Salade, Tomate, Union. La suite...

Souvent accusé à tort d’être aligné sur le PS, le parti communiste est réalité avant tout une force de rassemblement. Car ce sont bien les mobilisations unitaires qui ont permis dans notre histoire, toutes les conquêtes sociales que nous nous efforçons de défendre aujourd’hui.

Cet article fait suite à celui publié le 18 janvier 2018. [voir]

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Sur facebook ou sur twitter, de nombreux militants de la France insoumise ne cessent de ruer dans les brancards en traitant les communistes de tous les noms, la principale critique étant que nous serions alignés sur le PS, et donc de droite. Absurde... Certes, le parti socialiste (ou ce qu’il en reste) n’est pas vraiment ce qu’on pourrait qualifier un parti de gauche. Il est en réalité traversé de part en part par le clivage gauche/droite. Mélenchon ne peut pas dire le contraire, lui qui y a milité près de 30 ans et qui y a mené de nombreux combats en interne. Militait-t-il dans un parti de droite ? Par ailleurs, si ce parti s’est largement converti à la pensée capitaliste et à l’économie de marché, l’idéologie des militants socialistes reste très hétérogène d’un endroit à l’autre du territoire. Tantôt Valssiste, tantôt Hamoniste, tantôt LeFollesque, tantôt Macroniste, Tantôt Montebourgienne, etc. Et constatons aussi que nombre de militants socialistes se sentent profondément de gauche dans leurs affects et leurs valeurs. C’est un fait.

Face à ces deux constats (un PS fracturé par le clivage gauche-droite et des situations locales très différentes) le PCF évalue toujours sa position (alliance ou pas alliance) en fonction d’un rapport de force politique sur le terrain et en fonction des buts de guerre. Est-il possible d’obtenir des conquêtes (construction de logements sociaux, de crèches, développement d’offres culturelles, de solidarités concrètes, etc.) et à quel prix ? Bref, l’objectif pour les communistes n’est jamais de s’aligner sur untel ou untel, mais toujours de construire un rassemblement à vocation majoritaire et de pousser à fond nos idées pour obtenir concrètement des résultats.

Évidement, quand le rapport de force est défavorable et/ou que le prix à payer est trop fort, aucune alliance n’est possible. Cette décision appartient d’ailleurs à tous les militants communistes qui l’évaluent collectivement en assemblée générale et qui arrêtent, après débat, une position commune par le vote. Donc quand les militants décident qu’une alliance avec les autres forces de gauche n’est pas possible, nous basculons dans l’opposition. Chacun met le curseur de ce qui est acceptable à l’endroit où il le souhaite, mais la décision est toujours collective, à l’image de notre parti.

Au niveau national, les choses sont plus simples. La ligne impulsée par le PS étant quasiment tout le temps très droitière, nos décisions sont vite vues. En 1983, les communistes quittaient par exemple le gouvernement au moment du tournant de la rigueur. Et sous Hollande, le parti s’est opposé de bout en bout avec pugnacité aux politiques menées pendant le quinquennat. Pas de reproche possible à ce niveau là.

En résumé, nous pensons que, face à la droite, l’extrême droite et les libéraux, il faut construire des rassemblements à vocation majoritaire dans lesquels nous défendons les idées communistes. Certains caractérisent cela de “tambouille”, de “carabistouille”, “d’accords de coin de table”, “d’unitay”, etc... C’est en réalité de la politique au sens noble du terme, tout simplement. Vouloir construire avec d’autres des avancées sociales en discutant concrètement des contenus et des projets politiques pour in fine, arrêter une décision par le vote, ça n’a vraiment rien de honteux. Et franchement, à considérer que toute coalition à gauche serait une trahison [voir], on se rend totalement impuissant pour obtenir des conquêtes et on laisse le champ libre à nos vrais adversaires de droite et d’extrême droite. 

Certes, quand on gère une collectivité ou une région en coalition avec d’autres forces de gauche, ce n’est jamais simple. Et on peut faire des erreurs [voir]. Mais passer à la trappe tout ce travail local [voir] au nom d’une stratégie de rupture totale avec toutes les forces de la gauche et d’une hypothétique prise du pouvoir en 2022, c’est quand même un pari sacrément osé. Et comment ne pas se souvenir que toutes les conquêtes sociales de notre pays se sont toujours effectuées dans de larges rassemblements, dans la rue et au gouvernement. Rappelons-nous que la sécurité sociale a été mise en place sous De Gaulle. Rappelons-nous du Front populaire. De Mai 68. Etc. Nous le voyons bien, ces alliances électorales ne nous empêchent en aucun cas d'êtres aussi dans les luttes sociales au côté des syndicats et de monter des barricades. Tenez-vous le pour dit !

Mais là où la France insoumise n’a quand même pas totalement tort, c’est que le rapport de force en notre faveur s’est très largement dégradé au cours de ces dernières années. A force de nous diluer dans des coalitions sans y peser grande chose et à force de scores électoraux trop faibles, nous n’arrivons plus à être une force propulsive successible de faire bifurquer la société dans son ensemble. C’est pourquoi, l’émergence de la France insoumise et la sortie de Hamon du PS ne sont pas du tout des mauvaises nouvelles. En à peine un an, le PS s’est écroulé (mais je parie qu'il se relèvera) et les cartes sont totalement rebattues à gauche. Je rappelle qu’à titre personnel, j’ai adhéré en 2009 au parti de gauche, justement parce que ce parti était en train de poser un acte de rupture avec le PS.

Mais aujourd’hui, considérer que la France Insoumise serait à elle seule l’incarnation de l’alternative à gauche, c’est une impasse totale. Car regardons les faits. Lors de la séquence électorale qui vient de se dérouler, certes le score de Mélenchon a été très bon et sa campagne a soulevé un immense espoir. Mais au final, quels sont les résultats concrets ? Le PS s’est écroulé ; Macron, pourtant ministre du gouvernement sortant, a gagné face au FN ; et la gauche est décimée à l’assemblée nationale. Quelques mois après l’élection, toute la gauche est divisée, les syndicats le sont aussi, les rancœurs n’ont jamais été aussi fortes et Macron déroule un programme de régression sociale. Un succès stratégique ? Évidement pas. Pas de victoire possible sans rassemblement. 

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Addendum

Pour ceux qui n'auraient pas encore compris ma position politique, la voici. Je la livre ici le plus clairement possible. Je suis pour le rassemblement des forces anti austérité, sur le modèle de ce qui s’est passé en Corse aux élections territoriales de 2017 [voir]. Et cela, je le souhaite du local au national. Ma position est claire et constante. Je l'ai toujours défendue au PG, dans le Front de Gauche, à FI et au PCF. Mais j'ajoute à cela, que si la France insoumise ne veut pas de ces alliances (ce qui est clairement le cas aujourd’hui), il est hors de question que le PCF passe sous le tapis. Dans ce cas de figure, je plaide pour des candidatures communistes autonomes, et notamment pour les élections européennes à venir. Je vois dans cette candidature 100% communiste un moyen de porter enfin nos idées dans le débat public et, sous réserve d’un bon score, de peser davantage dans les futurs rassemblements que nous allons encore une fois nous évertuer à construire sans relâche. Pour les élections européennes, je ne suis donc pas pas pour troquer une alliance avec un ancien socialiste (Mélenchon) par une alliance avec un autre ancien socialiste (Hamon). Et ensuite, aux élections municipales de 2020, j’espère que des rassemblements seront à nouveau possibles, toujours sur le modèle de ce qui s’est passé en Corse. En tout cas, ils seront nécessaires pour construire des victoires futures. Bref, il nous faut construire sur la base de projets locaux à bâtir en commun avec celles et ceux qui sont là dans les luttes sur le terrain. Nous nous connaissons, c’est un petit monde. Pour cela, nous devons nous rencontrer, discuter, construire ensemble sur la base de propositions concrètes et non de façon épidermique en sur-réagissant à des tweets ou à des informations tronquées et déconnectées de tout contexte (comme c’est souvent le cas sur les réseaux sociaux). C'est dans cet état d’esprit constructif, que je m’adresse en priorité à mes camarades de la France Insoumise. Si vous voulez qu’on reprenne le fil du dialogue, vous savez ou nous trouver. pcfbriesenart@protonmail.com

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