Premiers de cordée, premiers guillotinés !

Ce n’est ni la première fois ni la dernière que des manifestations sont violentes. L’histoire du mouvement ouvrier, n’en déplaise aux pleureuses complaisantes, a systématiquement été marquée par la violence du patronat et de l’État.

La violence, ce n’est pas uniquement celle que nous voyons derrière le poste de télévision. Et d’ailleurs, que voit-on ? Toujours les mêmes images, en boucle, de manifestants certes habillés en noir derrière des banderoles (tout à fait pertinentes au demeurant), de quelques individus jetant des objets sur des CRS sur-protégés, et des vitrines brisées.

Le saccage d’un Mac Donald, qui lui saccage la santé des millions d’hommes et de femmes à travers la planète – sans parler des conditions de travail dans ses « restaurants » ou des modes de production de la merde infâme livrée dans ses terminaux de consommation – ne provoque en moi aucune indignation. C’est même faire œuvre de salubrité publique que de s’en prendre à ce qui est un symbole du capitalisme débridé.

Quant aux Black Blocs, comprenez les méchants qui viennent perturber la gentille manifestation du premier Mai, on nous prend vraiment pour des cons. Ça n’étonne personne que les éditorialistes du Monde et du Figaro déplorent qu’une manifestation dénonçant la casse gouvernementale ne puisse pas se tenir tranquillement ?

Une série de connards pontifiants nous explique sans rire que les « Blacks Blocs » sont une internationale du crime, des gens bien organisés qui sillonneraient sans arrêt la France entière au départ des ZAD pour aller casser partout où cela est possible, qu’ils n’ont aucune idéologie, et que même on pourrait soupçonner qu’il y ait parmi eux des gens d’extrême droite.

Croyez-vous vraiment que la politique menée par Macron, dans le sillage de Hollande et de Sarkozy, ne génère pas suffisamment de colère pour que celle-ci éclate violemment ? Est-ce que les jeunes qui manifestaient il y a quelques mois suite au viol de Théo à Aulnay-sous-Bois par des policiers zélés appartenaient aux Black Blocs ? Est-ce que les étudiants chassés des universités qu’ils occupaient pour protester contre la sélection à l’université appartiennent aux Black Blocs ? Est-ce que les centaines de milliers de jeunes sans avenir, sauf celui de l’uberisation pour permettre aux amis du président d’augmenter leurs profits, appartiennent aux Black Blocs ?

Ces « déchaînements de violence » – limités à quelques magasins du côté du pont d’Austerlitz – sont la conséquence d’un système qui dévore sa jeunesse, qui ne lui laisse aucune perspective sauf celle d’accepter l’exploitation tout en lui donnant comme seul horizon le modèle consumériste. Un modèle parfaitement rassi, hérité des années 1950, à l’instar du discours du président « moderne » qu’est Macron.

Contrairement à d’autres, je ne condamne pas les Black Blocs. Nous, militants politiques et syndicaux, sommes trop gentils, trop portés à nous laisser marcher sur les pieds et à accepter la défaite. La jeunesse qui arrive, elle, ne le supporte plus. Elle le dit maladroitement peut être, mais elle le dit. Et si il y a un seul message à comprendre, c’est bien celui-là : elle remet en cause l’ordre social, et elle commence par celui véhiculé par nos vieilles organisations qui entérinent défaite sur défaite depuis de décennies.

La Révolution n’est pas un dîner de gala. Il est salutaire que la jeunesse nous le rappelle à l’occasion du Premier mai. Et ce n’est ans doute qu’un début.

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