Partir en guerre ou assister les réfugiés ? le dilemme cornélien de M. Hollande

 Partir en guerre ou ne pas partir en guerre en Syrie ? Envoyer des troupes sur le sol, se contenter de tournées aériennes, discuter, quitte à s'en accommoder avec Bachar El Assad ? Quatre ans de guerre civile, six millions de réfugiés (dont la moitié des déplacés internes), Palmyre détruite, des noyés qui échouent sur toutes les rives de la Méditerranée, d'autres asphyxiés, congelés, repoussés par des battes et des barbelés. Pendant toute cette période, en Syrie, en Turquie, en Égypte, dans les Emirats, les dictateurs jubilent, maintenus par l’inertie ou la vente d'armes. Sauf qu'aujourd'hui ces gouvernements qui les ont soutenu pleurent à chaudes larmes devant le spectacle d'un bambin noyé à la peau suffisamment claire que leurs citoyens peuvent s'y identifier. Une remise en question s'imposait, non sans peine, qui ressemble plus à un dilemme cornélien pour le Président Hollande.

Comment simultanément faire montre de la virilité guerrière nationale, préserver la réputation de la France-terre-d'asile-patrie-des-Droits-de l'Homme- sans attirer le courroux du FN, le tout en plein marasme économique. Comme pour le Cid:  Des deux côtés mon mal est infini, et le risque de vivre en infâme bien réel.

La guerre, on le sait, coûte très cher. Pour taire les Cassandre de l'économie, la solution trouvée est simple et tombe du bon sens : la nouvelle politique guerrière de M. Hollande pourra être financée par les marchands de canon. D'autant qu'après la catastrophe libyenne, le Président ne compte nullement aller au-delà de la parade, histoire de n'avoir pas l'air trop médiocre à côté des amis américains, grâce aux ventes de Rafale cette année à l'Inde, l'Égypte et le Qatar.84 appareils vendus 2015 qui, avec le restant des contrats de ventes d'armes à l'étranger rapporteraient quelque 15 milliards d'euros, De quoi se payer quelques petites sorties bien médiatisées avec au final des distributions de Carambars aux gamins syriens  des contrats de reconstruction à la clé et quelques petits suppléments en prime . Question réfugiés, le gouvernement a appliqué les principes d'austérité en vogue: 24 000 réfugiés en deux ans pour la France — pas grand-chose à côté des 800 000 attendus en Allemagne.

Les promesses tonitruantes de M. Hollande se sont limitées à des survols du territoire concerné et, pour la lutte contre le terrorisme dont le programme demeure toujours aussi vague, la présence de quelques malheureux CRS ici et là dont l'inefficacité a été prouvée avec le presque massacre sur le Thalys. Que la même somme pourrait être dépensée pour aider les municipalités à accueillir décemment les réfugiés d'une part et soutenir les Kurdes du Rojava qui, eux, n'hésitent pas à se battre vraiment contre Daech, il n'en est pas question.

 Tout benef pour le Qatar aussi, en particulier Qatar Airways. Parce qu'en échange de 24 avions, ils ont obtenu le droit d'atterrir à Lyon et à Nice. Air France, furieux à juste titre, en sort perdant. Et l'Émirat, avec cette manne supplémentaire ainsi que ses nouveaux avions perfectionnés, que pourra-t-il faire ? Pas le moindre dilemme ici, cornélien ou pas. Accueillir des réfugiés syriens, palestiniens ? Sûrement pas, c'est bon pour l'Europe avec sa mauvaise conscience chronique qui n'aura jamais fini de payer pour le Sykes-Picot, le colonialisme, les croisades etc. Les pays limitrophes de la Syrie sont acculés à recevoir ces réfugiés en particulier le Liban martyrisé, déjà au bord du gouffre. Devoir moral, devoir religieux. Qu'en est-il du troisième piller de l'Islam, le zakat ? Les pays du Golfe doivent s'en sentir exemptés, la proximité de la Mecque leur conférant sans doute un état de grâce particulier. La guerre en Syrie serait-elle uniquement un problème occidental ?  La présence de dictateurs indécrottables au Moyen-Orient, l'échec de ce lamentable "printemps" arabe devenu naufrage des droits humains, en particulier ceux des femmes, n'ont-ils vraiment aucun rapport avec la catastrophe actuelle ?

 Outre ses investissements en France (PSG, l'immobilier de luxe  et de centres islamiques dans l'hexagone), le Qatar pourra continuer à épauler la bête noire de notre président, autrement dit Daech, à qui Doha prêtera un de ces jours quelques Rafale autrement plus efficaces que de la dynamite pour ce qui reste du patrimoine mondial de l'humanité. Et aussi, pour achever le sale boulot d'Erdogan sur les positions kurdes du YPG/YPJ, et qui sait, si l'armement fourni par l'OTAN à l'imposant arsenal turc ne suffisait pas aider la police d'Ankara dans ses actions de répression sanglante contre les Kurdes. Actions qu’aucun gouvernement occidental n'a osé critiquer, se cantonnant dans le plus criminel des silences et de vivre en infâme

Ce qui réunit tous les politiciens dans le monde musulman et occidental, c'est la solidarité des dictateurs et des présidents à travers de juteux contrats d'armes et d'alliances politiques qui les sous-tendent. Carte blanche pour tous les abus imaginables et tant pis pour les victimes, de toute évidence insuffisamment rentables, sauf pour les passeurs. O Dieu! l’étrange peine!

 

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