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Billet de blog 1 juil. 2022

Traiter des cas de violences sexistes et sexuelles

Dans un monde qui fonctionnerait, une personne victime de violences saurait à qui s’adresser en cas de problème. Ce monde n’existe pas. Notre monde ne fonctionne pas correctement. Ça foire à tous les étages. 1 femme sur 2 a déjà subi des violences sexuelles en France. 1 femme sur 8 a été victime de viol. Quelques règles et clés pour traiter les faits de violences.

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Dans un monde qui fonctionnerait, une personne victime de violences saurait à qui s’adresser en cas de problème. Elle pourrait signaler en interne de sa structure facilement avec un mail dédié, sans avoir peur des représailles. Elle pourrait aller porter plainte sans craindre d’être traitée de « grosse pute » (comme l’a récemment fait un policier) ou d’être malmenée par un processus judiciaire.

Dans un monde qui fonctionnerait, les militantes féministes ne recevraient pas chaque semaine des témoignages de victimes qui ne savent pas à qui s’adresser car tout le monde leur a fermé la porte au nez.

Dans un monde qui fonctionnerait, les militantes féministes ne se feraient pas insulter ou cyberharcelées lorsqu’elles essayent d’alerter sur des violences sexistes ou sexuelles. 

Ce monde n’existe pas. Notre monde ne fonctionne pas correctement. Ça foire à tous les étages. 

Et dans ce monde qui foire, on a parfois envie de tout balancer. Parce que l’impunité nous fait vriller. 


1 femme sur 2 a déjà subi des violences sexuelles en France. 1 femme sur 8 a été victime de viol. 

Parmi les personnes qui liront ce billet, il y a beaucoup de femmes victimes. Il y a aussi des hommes auteurs de violences. Les violences sexuelles sont massives. Le déni et l'absence de traitement des violences l'est aussi. 


Lorsque dans son organisation (parti, institution, entreprise), quelqu’un est mis en cause, on doit mener une enquête. C’est le seul moyen de régler le problème. Soit parce que ça permet d’identifier les violences et de les sanctionner, soit parce que ça permet d’identifier que les faits ne sont pas matérialisés et de faire cesser les informations qui circulent.

On ne laisse pas pourrir une situation, c’est irresponsable.

J’ai lu le communiqué de la FI disant « On a pas reçu de signalement ». Hum.

Qu’est-ce que c’est un signalement ? Il faut envoyer un courrier avec accusé de réception ? Ou on peut se dire qu’un article de presse, on considère que c’est un signalement ? On peut se dire que 3, 4 ou 10 personnes qui disent « Il y a un problème », c’est un signalement ? 

Pour ma part, je pense que tout élément d’alerte (SMS, paroles, article) est un signalement et doit être traité. Quand un article de presse écrit qu’un député aurait commis du harcèlement sexuel et une agression sexuelle, on lance une enquête et on traite le problème. On laisse pas le truc dormir. Jamais. 

Parce que laisser dormir un signalement, c’est soit risquer que d’autres violences soient commises, soit laisser exister des informations diffamatoires. Dans les deux cas, c’est un problème grave. 

En n'intervenant pas, on risque de voir les faits s’aggraver. Je pense qu’il faut réagir dès le premier comportement problématique, même s’il parait « petit ». En recadrant la personne et en lui rappelant les règles. Si 100% des structures réagissaient dès le premier agissement sexiste, on éviterait bon nombre de cas de harcèlement sexuel. 

Quand on entend « Untel est un gros lourd » ou  « C'est connu, c'est un forceur, surtout avec les plus jeunes », il y a une alerte. Il faut la traiter. 


Lire l'article : "Les gros lourds n'existent pas, ce sont des harceleurs"


Bref, c’est la responsabilité des organisations de traiter les alertes. Soit pour faire cesser des violences soit pour faire cesser la diffamation. Dans les deux cas, il faut agir. 

Une fois que j’ai écrit cela, ce n’est pas parce que les organisations ne font pas le boulot que tous les raccourcis sont bons à prendre. Et notamment parler à la place des victimes.

C’est déflagrateur. Et inefficace. 

Pour signaler des faits à la direction ou la cellule d’une instance, au procureur, ou pour en parler publiquement, on doit avoir un témoignage. On ne signale pas dans connaître la nature des faits. S’agit-il d’un outrage sexiste, d’une injure, de harcèlement ou d’une agression ou d’un viol ? Ce n’est pas la même chose. Ces faits ne seront pas traités, sanctionnés de la même manière.  

Ensuite, on vérifie le consentement de la victime. Est-elle d’accord pour signaler ? Si elle a parlé il y a 4 ans dans un média, est-elle d’accord aujourd’hui pour qu’on en reparle ? 

Suite au signalement, une enquête doit être lancée par la structure saisie. Si rien n'est fait, on peut se tourner vers les médias pour qu'une enquête soit menée et permette de faire sortir l’affaire afin que cesse l’impunité.

La responsabilité des médias ici est fondamentale : sortir une affaire sans nommer la personne mise en cause ou sans corroborer des faits n'aide pas beaucoup. Cela sert souvent les organisations qui se réfugient derrière "y a rien eu dans la presse". 

Si on "sort" une affaire sans les victimes, quelle est la conséquence ? 

La conséquence, c’est qu’on a pas de témoignages directs. Et résultat, la chape de plomb se referme immédiatement. Pourquoi ? Parce que l’institution visée va souvent se braquer, se protéger, se réfugier derrière le fait de n’avoir aucun élément matériel pour traiter le cas (plutôt qu’aller les chercher).

C’est une erreur de sa part. L’institution devrait dire : "Nous avons entendu qu’il y aurait un problème concernant le comportement de X. Nous prenons très au sérieux les alertes. A ce jour nous n’avons pas reçu de signalement. Notre boite mail (adresse) est ouverte. Nous les traiterons avec bienveillance et avec beaucoup de sérieux. Nous ne laisserons rien passer. Notre organisation se veut exemplaire : nous voulons créer un espace à l’abri de toute violence. C’est l’objet de notre commission."

Je le dis aux victimes de violences : elles ont chez les féministes des relais solides. Nous les protégerons. Nous ne lâcherons pas les organisations politiques. Nous avons traité des alertes pendant la campagne et continuons à le faire. 

Si elles ne veulent pas nous parler, c’est leur droit le plus strict. C’est difficile certes. Mais cela ne nous autorise pas à parler à leur place.

Caroline De Haas, militante féministe

Lire le billet "Les victimes de X ne veulent pas parler, comment faire ?"

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