Falletti, l'indépendance du procureur général ridiculisée par MAM

Les cris d'orfraie poussés par de grandes figures de l'UMP suite à la convocation du procureur général Falletti à la chancellerie ne doivent pas masquer certaines pratiques caricaturales mises en oeuvre par Michéle Alliot-Marie, ministre de la justice en 2010, dont M. Falletti,  procureur général de Paris, fut la victime consentante. Aucune lettre au Conseil Supérieur de la Magistrature pour déplorer l'atteinte insupportable à son indépendance dont la ministre s'était publiquement rendue coupable en annonçant elle-même une décision importante que M. Falletti devait rendre sous huitaine.

    Trou de mémoire

Quand Micèle Alliot-Marie, au micro de France-inter, le 5 février 2014 qualifie de scandale la tentative de mutation de M. Falletti, se rend-elle compte de la provocation à laquelle elle se livre ?

Depuis sa nomination en janvier 2010 au poste sensible de procureur général à Paris, il était de notoriété publique que M. Falletti était saisi d'un délicat dossier : la requête en réouverture de l'instruction pour homicide sur la personne de Robert Boulin. Sa décision, qui relève sans appel possible du seul procureur général, devait être rendue le 8 juin 2010 . Toutes affaires cessantes, la garde des sceaux se déplace le 31 mai à Libourne, le fief de Boulin, dont le ministre fut le maire pendant 25 ans,  pour carrément, face aux médias, se substituer à M. Falletti en déclarant à propos de l'affaire Boulin   : "le dossier est clos, et en l’absence de faits nouveaux, je m’en tiens aux décisions qui ont été prises".

Le 8 juin, M. Falletti, dont la liberté d'appréciation du dossier était publiquement réduite à néant, ne manifesta aucune réticence à confirmer la décision de la ministre annoncée à Libourne la semaine précédente.  Curieusement, M. Falletti  dût  simultanément reconnaitre piteusement qu'une grande partie du dossier et des scellés Boulin, entreposé dans une armoire forte du parquet général, avait disparu.

  Un parcours bien balisé

Michèle Alliot-Marie, familièrement surnommée MAM, devrait prendre la tête de la liste UMP aux élections européennes de mai 2014 du grand Sud-ouest. Tout en ayant exercé des fonctions ministérielles, à la Défense, à l'Intérieur, à la Justice et aux affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie a occupé de hautes fonctions au sein du RPR et de son aile dure, car elle était l'une des personnalités marquantes du MIL (Mouvement Initiatives et liberté, considéré par certains comme l'héritier du sulfureux SAC ) .
    A la ville, MAM est la compagne de Patrick Ollier, ancien ministre, actuel député maire de Rueil (92). Le 30 octobre 1979  avant que le corps de Boulin soit arrivé à l'Institut médico-légal, Patrick Ollier, alors au cabinet du ministre de la justice Alain Peyrefitte, est en première ligne pour imposer la version suicide de la mort de Boulin. Voir à ce propos http://owni.fr/2011/06/24/affaire-boulin-chirac-sarkozy-ollier-gueant-encombrant-cadavre/

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