Nous sommes tous devenus un peu avocats

Tous un peu cheminots, un peu soignants. Tous un peu solidaires. Tous un peu le peuple.

Cher Monsieur Macron,

Avec la réforme des retraites, nous sommes tous devenus un peu avocats.

Vous n’avez pas pu manquer de voir ces derniers jours les réseaux sociaux se remplir de robes noires, avec ou sans épitoge d’hermine, lancées, couchées, rassemblées. Toutes, sans exception, unies dans leur refus de la réforme des retraites voulue par vous et votre gouvernement.

On est tous un peu cheminots, un peu soignants. Tous un peu solidaires. Tous un peu le peuple.

Si vous discutiez avec moi, vous me reprocheriez sans doute mon manque de connaissances de la réforme. En effet, je n’en sais pas beaucoup plus que ce que j’en ai lu, ici et là (et surtout grâce à Emma). Ce qui est sûr cependant, c’est que tant de monde dans la rue, ce n’est pas bon signe. Et surtout quand votre projet de réforme n’est pas clair pour tous.

Ce qui est clair en tout cas, c’est que certaines catégories de la population ont beaucoup à y perdre. Les femmes notamment. Et de nombreuses professions. Les petits cabinets d’avocats sont en péril aujourd’hui, hier les petits cabinets de commissariat aux comptes. Et demain ? Vous finirez certainement d’achever les hôpitaux, les transports publics et finaliserez les nombreuses privatisations. Bref, le pays sera à genoux mais il sera trop tard.

On ferait bien un petit référendum, mais là, tout de suite, ce n’est pas vraiment votre plan, n’est-ce pas, votre gouvernement préfère largement le 49-3 au RIC[1].

Si vous discutiez avec moi, vous me reprocheriez sans doute aussi mon manque de légitimité due à ma nationalité étrangère. Je vous répondrais que tout ce qui faisait le bon vivre de la France à mon arrivée est en train de partir en fumée. Vous vous attaquez aux retraites aujourd’hui, ce sera certainement la sécurité sociale demain.

Vous avez voulu la start-up nation, vous avez eu la strike-up nation. Vous avez voulu faire barrage à l’extrême-droite, vous mettez en œuvre une politique similaire. Pire, vous préparez le terrain à son installation en 2022 à votre départ.

La population s’indigne, Monsieur le Président, et ce qu’elle ne peut dire dans les urnes, elle le crie dans les rues. Sortez de votre tour de verre, traversez la route et vous trouverez, à défaut d’un emploi, des gens, des vies, des histoires. Écoutez, vous verrez !

Bien respectueusement,

Caroline Iberg

Et si comme moi la rue vous semble dangereuse, on peut aussi s’engager en ligne en signant cette pétition.

[1] Référendum d’initiative citoyenne, je vous le rappelle quand même au cas où.

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