Affaire Boulin: des bouches s'ouvrent (1)

De nouvelles pièces du puzzle de l'affaire Boulin se mettent en place en ce début 2011. Les circonstances de l'assassinat du ministre du gouvernement Barre, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, assorti de son maquillage en suicide avec la complicité de hauts responsables de l'état français, sortent de l'ombre.

De nouvelles pièces du puzzle de l'affaire Boulin se mettent en place en ce début 2011. Les circonstances de l'assassinat du ministre du gouvernement Barre, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, assorti de son maquillage en suicide avec la complicité de hauts responsables de l'état français, sortent de l'ombre.

 

31 ans après les faits, les entraves à la manifestation de la vérité apparaissent désormais en pleine lumière. Elles sont, depuis 2007, visiblement téléguidées de l'Elysée. Deux procureurs généraux de Paris, MM. Le Mesle et Faletti se sont succédés à la manoeuvre, le second a même eu l'insigne (dés)honneur de se voir publiquement dicter sa décision par la Garde des sceaux, ministre de la Justice, Mme Alliot-Marie *

 

Ce mercredi 5 janvier 2011, France-Inter diffuse en exclusivité l'avis d'un haut magistrat, conseiller à la cour de cassation, expert en la matière, puisqu'il a instruit cet épineux dossier pendant 4 ans sans pouvoir aboutir. Courageusement, M. Corneloup n'hésite pas à prendre le contrepied du procureur général Faletti, en estimant qu'une recherche ADN est bien légitime, conduite par un juge d'instruction, seule garantie d'indépendance.

( cf http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=1577 )

 

L'Elysée en première ligne

 

 

En septembre 2007, le procureur généralde Paris Le Mesle, dans son refus écrit de réouvrir l'instruction sur l'homicide de Robert Boulin, a purement et simplement nié un fait déterminant, corroboré par 3 témoins de poids : le premier ministre Raymond Barre, le ministre de l'intérieur Christian Bonnet, et le directeur de cabinet de Boulin, Yann Gaillard.

Tous trois affirment avoir été informés de la découverte du cadavre de Boulin entre 1 h et 3 h du matin, le 30 octobre 1979. Or la découverte « officielle »du corps n'interviendra qu'à 8 h 40 dans une mare de la forêt deRambouillet... En outre, le journaliste Benoit Collombat a recueilli des témoignages selon lesquels le procureur général de Versailles, M. Chalret s'est rendu dès 2 h sur les lieux -non précisés- de la découverte initiale du corps du ministre.

Le déplacement du corps est patent, les lividités cadavériques établissent formellement que Boulin a longuement reposé sur le dos, alors qu'il a été trouvé penché vers l'avant. Par définition les suicidés ne bougent plus après leur mort.

 

En 1979, les téléphones portables n'existaient pas, ce qui obligeait les membres des cabinets à assurer des permanences dans les locaux de leurs ministères. A l'Intérieur, Place Beauveau, cette nuit du 29 au 30 octobre, c'était le tour d'un conseiller technique, enarque issu de la promotionThomas More, Claude Guéant.

C'est naturellement au futur secrétaire général de l'Elysée qu'incomba de faire réveiller son ministre Christian Bonnet. Tout aussi naturellement, M. Guéant n'a pu ignorer ni le déroulement des manipulations intervenues entre la découverte initiale du cadavre de Boulin et son repêchage dans l 'l'étang rompu, 7 h plus tard, ni qui en étaient les principaux acteurs.

Sans être investi de pouvoirs décisionnaires, il a néanmoins toutes les apparences du témoin privilégié d'un événement majeur et occulté de la Véme République : la liquidation d'un ministre en exercice.

Difficile d'imaginer que cette nuit tragique n'ait pas eu de répercussions sur la carrière de ce jeune conseiller technique. Force est de constater qu'il est assez rapidement devenu un proche de Charles Pasqua, qui en fit son directeur adjoint de cabinet, puis le plus jeune Directeur Généralde la Police Nationale de l'après deuxième guerre mondiale.

 

 

A la préfecture des Hauts deSeine, M. Guéant fait connaissance d'un jeune élu plein d'ardeur et d'avenir, Nicolas Sarkozy. Ils ne se quitteront plus, au point de former un binôme, un couple d'une rare complémentarité et d'une exceptionnelle longévité dans les allées du pouvoir.

 

Coïncidence élyséenne, l'influent conseiller social Raymond Soubie est lui aussi un fin connaisseur des arcanes de l'affaire Boulin. En 1979, M. Soubie était le bras droit de feu Aristide-Patrice Blank, un personnage particulièrement haut en couleur, patron, entre autres, du groupe de presse liaisons,dont M. Soubie était la cheville ouvrière.

M. Blank, conseiller presse du ministre Boulin, joua un rôle passablement trouble les 29 et 30 octobre 1979. Il s'est rendu dans la soirée du 29 au domicile des Boulin, s'est enfermé sans témoin, sous prétexte de téléphoner, dans le bureau du ministre où étaient entreposés des dossiers juste sortis du coffre-fort ministériel. Ceux-ci avaient disparu après son passage... Au matin du 30 octobre, M. Blank est dans le bureau du directeur du Monde, Jacques Fauvet, pour lui remettre en main propre, une lettre de Boulin. Lorsque tombe, sur le téléscripteur AFP, le bulletin annonçant la mort du ministre, Blank se lève, repart avec la lettre cachetée, expliquant à Jacques Fauvet qu'elle est désormais sans objet. Ni la police ni la justice n'auront la curiosité de saisir cette lettre.

 

Joker ou Talisman

 

Faut-il s'étonner que le candidat Sarkozy, ainsi encadré et rencardé, ait jugé utile au début de sa campagne présidentielle, à Poitiers, de claironner : « Jen'ai pas oublié Robert Boulin » ?

De là à supposer que son expertise en la matière ait contribué à sa nomination en 2002, puis à son maintien au ministère de l'Intérieur, et favorisé sa conquête de l'UMP, tout en ne le privant pas d'afficher de multiples dissensions avec le président Chirac...

 

à suivre

 

 

 

 

 

 

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* www.bakchich.info/+Affaire-Boulin-MAM-cavaliere,02601+.html

DossierBoulin, MAM cavalière ?

mardi1er juin (

 

Unecertaine confusion régnait le mardi 1er juin au cabinet de laministre de la Justice Mme Alliot-Marie autour de la demande deréouverture de l’information judiciaire pour homicide volontairesur la personne de Robert Boulin déposée le 23 mars sur le bureaudu procureur général de Paris.

Lenouveau procureur général, M. François Faletti avait fixérendez-vous le 8 juin à Mme FabienneBoulin-Burgeat,la fille du ministre, et son conseil Me Olivier Morice pour faire lepoint sur cet épineux dossier.

OrMichèle Alliot-Marie, la Garde des Sceaux, en visite le 31 mai àLibourne, la ville dont Robert Boulin fut le maire pendant 20 ans, adéclaré : "le dossier est clos, et en l’absence defaits nouveaux, je m’en tiens aux décisions qui ont été prises".

Interrogéemardi par Bakchich,la chargée des relations presse au cabinet de MAM a affirmé "toutignorer"du rendez-vous du 8 juin, et n’a pas été en mesure de précisersi les propos de la ministre prenaient en compte la demande deréouverture du 23 mars ou si ils s’appliquaient à la précédentedemande de réouverture que Laurent Le Mesle, le prédécesseur deM. Faletti, avait rejetéen octobre 2007.

Lanouvelle demande de réouverture, très fouillée, s’appuyaitnotamment sur la récente jurisprudence Grégory, qui avait amené leprocureur général de Dijon à rouvrir l’information surl’assassinat du petit Grégory car les progrès de la sciencepermettent désormais des recherches d’ADN qui n’étaient pasenvisageables lors de la clôture de l’instruction. Dans l’affaireBoulin, une recherche ADN est demandée pour les lettres posthumesattribuées par la justice au ministre, censé les avoir lui-mêmephotocopiées, mises sous enveloppe et timbrées…

Deson côté, FabienneBoulin-Burgeat ,dans un courrier adressé ce jour par son conseil au procureurgénéral de Paris, lui fait part "de sa très vive indignation" et du caractère "inacceptable" de la "prise deposition cavalière" de madame la Garde des Sceaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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