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Sociologue spécialisée dans la problématique du genre et conflits armés, chercheure associée au LEGS (Paris 8), directrice de 'Women in War'.
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Billet de blog 10 oct. 2015

Recep Erdogan: un président qui tient ses promesses

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Sociologue spécialisée dans la problématique du genre et conflits armés, chercheure associée au LEGS (Paris 8), directrice de 'Women in War'.
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Le massacre qui a eu lieu aujourd'hui, le 10 octobre à Ankara, était-il prévisible?                                                                                                 Le 5 octobre dernier, le président Erdogan a tenu un meeting électoral, non pas en Turquie chez lui, mais à Strasbourg.12 000 Turcs venus des pays limitrophes sont venus écouter son discours, celui d'un chef de guerre. L'ennemi en question n'était nullement Daech contre lequel, en tant que membre de l'OTAN, M. Erdogan était éventuellement habilité à faire une déclaration publique dans un autre pays de l'alliance. Que nenni, il désignait, une fois de plus, près d'un tiers de sa propre population, autrement dit les Kurdes, l'opposition HDP, ainsi qu'il l'a dit, de façon à la fois littérale et métaphorique: Tous ceux qui veulent se détacher de nous, nous (…) le leur ferons regretter . À la foule de scander, hommes d'un côté, femmes de l'autre, Allah hou Akbar en présence d'un imam qui avait ouvert la séance.

 Qu'aucun politique sensé ne semble avoir réagi en France et que de plus, le roi Philippe des Belges le fait chevalier de l'ordre de Léopold, une des plus prestigieuses décorations de la Belgique ne suscite pas la moindre question. (À moins qu'on puisse parler d’humour belge, le plus célèbre des rois portant ce nom, Léopold II s'étant rendu célèbre au Congo, par ses massacres d'indigènes (estimé à 10 millions) réduits à l'esclavage dans des conditions qui défrayèrent même la chronique de l'époque…)

On peut se demander si quelqu'un avait bien noté les paroles prémonitoires prononcées à Strasbourg. En vue du massacre bien organisé qui s'est déroulé aujourd'hui ce samedi 10 octobre, tout indiquerait que le Président Erdogan serait passé immédiatement passé à l’acte, comme il l'a promis.

Revoir les images, bouleversantes. On y voit des jeunes, de très jeunes gens, bouleversant de beauté et d'espoir, se tenant par la main, chantant ensemble réclamant la paix pour leur pays auquel ils ont tellement envie de croire. Puis deux explosions, le smartphone chavire et tombereaux de cadavres s'entassent dans la panique. Près d'une centaine morts, on ne compte pas les blessés. Selon certains témoins, les policiers seraient arrivés avant les ambulances pour lancer des bombes lacrymogènes sur la foule désemparée… Facebook et Twitter sont immédiatement bloqués.

 Il y a trois mois, un attentat de même nature a eu lieu à Suruç où d'autres jeunes préparaient un convoi de jouets pour les enfants de Kobane.Bien entendu, à l'époque on a parlé de terroristes, Daech vraisemblablement comme on le dira cette fois-ci. Mais pourquoi faire semblant de ne pas reconnaître le commanditaire véritable de ces massacres ? Ce gouvernement avec son chef pathologiquement mégalomane qui n'a cessé d'armer, d'assister et de soutenir ce pseudo-caliphat que seuls les bataillons kurdes du YPG/YPG du Rojava semblent être capables de repousser

Aujourd'hui, le président Hollande vient de réagir et adresse toutes ses condoléances au peuple turc. Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne renchérit: Le peuple turc et toutes les forces politiques doivent rester unis face aux terroristes et contre tous ceux qui tentent de déstabiliser le pays, qui fait face à de nombreuses menaces.

À peu près les mêmes discours que la dernière fois, après Suruç. On fait comme si on ne savait pas, comme si on ne reconnaissait pas ces façons de faire ancrées dans l'histoire la plus sinistre du XXe siècle. Attentats, manifestations réprimées dans le sang, emprisonnements arbitraires, tortures, intimidations systématiques, élections qu'on va truquer en terrifiant la population… Faut-il s'étonner que les réfugiés, dans un pareil contexte fuient la Turquie, après la Syrie, la peste s'ajoutant au choléra…

Notons qu'en trois mois, depuis l'entrée en lice de la Turquie dans cette guerre fantoche contre le terrorisme (lequel ?), celle-ci sombre, sans direction, sans plan, sans avenir: l'arc de triomphe romain de Palmyre vient d'être détruit , après le temple de Bel le mois dernier, les massacres se poursuivent, cinq villages autour d'Alep viennent d'être pris, ainsi qu'une prison et une caserne ; on décide même à demi-mot de pardonner Bachar Al Assad pour ses crimes contre l'humanité…

En vérité, l'Europe se raccroche à tous les dictateurs, surtout les plus brutaux et clients de marchands de canon plutôt de soutenir ceux qui présenteraient des alternatives sociales, économiques et pacifistes. Comme le HDP en Turquie, seul partenaire véritablement démocrate et valable pour une Europe qui se voudrait digne de sa mission.

 Quel est ce cauchemar sans fond dans lequel nous sommes plongés ? De toute évidence,les auteurs de ce dernier massacre à Ankara n'ont pas besoin de signer leur forfait puisque le donneur d'ordre a menacé en toutes paroles, et cela sur le territoire français.

Sa vision était on ne peut plus claire Un seul drapeau, un seul pays, une seule foi comme un écho lugubre de cet autre maxime qui jadis annonça le pire: Ein Volk, ein Reich, ein Führer.

Carol Mann, sociologue spécialisée dans la problématique du genre et conflit armé, directrice de l’association Women in War

rescapés du massacre à Ankara le 10/10/15 © The Guardian

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