Le temps de la reconquête

Macron, Hamon et Mélenchon, ont recueilli à eux trois plus de 50% des voix à l’élection présidentielle de 2017. Majorité absolue ! Face à ce paysage politique dominé par des anciens socialistes, quelle place reste-il pour une gauche non socialiste. Réponse : une place à reconquérir ! Et ca urge.

Le parti socialiste s’est fracassé dans la dernière élection présidentielle. Un astre mort disent certains. Mais, paradoxe, les idées qui ont animés ses congrès pendant des années et des années sont aujourd’hui hégémoniques dans le pays. En effet, Emmanuel Macron, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qui étaient tous les trois ensemble, adhérents au PS de 2006 à 2008, ont récolté à eux seuls plus de 50% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle. Une majorité absolue dès le premier tour ! En résumé, le PS est moribond et renvoyé par nombre d’acteurs ou de commentateurs politiques à l’ancien monde (mais je vous fais le pari ici qu’il se relèvera), mais ceux qui en ont été les animateurs sont aujourd’hui ceux qui dominent le paysage politique. L’un est même président de la république tandis que l’autre est désigné comme étant son meilleur opposant. Bref, une sorte de congrès socialiste géant hors des murs du parti de Jaurès au sein duquel on nous invite tous à nous positionner.

Cette hégémonie post mortem du PS [voir] via ses anciens partisans n’est  pas sans poser quelques questions. Comment ont-ils réussi ce coup politique magistral ? Et où est donc passée la gauche non socialiste ? Et surtout, comme dirait l’autre : Que faire ?

Faire ré-émerger une force communiste

Le PCF est une force active. Très active même. Active à l’assemblée nationale [voir], active au sénat, active sur le terrain via son réseau d’élus locaux, active dans les luttes, active dans le déploiement de solidarités concrètes, bref, active sur la plupart des créneaux qui, ensemble, constituent la vie de tous nos concitoyens, y compris hors période électorale. Mais, tout le monde peut le constater, le PCF est quasiment absent du paysage médiatique. Vus les efforts déployés par les miliant.e.s du parti pour produire des analyses politiques, des propositions concrètes sur tous les sujets ou leurs investissements dans les actions de terrain, cette "invisibilisation" ne peut s’expliquer que par le refus du PCF de jouer la carte de la présidentialisation-star-système et par son refus de participer au cirque de la politique spectacle. C’est tout à notre honneur, mais ceci nous coûte cher. Sans candidat à la présidentielle deux fois consécutivement, il est en effet quasiment impossible d’exister dans l’arène médiatique et mettre en circulation nos propres idées dans le débat public. Qui par exemple a déjà entendu parler de notre proposition ambitieuse de sécurisation de l’emploi et de la formation avec l'extension de leurs droits dans les entreprises ? Qui connait vraiment nos positions sur l’écologie ? Etc. Cette absence médiatique nous empêche aussi de transformer notre crédibilité locale en crédibilité nationale et, sans relai médiatique, nos actions de terrain ont finalement peu d’échos en dehors de ceux qui les vivent directement. C’est un constat.

Prenons notre part de responsabilité dans cet échec. Il y a certainement eu des erreurs stratégiques (je ne les développerai pas ici). Et la communication du PCF, même si cela s’améliore depuis l’élection présidentielle, reste en dessous de ce qu’il faudrait faire. Nous en sommes conscients. Améliorer notre communication est un priorité pour 92,7% des communistes (pourcentage calculé sur 13 843 questionnaires remplis individuellement). Car en réalité, le PCF a beaucoup changé mais reste largement caricaturé par nos adversaires, assimilé au stalinisme, au productivisme anti-écolo, au goulag. Or, non seulement c' est exactement ce que nous ne sommes pas, mais le PCF et ses militants ont mené depuis le début des années 70s (du siècle dernier), une réflexion extrêmement poussée sur les raisons qui expliquent les échecs et erreurs du passé, identifient très précisément les erreurs conceptuelles qui ont conduit à ces échecs, et, peut-être le plus importants, formulent des propositions qui permettent de se prémunir contre les résurgences toujours possibles des démons du passé. Cet effort se poursuit encore de nos jours, non pas du fait qu'il y aurait un sentiment d'inachevé, mais parce qu'il y aura toujours besoin de tirer les leçons du passé, et aucune organisation politique n'est, par postulat, à l'abri de telles résurgences, qu'elles se réclament du Communisme ou de toute autre visée. En outre, même si l'on veut se référer au passé et regarder dans le rétroviseur, rappelons-nous, tout de même quel rôle a joué le parti communiste dans toutes les conquêtes sociales de notre pays : sécurité sociale, statut des fonctionnaires, congés payés, réduction du temps de travail, hausse des salaires, etc. La liste des conquêtes est longue. L’enjeu pour nous, n'est-il pas alors de faire émerger une nouvelle signature politique plus identifiable et plus en phase avec ce que nous sommes vraiment aujourd’hui. Nous devons réussir à ré-identifier le PCF et son projet dans le paysage politique en le valorisant pour ce qu’il est : un parti de militant, un outil d’intervention populaire au service d'une transformation sociale permettant de dépasser le capitalisme, de s'émanciper du mode de pensée mortifère qu'il véhicule, de construire un avenir meilleur libéré de toute les formes d''exploitation, de domination, d'oppression, ouvrant l'espace aux hommes et femmes d'aujourd'hui et demain à l'accès aux droits qui leur donnent la pleine maîtrise de leur destinée,sur le plan individuel et collectif. . Bref, donner à voir un horizon, mettre nos mots en circulation, nos valeurs, nos idées, et de nouveaux visages pour les porter.

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A ce titre, l’engouement actuel pour les travaux de Karl Marx dont nous venons de fêter le bicentenaire, est un signe encourageant. Car si l'on ne tombe pas dans le dogmatisme et qu’on ne prend pas ses écrits pour des recettes magiques clef en main (ce à quoi Marx était lui même opposé), on se rend vite compte que ses travaux apportent des clefs pertinentes pour décrypter le monde d’aujourd’hui. Comment ne pas voir que les captations de richesses des actionnaires du CAC 40 pointées dans le dernier rapport d’OXFAM ont quelque chose à voir avec ce que Marx écrivait sur le surtravail, la survaleur ou l’exploitation ? Bref, nous devons travailler, refaire de l’éducation populaire autour de ce que nous portons, et donc ce qui nous identifie, et œuvrer à ré-ancrer nos idées et nos pratiques sur le terrain vécu par nos concitoyens, au plus près de la réalité que vivent les populations, les salariés, dans la diversité des catégories sociales qu'ils constituent, les privés de droit ou d'emploi, et, bien sûr, dans le paysage médiatique. Le tout, visant à faire vivre cette vision moderne du communisme, à lui donner consistance et chair, et à faire réémerger un pôle communiste qui compte, avec un objectif : transformer concrètement le monde dans lequel nous vivons. Car oui, dépasser le capitalisme est possible et souhaitable. Marx disait : "Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel". Il existe bien des voies à imaginer pour faire émerger une société post-capitalisme à laquelle nous sommes nombreux à aspirer à gauche. En suivant les propos de Marx, le communisme ne désigne-t-il pas, tout simplement, la voie d'émancipation qui y conduit ?

Addendum

Dans cet objectif d’éducation populaire, je vous conseille vivement ce livre de Florien Guilli eu Jean Quitier qui constitue une superbe entrée en matière. Très pédagogique, très clair, et le choix des textes est particulièrement pertinent. Bref, un livre à lire et à partager.

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