Affaire Boulin : le nouveau dircab de Manuel Valls impliqué

                    Une Justice Entravée

Les entraves à la justice dans l'affaire Boulin durent depuis plus de 30 ans. La récente nomination du préfet Daubigny comme directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Manuel Valls ne contribue pas à la manifestation de la vérité. 

       Le dernier gouvernement de l'ère Sarkozy offrait une spécificité rare : deux ministres, Claude Guéant à l'Intérieur et Patrick Ollier aux Relations avec le parlement, avaient directement, en octobre 1979, trempé dans le maquillage en suicide de l'assassinat de Robert Boulin. (cf notamment nos deux derniers billets de blog). Cette circonstance s'est traduite par deux blocages caricaturaux : les rejets en 2007 et 2010 par les deux procureurs généraux qui se sont succédés à Paris de deux demandes solidement étayées de réouverture de "l'instruction pour charges nouvelles"  (cf  http://blogs.mediapart.fr/blog/casanier/050111/affaire-boulin-des-bouches-souvrent-1        )

Avec l'alternance, la parité et le rajeunissement gouvernemental, conséquences de l'élection de François Hollande, il n'y a normalement plus aucun ministre impliqué dans l'affaire Boulin dans ce premier gouvenement Ayrault. Mais, autre caractéristique  de l'affaire Boulin : quand des "étouffeurs" sortent par la porte, un autre rentre par la fenêtre. C'est le cas du préfet Jean Daubigny, directeur de cabinet fraichement nommé du ministre de l'Intérieur Manuel Valls.

En 1986, Jean Daubigny était chef de cabinet du préfet de police de Paris. Il est, le 22 mai 1986, le signataire d' une étrange lettre réclamant la remise des clés du réfrigérateur contenant les derniers prélèvements des poumons de Robert Boulin, dont l'analyse risquait à tout moment d'être ordonnée par le juge Yves Corneloup, instruisant la plainte pour homicide. Cette analyse, si elle avait eu lieu, aurait pu démontrer que Robert Boulin n'était pas mort noyé, et que ses poumons ne contenaient pas d'eau de l'étang où son cadavre avait été "officiellement"* trouvé. Ce qui eût écroulé la version, toujours officielle, du suicide par noyade.

                                          Cohabitation et Basses besognes

Cette lettre est rédigée au début de la première cohabitation, 2 mois après la victoire électorale de Jacques Chirac, quelques semaines après l'arrivée de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur. D'après la remarquable enquête de Benoit Collombat (in un homme à abattre éditions Fayard 2007) la lettre Daubigny est un stratagème pour couvrir l'effraction perpétrée la veille à L'Institut medico-légal de Paris, où la porte cadenassée du réfrigérateur a été délibérément forcée pour en retirer les derniers prélèvements anatomo-pathologiques effectués sur le corps de Boulin. Toute possibilité de procéder à des analyses déterminantes a désormais disparu. Consciente de la gravité de ce forfait, la famille Boulin a porté plainte pour "destruction de preuve", ce qui amena l'audition sur commission rogatoire de Jean Daubigny. Le chef de cabinet "n'a aucun souvenir" de cette lettre...

                                          "etat profond"

L'émergence d'une personnalité telle que le préfet Daubigny au coeur de l'appareil gouvernemental de François Hollande pose question : Existe-t-il en France une sorte d'"état profond" à l'instar de ce qui est observé  en Turquie ? Un socle politico-administratif imperméable au contrôle démocratique et abrité de toute alternance, en charge de (très) basses besognes commodément couvertes par la raison d'état.

 

* Dans son livre (déjà cité), Benoit Collombat démontre magistralement que le cadavre de Robert Boulin a été découvert deux fois pendant la nuit du 29 au 30 octobre 1979. Seule la seconde découverte, dans l'étang rompu, (en forêt de Rambouillet)  est reconnue par la justice, sans preuve.

 

 

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