L'Arabie saoudite à la tête du Conseil des Droits de l'Homme à l'ONU

Ce lundi 21 septembre, selon les informations officielles de l’ONU, l’ambassadeur de l’Arabie saoudite à Genève Faisal Bin Hassan Trad a été choisi pour présider le panel du Conseil des Droits de l’Homme.

Ce lundi 21 septembre, selon les informations officielles de l’ONU, l’ambassadeur de l’Arabie saoudite à Genève Faisal Bin Hassan Trad a été choisi pour présider le panel du Conseil des Droits de l’Homme.

Si une certaine opposition commence à se faire entendre, force est de remarquer que cette nouvelle qui aurait dû faire les manchettes de la presse internationale semble, jusqu’à l'heure à laquelle ce blog est en train d'être composé, avoir été passé sous un relatif silence dans les médias les plus importants, dont Le Monde, Libération, NYT, le Guardian, Washington Post et d'autres qui auraient pu l'évoquer ce week-end. Les médias russes  et israéliens cependant en font état. L'UE et les États-Unis ne réagirent pas non plus quand l'Arabie saoudite fut élue au Haut conseil sur les Droits de l'homme en 2013, en dépit des protestations véhémentes internationales et locales.

 

Comment expliquer une décision qui devrait tenir du canular ? Force est de convenir que l'Arabie saoudite est un des grands clients de la France, des États-Unis et des marchands de canons et des constructeurs d'infrastructures. Les petrodollars achètent-ils donc même un certificat de bonne conduite et de probité démocratique ? Sommes nous gouvernés par des pleutres d'une lâcheté sans égale ? Certes, jadis, Hitler fut écouté poliment par Daladier et Chamberlain avec les résultats que l'on sait. Retour à la case Munich ou pire encore ? Et que dire de nos médias qui fanfaronnent leur indépendance. Où en sommes-nous si la 'Une' du 'Monde' ce week-end, en pleine débâcle planétaire, titrait sur  le retour de la dictée à l'école primaire…

 

 Cette information constitue tout de même un véritable cataclysme. L'Arabie saoudite détient le record le plus déplorable concernant les droits humains sur la planète. Se basant sur la Charia la plus orthodoxe, les châtiments prévus sont à peu près identiques à ceux administrés par Daesh (l'EI), l'organisation terroriste que l'Arabie saoudite serait, en principe, en train de lutter, alors que tout indiquerait le contraire.

 

Entre autres, du côté Daesh comme en Arabie saoudite, sont considérés comme des crimes punissables de mort les droits humains quasiment universels, garantis par la législation internationale : le blasphème, l'homosexualité (peine capitale), la consommation d'alcool, la diffamation (ce qui comprend l'opposition,  voir le sort réservé au blogueur Raaf Badawi, menacé de 1000 coups de fouet), l'adultère étant compris comme un acte sexuel entre adultes consentants et mariés (lapidation), l'adultère dite pour célibataire, soit tout activité sexuelle hors mariage ((100 coups de fouet). Le vol est puni d'amputation des pieds et des mains, l'assassinat par décapitation ou la crucifixion (ce qui attend le malheureux Ali Al Nimr, accusé d'avoir participé à une manifestation.

 

Ce n'est pas tout. Choisir l'Arabie saoudite comme arbitre des droits humains signifie aussi l'adhésion à ses choix géostratégiques. Allié désormais au Hamas et aux Frères Musulmans (les ennemis d'antan) depuis l'accord du nucléaire signé entre l'Iran et les puissances saoudiennes, l'Arabie saoudite tiendra sans doute à attirer tous ses alliés et les autres membres de l'UN dans sa bataille quasi cosmique contre les Chiites, soit l'Iran et ses alliés. Vient ensuite l'appui aux dictatures au Moyen-Orient, entre autres, le Général Al-Sissi en Égypte et Recep Erdogan en Turquie. Pour ne prendre que ce dernier, cette alliance comprend le soutien à sa guerre sans merci contre l'opposition sous toutes ses formes, principalement le HDP, les Kurdes et le Rojava. En bref, le coup de grâce aux derniers vestiges d'un idéal de démocratie en voie de disparition, tout comme Palmyre et tout ce qui a pu représenter la civilisation dans cette partie du monde. La non-intervention de l'Occident pour le sauvetage de Palmyre prend tout son sens.

 

En bref, la présence de l'Arabie saoudite qui a contresigné la Déclaration des Droits de l'Homme en Islam qui valide l'application de la Charia et accorde un blanc-seing à tous les gouvernements qui agissent en conformité avec le droit saoudien. Ce n'est pas Monsieur Trad. qui viendra défendre les femmes battues, violées, enterrées vives par Daesh et consorts, les blogueuses égyptiennes, les artistes syriens, les LGBT où que ce soit, les Yézidies, même les jeunes dans nos cités qui refusent les diktats des imams salafistes (dans ces nouvelles mosquées financées par le Qatar).

 

Les pays du Golfe, on l'a vu, ont refusé de venir en aide aux réfugiés, aidant à les repousser vers l'Occident. Leur explication, selon le journaliste koweïtien Al-Fahd Shelaim « Le Koweït et d’autre pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe sont trop chers pour accepter les réfugiés. Nous ne voulons pas voir les gens qui souffrent de tensions internes et de traumatismes dans notre pays ».

 

Les Talibans et Daesh  qui menacent quotidiennement les quelques acquis démocratiques en Afghanistan ne peuvent s'en réjouir. Idem pour les 'durs' en Iran, en Somalie, partout au Moyen-Orient. En Occident, les institutions et bientôt les particuliers pourront sans vergogne se référer à ce corpus législatif, plutôt qu'aux législations en vigueur. L'islamisme wahhabite deviendra une alternative viable et banalisée aux droits humains tels que nous les connaissons : on peut prévoir l'instauration prochaine de tribunaux religieux officieux comme en Angleterre moyennant quelques achats de Mistrals de plus. A quand la Légion d'Honneur pour Faisal Bin Hassan Trad, qui le mériterait tout autant que cet autre champion des droits humains et tortionnaire émerite, Abdelattif Hammouchi,  récemment adoubé par la France?

 

Carol Mann, sociologue spécialisée dans la problématique du genre et conflit armé, directrice de l’association Women in War

 

 

 

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