PCF : un congrès pour quoi faire?

La direction du Pcf est mise en minorité sur le choix de la base commune de discussion au 38e congrès. Mais à quoi ce congrès peut-il bien servir?

Depuis le congrès de Martigues – certains de mes camarades font remonter le lent délitement du Pcf à bien avant, mais c’est une autre histoire – le Pcf s’est enfermé dans une stratégie mortifère qui l’amené à n’être plus qu’un parti croupion, tout juste capable de maintenir un groupe à l’Assemblée nationale et au Sénat, et de conserver quelques villes de plus de 100 000 habitants.

Élue au Conseil nationale en 2005 sur une liste alternative, réélue à chaque congrès depuis, je suis avec une attention toute particulière l’évolution de mon parti. Et cela ne cesse de me catastropher.

Contrairement à d’autres, j’ai la conviction qu’il faut un parti de luttes, un parti de rupture, un parti révolutionnaire pour représenter la masse des exploités, ceux que Macron qualifie tout à tour d’alcooliques, d’illettrés et de Gaulois refusant le changement. Ceux qui ne seront jamais premiers de cordée, qui n’auront jamais de Rolex, qui travaillent toute leur vie pour engraisser la petite élite qui les exploite, les méprise et les écrase.

Le choix des communistes pour une base commune qui ne soit pas celle de la direction sortante constitue un changement avec les habitudes militantes héritées du centralisme démocratique qui veut que les directions, si calamiteuses soient-elles, s’auto-reproduisent de congrès en congrès et d’élections ratées en élections ratées.

Est-ce une chance, est-ce une perspective de changement ? Je n’en sais rien. Cette victoire, dont la direction souligne à l’envie qu’elle est finalement faible (42 % contre 38 % pour le texte du Conseil national sortant), arrive un peu tard. Parce que de l’appareil du parti, il ne reste finalement plus grand-chose : quelques permanents et quelques milliers d’élus, un socle militant qui se réduit et vieillit. Et surtout, plus de dynamique militante et plus de perspectives politiques.

A la suite de ce vote pour le choix de la base commune de discussion au congrès, quelques quadras, estimant que la place de secrétaire national est à prendre, arrivent au secours de la victoire, bien décidés à coiffer au poteau leurs petits camarades. Ce serait risible si la question même de l’existence du Pcf n’était pas posée.

Cela résume bien la situation actuelle : on ne se bat pas pour des idées mais pour des places. Comme si les communistes pouvaient faire l’économie d’une analyse de l’état du Parti, de la situation politique nationale et internationale, des erreurs politiques et stratégiques qui nous ont emmenés dans l’état de déliquescence où nous sommes.

Les dirigeants du Pcf se sont enfermés dans un entre-soi confortable, faisant de la politique en chambre sans se confronter au réel. Ce qui les a poussés à construire un outil politique qui les a rapidement dépassés – le Front de gauche –, à nouer des alliances à géométrie variable pour conserver des postes – ce qui est aussi détestable que stupide, et politiquement illisible –, à tenter de développer des campagnes qui sont en décalage avec les préoccupations de la grande majorité des victimes du capitalisme.

Aujourd’hui, alors que le capitalisme fait chaque jour la démonstration de ses capacités de destruction dans tous les domaines possibles, que le peuple français supporte une offensive sans précédent contre ses acquis sociaux, les communistes ont un boulevard. A condition de se ressaisir.

Plutôt que de perdre notre temps à ergoter sur les virgules d’un texte de congrès qui n’intéresse qu’une poignée d’initiés, de nous battre pour savoir qui sera à la tête d’un appareil en fin de vie, ne serait-il pas temps de sortir de la spirale auti-destructrice dans laquelle nous-sommes et de reconstruire collectivement ce qui devrait être un véritable Parti communiste, c’est à dire un outil au service des exploités contre leurs exploiteurs ?

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