Abolir le symbole historique de Strasbourg est dangereux pour l’UE

Dans sa réponse à la tribune européenne de Macron, la présidente de la CDU souhaite un siège unique du Parlement européen à Bruxelles. Or, aujourd’hui plus que jamais, les jeunes Européens doivent savoir pourquoi l’Union européenne existe, pourquoi elle les protège.

« Nous devons prendre des décisions trop longtemps différées et abolir les anachronismes. Cela vaut notamment pour le regroupement du Parlement européen en son siège à Bruxelles ». Dans sa réponse à la lettre européenne d’Emmanuel Macron, la présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer rouvre le débat séculaire du siège du parlement européen. Toutefois, ce qu’elle semble ignorer, c’est que les traités fixent le siège du Parlement européen à Strasbourg et non à Bruxelles. Si changement il y a, le plus logique serait donc d’établir la ville française comme siège unique.

En 2017, l’annonce des coûts exorbitants (500 millions d'euros) pour rénover le bâtiment Paul Henri Spaak à Bruxelles aurait pu être le signal d’un changement majeur (voir mon article à ce sujet : Parlement européen : l’absurdité des travaux du bâtiment de Bruxelles). Or, à part la française Anne Sander (PPE) ou l’allemand Arne Gericke (MdEP), peu sont ceux qui soutiennent cette idée. Pire, les programmes de campagne aux Européennes semblent plutôt pencher en faveur d’un siège unique à Bruxelles. Ainsi les candidats des pays nordiques, des Pays-Bas ou de la Belgique, soutiennent en majorité cette position. En janvier dernier, ils ont été rejoints par Luigi Di Maio, président du Mouvement 5 étoiles italien et numéro 2 du gouvernement italien. Celui-ci a annoncé à Strasbourg (sic !) qu'il ferait du siège unique à Bruxelles un élément central de sa campagne. Même le président Macron, qui avait pourtant soutenu publiquement le siège alsacien durant sa campagne, serait désormais prêt à « lâcher Strasbourg » (DNA, 10.03.2019).

Mais si ce geste semble logique à certain, banal à d'autres, voire « anachronique » à la présidente de la CDU, il ne faut pas négliger son impact historique. En effet, c'est à ce niveau que le siège de Strasbourg se justifie plus que jamais: les jeunes Européens doivent savoir pourquoi l’Union européenne existe et pourquoi elle les protège ! Quoi de mieux que d’avoir des symboles forts pour le leur rappeler ? En ces temps de populisme et de nationalisme galopants, de fake news à tout va, il est nécessaire de garder des ancres à la réalité. Et c'est peu dire que le bâtiment vitré de Strasbourg en fait partie.

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