans la ville de Santa Cruz de la Sierra et se sont vite sentis à l’aise au sein du Comité Pro Santa Cruz.

Branko Marinkovic, un entrepreneur et propriétaire terrien qui a parrainé Camacho* tout au long de sa carrière, est un membre éminent de cette communauté. Leurs trajectoires sont parallèles: Marinkovic a commencé à financer et à s'impliquer dans les groupes séparatistes de Santa Cruz après que Morales eut exproprié une partie de ses terres dans le cadre de la réforme agraire. Par la suite, ses projets visaient à rééditer à Santa Cruz le combat de ses ancêtres croates pour se séparer du reste de la Yougoslavie.

Branko Marinkovic © El cohete a la luna

Lorsque Evo Morales est arrivé à la présidence et a commencé ses plans de nationalisation, en 2006, Marinkovic a pris en charge la résistance. Dans une note aux médias locaux, l'homme d'affaires avait déjà averti que "la réforme agraire peut conduire à la guerre civile". Une fois l'expropriation terminée, il a concrétisé ses prévisions. En 2008, Marinkovic est devenu président du Comité Pro Santa Cruz et a lancé les projets séparatistes. Comme maintenant, le coup d'envoi était une élection. 

Le 10 août 2008, un référendum de révocation du président Morales et des préfets des départements avait été organisé et qui avait mis à rude épreuve les relations avec le gouvernement central en proclamant unilatéralement l'autonomie. Le président Evo Morales et la plupart des gouverneurs ont été ratifiés. Neuf jours plus tard, des manifestations ont éclaté dans la « Demi-Lune d’Orient », les états ou se concentrent les hydrocarbures (Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija). La guerre civile de Marinkovic était en cours.

Pendant un mois, des forces paramilitaires telles que l'UJC ont été à l'avant-garde du coup d'État: elles sont intervenues dans le sabotage de l'oléoduc de Tarija, ont saisi l'usine à gaz de Vuelta Grande, ont occupé des bâtiments gouvernementaux, ont attaqué des dirigeants, ont tendu une embuscade à des rassemblements de soutien du gouvernement et ont organisé de pogroms contre la population autochtone locale. Le nombre exact de décès causés par ces groupes armés est encore inconnu. Des centaines de Boliviennes et de Boliviens sont toujours portés disparus.

Milices de l'UJC © El cohete a la luna

Le coup d'Etat a été étouffé à la mi-septembre 2008. Sept mois plus tard, la police bolivienne a démantelé un plan visant à tuer le président Morales. Les exécuteurs étaient cinq mercenaires européens liés à des groupes néo-nazis: le chef du groupe était un ancien journaliste de gauche hongrois-bolivien, Eduardo Rosza-Flores, qui a fini dans les rangs de l'Opus Dei et qui a obtenu la nationalité croate, en reconnaissance des services rendus dans la guerre des Balkans. Son nom de code lors de l'opération était "Franco".

L'enquête qui a suivi a permis de déterminer que le attentat frustré avait deux sources. A l'étranger, le contact de Rosza-Flores était Itsvan Belovai, "un ancien officier du renseignement de l'armée hongroise agissant en tant qu'agent double de la CIA", selon Blumenthal et Norton. En Bolivie, comme l'a déterminé la justice, les responsables du financement de l'attaque étaient le gouverneur de Santa Cruz, Rubén Costas, et son ami et partenaire dans le secteur de l'agriculture, ainsi que le président du Comité: rien de moins que Marinkovic lui-même.

Afin de ne pas subir les conséquences de cette enquête judiciaire, Marinkovic a fui la Bolivie vers les États-Unis, plus précisément dans l'État du Texas, où il avait passé sa jeunesse. Il a obtenu l’asile temporaire jusqu'à ce qu'il décide de rentrer au Brésil, où il noua des liens personnels et politiques avec le député Jair Bolsonaro. En son absence, Luis Camacho était son homme à Santa Cruz, planifiant pendant des années un autre coup d’Etat jusqu'à ce qu'il trouve le bon moment pour exécuter son plan.

L'objectif de Marinkovic était triple: se débarrasser de Morales, récupérer ses terres et retourner dans son pays. L’arrivée au pouvoir de Bolsonaro a ouvert la fenêtre. La nécessité de freiner le « populisme », compte tenu du triomphe du péronisme en Argentine et de la liberté de Lula au Brésil, a conduit à un soutien sans faille du département d'État des USA. La région en flammes offrait un scénario approprié. Comme en 2008, les élections ont de nouveau été retenues comme excuse pour lancer la dernière étape du coup d'État.

Mercredi dernier, Branko Marinkovic a mis fin à son exil et il est retourné à Santa Cruz. Le même jour, le parti démocrate chrétien a annoncé sa candidature au poste de gouverneur. "Ce n'est pas le moment des candidatures, c'est plutôt la fin du sauvetage de la démocratie, qui est toujours menacée par la violence incitée par le leader du narco-cocalero, Evo Morales", a-t-il déclaré. Son ami Camacho, l'homme de la croix potencée, prépare son investiture présidentielle pour les prochaines élections.


*La mère de Marinkovich et le père de Camacho sont associés dans une étude offshore enregistrée au Panama par l'étude Mosack Fonseca.

https://www.elcohetealaluna.com/los-nuevos-cruzados-de-bolivia/

En soutien aux mobilisations populaires et sociales en Amérique Latine

Dimanche 1er décembre à Trocadero 

Des citoyen.ne.s, collectifs et artistes de l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Équateur, le Mexique, le Pérou, nous unissons pour ce cri-cacerolazo pour l'Amérique Latine.

Face au coup d'Etat en Bolivie et à la violence sauvage déclenchée au Chili, en Colombie et en Equateur, l'Assemblée de citoyens argentins en France appelle la communauté internationale à donner une réponse d'unité et de force contre l'autoritarisme.

 NON au coup d'État raciste et xénophobe en Bolivie.

NON à la persécution des dirigeants politiques et des militants.

NON à la répression sauvage au Chili, en Colombie et en Equateur.

 NON à la complicité des médias et des politiciens qui réduit au silence la violence et justifie les gouvernements illégitimes.

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